MILAN, 23 mars (Reuters) - Le groupe public Poste Italiane a lancé une offre de 10,8 milliards d’euros, en numéraire et en actions, en vue de reprendre le contrôle de Telecom Italia (TIM), près de trois décennies après la privatisation de l’opérateur italien.
Les gouvernements de l’Union européenne cherchent à renforcer leur contrôle sur des actifs gérant des volumes croissants de données sensibles de particuliers et d’entreprises, tout en créant des acteurs nationaux capables de rivaliser avec les géants technologiques américains.
Poste Italiane, détenue à 66% par l'État italien et active dans les services postaux, financiers, énergétiques et de haut débit, avait remplacé Vivendi l'année dernière comme principal actionnaire de TIM en acquérant 27% du capital de l'opérateur téléphonique.
L'action Poste Italiane reculait de 7% lundi vers 11h40 GMT, après l'annonce inattendue de son offre dimanche soir, TIM progressant de 5% au même moment.
AVANTAGE CONCURRENTIEL ET COLLABORATION RENFORCÉE
"Le contrôle des infrastructures clés - réseaux, cloud et edge computing - est essentiel pour assurer un avantage compétitif", a déclaré aux analystes Matteo Del Fante, directeur général de Poste Italiane.
Il a ajouté qu'une intégration plus étroite des activités renforcerait les initiatives commerciales communes déjà en place, permettrait de réaliser davantage d'économies et permettrait à Poste et à TIM de vendre mutuellement leurs produits via des plateformes numériques.
L’opération donnerait aussi à Poste Italiane le contrôle du réseau de centres de données de TIM ainsi que de sa filiale de cybersécurité Telsy, des actifs qu’elle entend utiliser pour renforcer la souveraineté numérique nationale.
Le conglomérat public a indiqué que les gains avant impôts résultant de cette opération s'élèveraient à 700 millions d'euros par an, dont 500 millions proviendraient de réductions de coûts.
Le conseil d’administration de TIM doit se réunir lundi après-midi pour entamer l’examen de l’offre, que Poste espère finaliser d’ici la fin de l’année, avec un impact positif sur le bénéfice par action à partir de 2027.
Selon les analystes de Barclays, la prime de 9% offerte n’est pas particulièrement attractive, car elle ne tient pas compte d’une éventuelle consolidation du marché italien des télécommunications, fragilisé depuis longtemps par une concurrence tarifaire intense.
L’offre vise l’ensemble des actions de TIM que Poste ne détient pas encore, y compris celles qui seront émises dans le cadre de la conversion des actions spéciales en actions ordinaires, une opération qui diluerait sa participation à environ 20%.
La participation de l’État dans Poste Italiane pourrait tomber légèrement au-dessus de 50% si tous les actionnaires de TIM acceptaient l’offre, celle-ci étant partiellement financée par l’émission de nouvelles actions.
(Reportage Elvira Pollinam; version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)
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