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CYBERGUN

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Cybergun : Confirmant son virage vers le militaire, Cybergun envisage un avenir en croissance

mercredi 8 décembre 2021 à 11h22
Hugo Brugière, PDG de Cybergun

(BFM Bourse) - PDG et premier actionnaire de Cybergun, Hugo Brugière revient sur la difficile restructuration financière qu'a traversé le groupe, dont le cours de Bourse a perdu 99% de sa valeur au fil du temps et détaille le nouveau profil du groupe, désormais majoritairement exposé au marché militaire.

BFM Bourse : Cybergun a refermé le 30 novembre un long -et douloureux- chapitre, celui de la restructuration financière que vous avez entreprise après avoir repris la société en 2014. Depuis le 1er décembre, le capital de la société est finalement débarrassé des derniers instruments dilutifs qui ont contribué à miner le cours de Bourse ces dernières années. Pouvez-vous tout d'abord préciser la géographie exacte du capital? En effet Euronext mentionne encore un capital de 4.889.957 titres, ce qui apparaît bien inférieur au nombre de titres comptabilisé par Cybergun.

Hugo Brugière : Précisément, le capital à fin novembre compte tenu des ultimes opérations de conversion s'élève à 46.164.180 titres. Nous avons régulièrement informé le marché du nombre total d'actions et de droits de vote conformément à la réglementation boursière, via le site de Cybergun à la rubrique investisseurs. Mais la prise en compte par les principaux fournisseurs d'information financière peut prendre quelque temps, ce qui explique a priori l'écart avec ce qu'on relève par ailleurs. Aujourd'hui, il est important de rappeler que le programme d'OCABSA (obligations convertibles en actions avec bons de souscription d'actions, NDLR) est en effet terminé -pas suspendu, pas interrompu, mais entièrement terminé- et le solde de la dette a été converti. Il ne reste plus aucun instrument financier dilutif (hormis quelques anciens BSA (bons de souscription d'actions, NDLR) qui n'aboutiraient qu'à la création de 239 actions s'ils étaient entièrement exercés), donc ce montant de 46 millions d'actions n'augmentera plus - pour la première fois depuis des années.

Cette restructuration a été comme vous dites très douloureuse, et en tant que principal actionnaire de Cybergun j'en ai pris ma part, mais le résultat est qu'aujourd'hui la société est sauvée de la faillite. Quand je suis arrivé, elle supportait 50 millions d'euros de dettes pour un chiffre d'affaires de 42 millions d'euros, tandis que ses principaux clients aux Etats-Unis arrêtaient l'airsoft. Pendant trois ans nous avons tenté de restructurer en procédant à des augmentations ponctuelles de capital mais pour redresser une entreprise plongée dans de telles difficultés nous avons dû en 2019 prendre le parti d'ouvrir une grosse ligne de financement afin de se donner la totalité des moyens nécessaires à relancer l'activité et redonner un avenir à Cybergun. J'ai moi-même subi une importante dilution, de 70% du capital avant le programme d'OCABSA à environ 21% désormais, et ma moins-value personnelle approche 9 millions d'euros.

Qu'en est-il sur solde de la participation détenue par des salariés et anciens salariés du groupe, représentant 0,9% du capital au total, que vous vous êtes engagés à racheter?

Cette opération a eu lieu la semaine dernière et a été dans la foulée dûment déclarée à l'AMF. La transaction s'est faite au prix du marché et permet donc à ma holding HBR Investment Group de détenir 21,3% au total.

Certains petits porteurs reprochent au fonds Alpha Blue Ocean de s'être enrichi par ce financement.

Il faut rappeler que les OCABSA sont pour une société en difficulté le plus souvent une forme de financement en dernier recours avant la disparition pure et simple. Nul n'a jamais occulté le fait que c'était un mécanisme énormément dilutif. Aujourd’hui tout le monde a des jugements a posteriori. En 2019, l'équation était simple: Cybergun avait devant elle une échéance de 9 millions d’euros de dette à rembourser l'année suivante et une capitalisation de 2 millions d'euros. ABO nous a ouvert une ligne de plus de 90 millions d'euros et apporté 4 millions d'euros en cash pour sécuriser l'approbation du plan de restructuration par le Tribunal de Commerce.

Sans cela Cybergun ne serait pas aujourd'hui une société disposant de 18 millions d'euros de stocks, d'une trésorerie de 7 millions d'euros sans plus aucune dette, en conservant son portefeuille de licences exclusives et mondiales. Alpha Blue Ocean a bien sûr été rémunéré pour son prêt, mais a décidé de continuer à nous accompagner. À ma connaissance c'est un engagement totalement inédit pour ce type de financement: le fonds a fait part de son intention de conserver 15 à 19% du capital à long terme. Cela montre que pour la première fois nous avions un vrai plan de retournement, nécessitant des moyens financiers certes importants mais avec un vrai avenir derrière.

Mais lorsque vous aviez envisagé de reprendre l'entreprise, pourquoi ne pas avoir attendu qu'elle dépose le bilan, ce qui apparaissait inéluctable, pour la racheter un euro symbolique à la barre du tribunal?

