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Orpea : Bientôt à court de liquidités et criblé de dettes, Orpea est contraint de se restructurer

mardi 15 novembre 2022 à 11h39
Orpea a dévoilé son plan de transformation

(BFM Bourse) - En grande difficulté, le groupe estime qu’il pourrait manquer de liquidités dès le début de l’année 2023 et va ainsi procéder à deux augmentations de capital. Orpea ambitionne par ailleurs de porter sa marge à 20% en 2025 via un allègement massif dans l’immobilier et un recentrage géographique.

"Orpea change ! Avec vous et pour vous !" Tel est le nom du plan de transformation du groupe présenté ce lundi et destiné à redorer le blason d’une société dont la réputation et le cours de Bourse ont été durement mis à mal par les révélations du livre-enquête Les Fossoyeurs, en début d’année.

Mais pour les actionnaires actuels de l’exploitant de maisons de retraite, ce plan de transformation va surtout s’accompagner d’une lourde, très lourde restructuration financière. Orpea avait indiqué dès fin octobre qu’il lui fallait remettre à plat ses finances, l’entreprise croulant sous une dette brute de 9,57 milliards d’euros à fin novembre. Orpea est ainsi entré dans une procédure de conciliation sous l’égide du tribunal de commerce de Nanterre avec ses banques créancières.

La société est venue apporter plusieurs indications ce lundi. Orpea estime qu’elle risque de se trouver à court de liquidités au cours du premier trimestre de l’année prochaine. Le groupe chiffre à 800 millions d’euros ses besoins en financement d’ici à la fin du premier semestre 2023. Et sur l’ensemble de la période 2022-2025, l’entreprise anticipe un déficit de financement de 5,3 milliards d’euros comprenant 4,3 milliards d’euros de remboursements de dettes et d’intérêts cumulés.

D'énormes levées de fonds à venir

Pour remettre d'équerre sa structure financière, l’exploitant de maisons de retraite compte tout d’abord convertir de la dette non garantie en capital pour 3,8 milliards d’euros, via une augmentation de capital offerte aux actionnaires existants et qui serait également souscrite par des prêteurs qui achèteraient les actions non-souscrites par les actionnaires existants par voie de compensation avec leurs créances financières

Orpea entend également lever 1,9 milliard à 2,1 milliards d’euros de fonds nouveaux sous la forme de nouvelles dettes garanties sur des actifs pour 600 millions d’euros ainsi que d’une seconde augmentation de capital.

Autrement dit, Orpea compte lever près de 6 milliards d’euros de fonds – dont plus de 5 milliards de capital – alors que sa capitalisation boursière, pèse dix fois moins, soit 531 millions d’euros.

Une dilution massive

"Il est important de souligner que la mise en oeuvre de ces opérations entraînerait une dilution massive pour les actionnaires existants qui décideraient de ne pas y participer", prévient d’ailleurs la société.

Orpea avertit également qu’en cas d’échec de la conciliation avec ses banques prêteuses, le groupe ne pourrait mettre en oeuvre le plan de transformation présenté ce mardi. Une réunion est programmée autour du 1er décembre dans le cadre de ce processus.

"En parallèle, Orpea s’attend à recevoir des offres fermes pour la nouvelle dette garantie sur des actifs d’ici mi-janvier 2023, avec un objectif de financement au cours du mois de février 2023", a précisé la société. Les augmentations de capital, elles, devraient être bouclées en juin prochain, selon les prévisions d’Orpea.

Avec cette lourde restructuration financière, Orpea doit ramener son ratio d’endettement, c’est-à-dire la dette nette divisée par le résultat brut d’exploitation, de 25 en 2022 à 6,5 en 2025, et sa dette nette de 9 milliards d’euros à 4,9 milliards d’euros.

A la Bourse de Paris, l’action Orpea, extrêmement volatile au cours des dernières séances, réagit avec modération à l’ensemble des annonces de la société. Vers 11h15, l’action Orpea abandonne 0,7% à 8,15 euros.

Le marché avait intégré en grande partie l’ampleur de cette restructuration financière massive. "Le point de concentration des investisseurs reste la capacité du groupe à renégocier sa dette et sur cet aspect il n’y a pas vraiment eu des éléments nouveaux justifiant une pression sur l’action à ce stade", juge un intermédiaire financier.

"Par contre du côté des points positifs, le groupe a donné des indications sur le calendrier des mesures pour la restructuration financière et a également livré une trajectoire financière à cinq ans", apprécie-t-il.

Une trajectoire financière détaillée

Orpea a en effet présenté des objectifs pour ses trois prochains exercices. De 4,69 milliards d’euros attendus cette année, le chiffre d’affaires passerait à 5,3 milliards en 2023, 5,7 milliards en 2024 et 6,1 milliards en 2025, soit une croissance moyenne annuelle de 9% par an.

L’Ebitdar, c’est-à-dire le bénéfice avant charges d’intérêts, impôts, amortissements, dépréciations et loyers, est attendu à 797 millions d’euros cette année et doit progressivement remonter pour atteindre 1,25 milliard d’euros en 2025. En termes de rentabilité, la marge d’Ebitdar passerait de 17% en 2022 à 20% en 2025. Rappelons qu’elle s’élevait à 25% en 2021. Pour parvenir à atteindre ces objectifs, le groupe compte notamment se recentrer géographiquement et réduire sa propriété immobilière.

"Quatre mois après mon arrivée, mon diagnostic est clair: Orpea s’est éloigné de son coeur de métier, en privilégiant un développement international et immobilier trop rapide, au prix d’un endettement excessif et d’une situation financière très fragilisée. Par ailleurs, le groupe a souffert de pratiques de gestion complètement dysfonctionnelles et de malversations de l’ancienne équipe de direction", a déclaré le directeur général, Laurent Guillot, dans un communiqué.

"Une minorité a causé un tort immense"

"On est passé après un scandale de malversations, de situations relevées de maltraitance et d’une mauvaise gestion caractérisée" a de son côté fustigé Guillaume Pepy, président du conseil d’administration lors de la présentation du plan stratégique. "Une infime minorité a causé un tort immense à beaucoup de personnes, des patients ou résidents, les 75.000 professionnels d’Orpea et évidemment les petits actionnaires qui ont beaucoup perdu" a-t-il ajouté.

Orpea compte réduire la détention d’actifs immobiliers en propre pour la ramener dans une fourchette de 20% à 25% du portefeuille contre 47% fin 2021. Le groupe a identifié un portefeuille de 1 milliard d’euros d’actifs à céder lorsque les conditions de marché le permettront à nouveau, la remontée des taux d’intérêts ayant compliqué ce programme de cessions. A moyen terme, l’entreprise compte créer une foncière dédiée dont il ouvrirait une partie minoritaire à des investisseurs.

Le groupe va par ailleurs se recentrer "pour se concentrer sur les pays les plus attractifs et identifier si besoin des plans de restructuration ou de cession". "Sur les huit dernières années, le groupe est entré dans 15 pays différents" avec "des investissements immobiliers gigantesques financés par un accroissement de la dette" alors que "les nouveaux développements immobiliers à l’étranger et dans les pays lointains sont beaucoup moins rentables voire pas rentables du tout", a pesté Laurent Guillot.

Orpea a aussi décidé de réorganiser ses fonctions supports, prévoyant une remise à niveau de l’informatique, la structuration d’une fonction achats et une gestion financière et administrative simplifiée.

Outre les aspects purement financiers, Orpea promet de "donner les moyens et les conditions à ses collaborateurs" d’accomplir leur mission, c'est-à-dire "prendre soin des patients et des résidents". Le groupe compte notamment "repenser [sa] politique salariale et sociale en intégrant pleinement les partenaires sociaux". Orpea entend aussi fidéliser ses collaborateurs et réduire le "turn-over" - de 25% à l'heure actuelle - et les contrats temporaires en investissant dans la formation continue et la promotion interne. Le nombre d’apprentis du groupe doit ainsi passer de 200 à 1.000 d’ici à 2024 en France.

Laurent Guillot a également promis que le groupe allait "changer de méthode" et modifier son approche des soins, de l'accompagnement, en s'axant davantage sur la personnalisation.

Julien Marion - ©2022 BFM Bourse
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