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Stéphane Furet : "Le second semestre sera marqué par davantage de volatilité"

Stéphane FuretStéphane Furet

(Tradingsat.com) - Après sa lourde chute consécutive au Brexit, la Bourse de Paris a amorcé un rebond, corrigeant certains excès. Pour autant, le marché parisien n’est sans doute pas encore stabilisé. Le point avec Stéphane Furet, directeur général de Dorval Asset Management.

Tradingsat.com : La réaction des marchés après le Brexit a-t-elle été excessive ?

Stéphane Furet : Le marché avait repris 8% dans l’anticipation d’un Bremain, il n’est pas illogique qu’il les ait reperdus. Le plongeon de 30% des valeurs bancaires est un petit peu plus irrationnel. Il est indéniable que la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne aura des conséquences sur la profitabilité des banques. Par contre, nous ne sommes pas du tout dans le cas d’un risque systémique comme après la faillite de Lehman Brothers en 2008.

Tradingsat.com : Le rebond qui vient de s’amorcer sur le marché peut-il se prolonger ?

Stéphane Furet : Les opérateurs "déstressent" un peu par rapport à un événement qui génère logiquement une grosse incertitude. Le marché a toujours horreur de l’incertitude, il a donc besoin d’un calendrier sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Les dirigeants des 27 Etats-membres de l’Union européennes ont raison de presser le Premier ministre britannique David Cameron de déclencher l’article 50 [qui donne la possibilité à n’importe quel Etat membre de sortir de l’Union Européenne, ndlr].

Tradingsat.com : Le secteur automobile a aussi été très affecté en Bourse.

Stéphane Furet : A chaque épisode de forte volatilité sur les marchés, les banques et l’automobile sont toujours les deux secteurs les plus vulnérables. La baisse a été très loin sur le secteur automobile, alors que celui-ci bénéficie de deux grands « drivers ». Il y a d’abord une bonne visibilité sur la pérennité d’un environnement de taux bas, alors que les ventes d’automobiles se font très majoritairement à crédit. D’autre part, si le marché automobile s’est redressé, nous sommes encore 20% en dessous des niveaux de 2007, il n’y a donc pas de bulle en termes de volumes. Enfin, les récents événements ont plutôt fait refluer le prix du pétrole, et en tout cas ne militent pas en faveur d’une envolée du baril.

Tradingsat.com : Dans quelle mesure le Brexit change la donne sur le plan économique ?

Stéphane Furet : Il y a bien sûr un ralentissement économique qui se profile au Royaume-Uni. Personne ne peut le nier, parce que l’économie britannique importe beaucoup. De plus, le Brexit va forcément se traduire par une moindre activité de la place financière de Londres. Or, les services financiers représentent quasiment un tiers du PIB anglais. Selon les chiffres qui circulent, l’onde de choc sur l’économie européenne via les exportations devrait tourner autour de 0,5 point par rapport à la prévision actuelle de croissance en zone euro qui est de l’ordre de +1,6%. Ce n’est pas négligeable, mais il faudra plusieurs mois pour juger. Le marché sera donc très regardant sur les prochains indicateurs économiques, en provenance surtout du Royaume-Uni.

Tradingsat.com : Peut-on estimer que le choc est dans les cours ?

Stéphane Furet : Il est compliqué de répondre. Mais avant même le Brexit, la livre avait déjà beaucoup baissé, et a chuté encore pour atteindre 20% de baisse par rapport à la fin 2015, ce qui fait beaucoup quand même, alors qu’il ne devrait pas y avoir de fort ralentissement au Royaume-Uni. Mon sentiment est que le marché voit les choses en noir. Cela va demander des mois pour observer quels sont les réels impacts économiques. Il y a aujourd’hui beaucoup de supputations. Et comme lors de la crise grecque en 2011, le marché comprend qu’il n’a aucune prise sur les décisions politiques. Ce qui ne signifie pas que les marchés finiront le second semestre plus bas qu’aujourd’hui mais qu’il y aura très certainement davantage de volatilité qu’au premier semestre.

Tradingsat.com : La chute a-t-elle fait apparaître des opportunités, quelle est votre exposition au marché ?

Stéphane Furet : Le jour du Brexit, à l’issue de la séance, l’exposition du fonds flexible Dorval Conviction avait été ramenée autour de 40%. Nous l’avons fait ensuite remonter autour de 55% au début de la semaine. La chute des banques nous a paru un peu disproportionnée, nous avons donc racheté le secteur pour jouer la correction de cette exagération à la baisse.

Tradingsat.com : Certaines thématiques sont-elles préservées des craintes liées au Brexit ?

Stéphane Furet : Oui, et même plus que préservées, nous n’avons d’ailleurs pas chamboulé la structure de notre portefeuille. Nous croyons toujours aux perspectives de la numérisation de l’économie, un secteur qui offre une bonne visibilité et une forte croissance susceptible d’être revue en hausse, avec des valeurs comme Ingenico et Gemalto. La thématique pourrait d’ailleurs continuer à profiter d’opérations de fusions-acquisitions dans un environnement de taux bas. Le contexte de taux bas est également un élément de soutien du secteur de la construction, avec des valeurs comme Saint-Gobain ou Imerys. Il y a aussi l’aéronautique, qui profite du renforcement du dollar face à l’euro. Nous sommes actionnaires de Zodiac et avons renforcé nos positions sur Airbus ces derniers jours. Le "Brexit" ne va pas entraîner de rupture dans la tendance du trafic aérien mondial.

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