Ce n'est pas la première fois qu'on me fait la remarque, et par le passé j'ai pu déclarer que si je savais ce qui m'attendais, je ne me serais jamais lancé dans ce chantier d'assainissement du bilan (en 2017 l'AMF a fini par sanctionner la précédente direction pour avoir dissimulé l’aggravation des difficultés financières de Cybergun tout en vendant massivement des titres, NLDR). Mais réécrire l'histoire ne sert à rien. Et il ne faut pas perdre de vue qu'une défaillance de l'entreprise est pour les ayant-droits une clause classique de résiliation de la plupart des licences qu'ils lui avaient accordées. Or à l'époque c'étaient avec ses employés les seuls atouts qui restaient à Cybergun. En cas de faillite, elle perdait l'essentiel de ses actifs.

Comment vous projetez-vous dans l'avenir? Où en est le virage vers le marché militaire que vous avez enclenché à votre arrivée?

Cybergun peut enfin regarder l'avenir avec une certaine sérénité ! Nous démarrons un nouveau cycle à la tête d’un groupe transformé, beaucoup plus solide, qui cette année sera en croissance et en route vers la rentabilité pour la première fois depuis 2011. Dès l'an prochain, la division militaire contribuera à la majorité du chiffre d'affaires et probablement à plus de 70% de la rentabilité du groupe. Pour autant, le pôle historique de commercialisation de répliques à air comprimé à travers un réseau de partenaires dans le monde continue à bénéficier d'une importante dynamique de croissance.

Grâce à nos efforts pour augmenter massivement nos stocks à l'été 2019 (les OCABSA n'ont pas servi qu'à éponger la dette), Cybergun a pu considérablement accroître ses parts de marché pendant la pandémie, alors que nos concurrents plus petits (titulaires des rares licences que nous ne possédons pas, comme Beretta et H&K) n'ont pas pu s’approvisionner suffisamment. Et nous avons encore beaucoup de croissance à aller chercher sur ce segment. Nous avons également racheté en direct quatre boutiques spécialisée en France et les ventes que nous réalisons en direct ont aussi fortement augmenté, ces magasins ayant doublé leur chiffre d'affaires en un an (triplé en deux ans). C’est un axe sur lequel nous travaillons beaucoup car il permet évidemment de conserver l'essentiel de la valeur ajoutée.

En reprenant la société, j'ai tout de suite cherché à la développer sur le marché militaire, où les marges sont significativement plus élevées, et qui apporte une forte visibilité avec des commandes publiques à long terme. Ce pôle réunit désormais sous le nom d'Arkania les activités de Spartan M&LE, que nous avions lancé dès 2015, et celles de Valantur dont nous avons pris le contrôle en novembre. Avec 250 salariés et sept sites de production en France, Valantur nous donne une capacité de production complète en interne, depuis le débit de la matière première jusqu'au consommateur final. Valantur a apporté son portefeuille de contrats auprès d'acteurs de la défense, de l'aéronautique (Dassault, Airbus), mais aussi d'autres industries, par exemple Essilor. Cela vient s'ajouter aux contrats déjà remportés par Spartan, comme le très gros contrat auprès de la Direction générale de l'armement pour l'équipement de l'Armée française en simulateurs de tirs sur une période d'environ dix ans, remporté en co-traitance avec Thales. Nous avons aussi remporté un contrat similaire au Danemark, avec RUAG pour partenaire.

Outre les simulateurs de tir, Cybergun est aussi engagé sur le marché des armes à feu proprement dites, notamment avec l'autrichien Glock pour le remplacement des armes de poing en dotation dans l'Armée française...

Nous avons beaucoup investi en temps et en argent, en faisant le pari auprès de Glock de ne nous rémunérer qu'en cas de succès. Sachant que le ministère de la Défense a commandé 85.000 pistolets à livrer sur cinq ans, plus les équipements (holsters, système de visée, munitions etc.), et ensuite 30 années de réassort et de maintenance, le résultat est une source de revenus non négligeable à long terme. Mais c'est un cas particulier et nous n'avons pas l'intention de devenir "marchand d'armes" en nous lançant dans la commercialisation pour d'autres pays que la France. Nous sommes avant tout positionnés comme experts en simulateur de tirs. Pour une entreprise quasiment donnée pour morte, dont les activités se rapportaient à la convention collective nationale des "industries des jeux, jouets, articles de fête", Cybergun a accompli un changement de stature spectaculaire

Etes-vous préparé à ce que le marché mette le cas échéant du temps à intégrer pleinement ce changement de profil et de dimension?

Nous continuerons en tous cas à travailler sans relâche, comme nous l'avons fait ces dernières années dans des conditions difficiles. Le redressement d'entreprises en difficultés n'est jamais un travail agréable car il est inévitable d'avoir à licencier des employés, prendre des mesures radicales pour le bilan. Peu de gens vous apprécient: ça fait deux ans que je reçois chaque semaine mon lot de messages d'insultes voire de menaces de mort... Bizarrement lorsque nous invitons l'ensemble des actionnaires à venir discuter cartes sur table aux assemblées générales, les courageux anonymes qui me les adressent ne sont plus là. Je m'efforce d'accepter cela, malgré les photos de mon domicile ou les amabilités à l'égard de ma famille, en revanche c'est très dur pour les collaborateurs de Cybergun qui en ont parfois aussi été la cible de malveillance via les réseaux sociaux etc.

Désormais, nous allons faire en sorte que Cybergun soit complètement reconnu comme l'un des leaders européens de la simulation et de l'entraînement des forces armées, partenaire des plus grands manufacturiers. Nous donnons rendez-vous à l'ensemble des parties prenantes d'ici le début de l'année prochaine pour la présentation de nos ambitions stratégiques, avec nos objectifs chiffrés.

Propos recueillis par Guillaume Bayre - ©2022 BFM Bourse
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