Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Pourquoi le capital flottant en Bourse d'Aramco est encore plus faible que ce que l'on croit

samedi 21 décembre 2019 à 07h30
Très peu de titres Aramco seront échangés après l'IPO

(BFM Bourse) - Officiellement, le royaume saoudien a proposé 1,5% du capital du géant pétrolier au public à l'occasion de son introduction en Bourse du 5 décembre dernier. Sauf que les entités gouvernementales ont acquis 13,2% des titres disponibles à cette occasion et que les fonds indiciels vont en acheter en masse pour les inclure dans leurs ETFs. A terme, très peu de titres Aramco devraient changer de mains quotidiennement.

Le géant pétrolier du Golfe a officiellement vendu 1,5% de son capital lors de son introduction en Bourse, l'État saoudien conservant les 98,5% restants. Ce flottant, qui correspond aux actions détenues par des investisseurs susceptibles de changer de mains, est parmi les plus faibles au monde. À titre de comparaison, plus de 80% du capital des groupes les mieux valorisés en Bourse -d'Amazon à Microsoft en passant par Google- sont détenus par des actionnaires extérieurs ou indépendants.

Parmi les 1.000 plus grosses capitalisations mondiales, seules deux ont un flottant inférieur à celui d'Aramco, selon les données compilées par Bloomberg. Il s'agit du constructeur automobile allemand Audi, qui a un flottant de 0,36%, le reste étant détenu par sa maison-mère Volkswagen, et de l'entreprise publique allemande EnBW Energie Baden-Wuerttemberg AG, dont seulement 0,37% des titres sont entre les mains du public (les deux principaux actionnaires détenant chacun 46,75% des parts).

Quelques jours après l'introduction en Bourse d'Aramco, une déclaration relative à l'opération a montré que le contrôle de l'État saoudien sur le géant pétrolier sera encore plus important que ce que l'on pouvait penser puisque les entités gouvernementales ont acquis pas moins de 13,2% des titres réservés aux investisseurs institutionnels. Or, ces institutionnels ont récupéré 2 des 3 milliards d'actions cédées par Aramco lors de son introduction en Bourse.

Les fonds indiciels devraient acheter pour 2,4 milliards de dollars de titres Aramco

En outre, la popularité des fonds indiciels est telle que de nombreux investisseurs détiendront des actions Aramco, qu'ils le veuillent ou non. De fait, le groupe saoudien est si gros que les compilateurs d'indices comme MSCI Inc. ou le FTSE Russell -qui fournissent aux investisseurs des outils pour mesurer et analyser les marchés mondiaux- peuvent accélérer son inclusion dans les indices mondiaux de référence.

Selon les estimations de plusieurs analystes interrogés par Bloomberg, Aramco devrait ainsi se voir attribuer une pondération d'environ 0,7% dans l'indice MSCI des marchés émergents, déclenchant automatiquement des achats à hauteur de 2,4 milliards de dollars auprès des fonds qui suivent la jauge.

Un flottant qui pénalise les actionnaires minoritaires?

Le très faible niveau de flottant signifie, entre autres, que le royaume saoudien peut prendre des orientations stratégiques favorables à l'Arabie saoudite mais pas nécessairement aux actionnaires minoritaires. D'autant que la société reste captive de l'Opep, cartel dont l'Arabie saoudite -qui pompe 10% de la production mondiale- est le leader de facto. Ce qui signifie que le pays pourrait devoir assumer le fardeau des réductions de production si les autres pays membres de l'organisation ne respectent pas leurs engagements, réduisant mécaniquement les bénéfices du groupe et les dividendes versés aux détenteurs de titres.

Pour être juste vis-à-vis de Saudi Aramco, les géants américains de la tech dont le flottant dépasse 80% trouvent d'autres manières de concentrer le pouvoir au sommet. Les mastodontes de la Silicon Valley, à l'instar de Facebook ou Alphabet (maison-mère de Google), ont par exemple émis des classes d'actions spéciales qui donnent aux fondateurs un contrôle démesuré sur la prise de décision (contrairement à Apple, Microsoft ou Amazon qui donnent à chaque actionnaire une part équitable des droits de vote). Mais si les gestionnaires de fonds n'hésitent pas à donner les "pleins pouvoirs" à Mark Zuckerberg -qui le leur rend bien en délivrant des rendements exceptionnels depuis de nombreuses années- en feraient-ils de même pour le prince héritier Mohammed ben Salmane ?

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+331.80 % vs -3.25 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat