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Marché : Séoul plonge de 7%, STMicro dévisse de 7%, les semi-conducteurs perdent 1.600 milliards de dollars en Bourse… Les investisseurs fusillent les valeurs IA dans la foulée des craintes sur la survie des «néoclouds»

Aujourd'hui à 11:41
La Bourse de Séoul a dévissé

(BFM Bourse) - Un grand mouvement de baisse s'observe ces derniers jours avec les semi-conducteurs qui enchaînent les plongeons, et l'ensemble des "actions IA" qui sont dans le dur. Une partie de cette baisse s'explique par les craintes sur la viabilité des groupes dits "néoclouds".

Les "valeurs IA", celles qui sont portées en Bourse par la thématique de l'intelligence artificielle, tanguent violemment, ce jeudi 15 octobre.

À Paris, le fabricant franco-italien de semi-conducteurs STMicroelectronics chute de 6,7% tandis que Soitec perd 6,6%. Depuis le début de l'année, les deux sociétés ont vu leurs cours de Bourse être catapultés par le boom de la demande pour leurs produits à destination des data centers, dans lesquels investissent massivement les hyperscalers (Amazon, Oracle, Microsoft, Alphabet).

Schneider Electric rend 4% et Legrand 4,6%. Les deux spécialistes des équipements électriques et pensionnaires du CAC 40 connaissent depuis plusieurs trimestres un bond de leur croissance alimenté par leurs nombreux produits pour les centres de données (armoires racks, systèmes de refroidissements, onduleurs…).

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Pressions financières

En dehors de la place parisienne, le Kospi de Séoul a perdu 7,6% tandis que le Nikkei 225 a chuté de 4,9%. La place coréenne reste un "marché IA", car les groupes de semi-conducteurs et de mémoires vives Samsung Electronics (-9,5% ce jeudi) et SK Hynix (-11,1%) pèsent pour plus de 50% de sa capitalisation boursière total. Tokyo, de son côté, compte plusieurs valeurs très exposées à l'IA comme Kioxia Holding ou Softbank.

À Wall Street, le contrat à terme sur le Nasdaq 100 perd 1,1% avec Micron qui a abandonné 4,1% la veille.

La tendance ne date pas d'aujourd'hui et traduit une certaine défiance. Comme le notait mercredi Bloomberg, l'indice sectoriel des semi-conducteurs américains Philadelphia Semiconductor Index (qui inclut Nvidia, AMD, Marvell, ARM) a accusé six séances de replis consécutifs, effaçant en cumulé 1.600 milliards de dollars de capitalisation boursière.

Plusieurs éléments expliquent ces dégagements. La remontée des taux d'intérêt causée par les prix élevé du pétrole et les anticipations de hausses des taux directeurs de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed) a mis à mal les valeurs IA les plus fragiles en termes de bilan financier.

"Plusieurs titres parmi les plus exposés à l'IA ont subi une pression croissante ces derniers jours. Cette pression a commencé à être perçue plus largement, en particulier parmi les entreprises qui ont fait l'objet d'une surveillance étroite de la part des investisseurs sur le marché du crédit (le financement de la dette de entreprises, NDLR) en raison de leurs importants besoins en dépenses d'investissement", note Deutsche Bank.

Dans l'œil du cyclone a cause de son endettement élevé (117 milliards de dollars), Oracle a chuté de près de 9%, mercredi.

CoreWeave, l'acmé du stress

Ces craintes se sont particulièrement cristallisées autour des "néoclouds", des entreprises qui investissent massivement dans les data centers et les GPU (processeurs graphiques pour ensuite louer de la puissance de calcul à des tiers).

CoreWeave, le plus important représentant de ce sous-secteur, s'est effondré de 15,5%, sa situation financière paniquant les investisseurs.

Deutsche Bank remarque que son CDS sur cinq ans, un produit financier qui permet de s'assurer contre le risque de défaut d'un émetteur et traduit donc la confiance du marché sur ses finances, a vu sa prime dépasser 1000 points de base (soit 10 points de pourcentage) et s'est encore tendue de 136 points de base mercredi.

L'entreprise "néocloud" emprunte à des taux dépassent les 15% pour financer ses lourds investissements dans les data centers alors que sa dette s'élève à environ 36 milliards de dollars selon l'AFP.

"La forte correction de CoreWeave et les tensions sur sa dette alimentent les inquiétudes concernant le financement des infrastructures technologiques, dans un environnement où le coût du capital reste particulièrement élevé", remarque John Plassard de Cité Gestion.

D'autres groupes de "néoclouds" ont été pris dans la tempête, Nebius chutant de 10% et IREN de 12,2%.

Ces titres, et plus largement le secteur de l'IA, ont été plombés par une étude du cabinet Gartner publiée mercredi.

D'ici 2030, Gartner prévoit "que la pression sur les coûts et l'absence d'un modèle économique différenciant contraindront plus de 80% des fournisseurs de 'néocloud' à cesser leurs activités en tant qu'entreprises indépendantes".

Plus de 3.500 milliards de dollars de dépenses d'infrastructures d'IA sont potentiellement sujettes à des dépréciations, fait également valoir cette étude.

Ce parce que les groupes propriétaires des data centers ne parviendront pas à générer suffisamment de revenus - Gartner estime qu'il faudrait dégager 8.500 milliards de dollars en cumulé d'ici à 2030 - pour couvrir leurs dépenses, leurs coûts de financement et servir à leurs actionnaires le rendement requis sur leurs investissements.

Mercredi, la publication d'une inflation "core" (hors prix alimentaires et de l'énergie) supérieure aux attentes aux États-Unis a alimenté davantage les spéculations autour d'un relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed), accentuant ainsi la pression sur les valeurs IA.

Une remise en cause

"Le mouvement de baisse sur les actions CoreWeave, IREN, Nebius et plus largement sur les groupes d'infrastructure d'IA est un autre moment de test de résistance pour la révolution de l'IA, et ce ne sera pas le dernier", tranche Dan Ives, de Yorkville Ives.

"Avec le rendement de l'obligation du Trésor américain à 10 ans qui dépasse 5%, le marché revalorise (à la baisse, NDLR) tout ce qui finance des constructions sur plusieurs années face à des revenus qui arrivent plus tard, et le bruit croissant autour des difficultés sur les autorisations de construction de centres de données et de la rhétorique à moyen terme sur les prix de l'électricité a donné aux investisseurs une autre raison de prendre du recul", constate-t-il.

Cet environnement vient donc affaiblir la confiance des investisseurs, même si le tableau mérite d'être relativisé.

Les "hyperscalers" comme Microsoft ou Amazon, sont très peu endettés (hormis Oracle) et ont ainsi les reins suffisamment solides pour attendre que la monétisation de l'IA se développe. C'est beaucoup moins vrai pour les néoclouds.

"Le risque le plus important n'est pas nécessairement que les investissements dans l'IA s'effondrent. Il réside plutôt dans le fait que les conditions de financement soient revues à la hausse avant que les revenus n'atteignent leur plein potentiel, ce qui contraindrait les opérateurs les plus fragiles à se regrouper, à céder des actifs et à se restructurer, tandis que les entreprises aux bilans les plus solides hériteraient des infrastructures", tranche Stephen Innes de SpiAM.

"Des rendements plus élevés augmentent le coût du financement de ces constructions, et les investisseurs ont raison de se concentrer sur les bilans et la structure des contrats, mais les taux relèvent d'une question de financement, pas de demande", nuance pour sa part Dan Ives.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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