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Un marché boursier désormais administré par les banques centrales?

samedi 4 juillet 2020 à 10h00
Les banques centrales sont au moins en partie responsables du récent rallye boursier

(BFM Bourse) - La Fed et la BCE font la pluie et, surtout, le beau temps sur les marchés depuis leur effondrement de mi-mars dernier. Mais si la réactivité et l'ampleur de leur réponse pour limiter les répercussions économiques liées à la crise sanitaire est saluée par la quasi-totalité des observateurs, il est délicat d'estimer précisément quel part du spectaculaire rebond observé depuis leur est attribuable. Éléments de réponse.

Serions-nous passés en à peine plus de 10 ans d'une économie de marché à un marché administré par les banques centrales? La question mérite d'être posée, et John Plassard, directeur adjoint des investissements chez Mirabaud Securities, a tenté d'y répondre dans une note intitulée "Bilan des banques centrales, est-ce bien raisonnable?" publiée le 23 juin.

"Dans les deux semaines qui ont suivi l’annonce de son nouveau programme d’assouplissement quantitatif ("QE" pour "quantitative easing" en anglais, NDLR), le 15 mars, la Fed a acheté plus d’emprunts d’État que pendant les huit mois du premier programme du genre, lancé en 2008" constate-t-il d'emblée. En sus, Jerome Powell ayant annoncé que le QE était "illimité" (dans le texte), "le bilan de la Réserve Fédérale devrait encore augmenter" prévient John Plassard.

De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) "connaît une situation similaire". En plus du programme de QE lancé bien avant l’éclatement de la crise du coronavirus pour stimuler l’économie, la BCE a aussi mis en place une opération d’achat d’actifs ("Pandemic Emergency Purchase Program" - PEPP) de plus de 750 milliards d’euros afin de lutter contre les conséquences de la crise du coronavirus dans le secteur bancaire. Le bilan de la BCE devrait donc lui aussi connaître une forte hausse, selon John Plassard.

De fait, l'expansion du bilan des deux principales autorités monétaires de la planète est pour le moins impressionnante depuis la mi-mars, "celui de la Fed ayant bondi de 3.000 milliards de dollars (!) à 7.200 milliards (de dollars, NDLR) quand celui de son homologue européen est passé, en un peu plus de trois mois, de 4.600 à 5.600 milliards d'euros" observe Alexandre Baradez, responsable de la recherche marchés chez IG, qui constate donc que "le bilan de la Fed a grossi trois fois plus vite que celui de la BCE sur la période". "Celui de la Fed devrait même doubler en 2020 par rapport à 2019 (39% du PIB américain contre 19%)" ajoute John Plassard.

Selon les calculs de Bank of America Merrill Lynch (BofA), le montant total des mesures de relance mondiales, tant budgétaires que monétaires, s'élève désormais à 18.400 milliards de dollars en 2020, répartis comme suit: 10.400 milliards de dollars en mesure de relance budgétaire et 8.000 milliards de dollars en mesure de relance monétaires, pour un total équivalent à 20,8% du PIB mondial, essentiellement injecté au cours des trois derniers mois.

Le S&P, "bénéficiaire ultime" des liquidités injectées

Une fois ce constat réalisé, la question que tout le monde se pose est sur le lien qu'il peut y avoir entre l'expansion des bilans des banques centrales et le spectaculaire rebond des principaux indices boursiers depuis leur point bas touché mi-mars. "Si on est d’accord pour affirmer que la hausse des indices américains a été alimentée par quelques grands noms de la cote (notamment les géants technologiques américains, NDLR), les injections de liquidité de la part de la Fed n’y sont pas étrangères non plus" convient John Plassard.

"Les interventions de la Fed boostent les marchés actions" a même reconnu la présidente de la Fed de San Francisco Mary C. Daly mercredi 1er janvier. "Je n'ai pas souvenir avoir entendu un membre de la Fed le reconnaître aussi clairement" s'étonne Alexandre Baradez.

Pour les stratégistes de BoA par exemple, le S&P 500 est devenu le "bénéficiaire ultime" des liquidités injectées. Dans un rapport publié le 8 juin, la banque américaine estime même que depuis la fin mars, cette liquidité a été le moteur de 90% du rallye boursier.

"Et rien que sur la fin d’année dernière, entre octobre et décembre, quand la Fed a recommencé à acheter des bons du Trésor américain pour calmer les tensions sur le marché interbancaire, Deutsche Bank a calculé qu’une augmentation de 1% du bilan de la banque centrale avait entraîné une hausse de 0,9% du S&P 500" ajoute John Plassard. "En gros, elles avaient alors compté pour 55% de la hausse de presque 10% en trois mois". Et on a d’ailleurs vu que depuis le 8 juin, le S&P 500 a baissé de consort avec l’arrêt (momentané?) de l’expansion du bilan de la Fed".

Bien gérer l'après-crise et le dégonflement des bilans

Le président de la Fed, Jerome Powell, l’a clairement indiqué il y a quelques semaines: la taille du bilan (de la Fed) n’est aujourd’hui pas un sujet de préoccupation, la priorité étant de "sauver l’économie". Si John Plassard estime que "cet état d’esprit est partagé par la majeure partie des autres banques centrales à travers le monde, il faudra tôt ou tard songer à normaliser les politiques monétaires et c'est à ce moment précis qu'il pourrait y avoir lieu", selon lui, "de s'inquiéter".

À cet égard, l'exemple à suivre est celui de la Fed, "première institution à avoir lancé un programme de rachats dès fin 2008" puis à avoir "montré le chemin à ses homologues en débutant la réduction de son bilan en octobre 2018". Celui-ci avait alors été réduit de 4.400 milliards de dollars en janvier 2018 à 3.700 milliards en août 2019.

"Avant d'enclencher la manœuvre, la Fed avait commencé par remonter ses taux, avec prudence, pour éviter une remontée des taux longs trop brusque. Les effets de la réduction de la taille du bilan des banques centrales sur la charge d'intérêts de la dette des Etats pouvant en effet être conséquents", surtout que ces dernières sont amenées à exploser en réaction aux massifs plans de relance gouvernementaux mis en place pour limiter les répercussions économiques de la crise sanitaire."Cerise sur le gâteau, n’oublions pas que les assouplissements quantitatifs (et donc la progression des bilans des banques centrales) ont conduit à plus de 12.500 milliards de dollars d’obligations à rendement négatif dans le monde...", obligations détenues en bonne partie par ces mêmes banques centrales, signale John Plassard.

Si "les niveaux des bilans des banques centrales ne sont en soi pas très importants puisqu'il n'y a pas de limite à leur expansion, c'est la manière de gérer leurs futur dégonflement qui sera cruciale pour les marchés" conclut-il.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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