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Quand le marché des changes assène le coup de grâce aux dictateurs

dimanche 14 avril 2019 à 08h00
L'hyperinflation, cause de nombreuses révolutions

(BFM Bourse) - Le président saoudien Omar al-Bashir a été renversé jeudi par l'armée, après plus de trois mois de contestation populaire, conséquence d'un marasme économique et monétaire. La monnaie soudanaise ne valant presque plus rien depuis que le pays a été amputé de près de 70% de ses réserves de pétrole à l'indépendance du sud-Soudan en 2011. Avant al-Bashir, plusieurs dirigeants mondiaux au pouvoir depuis longtemps avaient été poussé vers la sortie par l'hyperinflation.

Pour les leaders autocratiques qui chercheraient à tirer des leçons du renversement du président saoudien Omar al-Bashir, destitué et actuellement détenu par l’armée, éviter une crise monétaire peut être la clé de la survie, selon Bloomberg.

De fait, le média financier américain rappelle que plusieurs autres dictateurs, après s'être maintenus au pouvoir depuis des décennies, ont rencontré le même destin que le président saoudien, à l’image de ceux de l’Angola, du Zimbabwe, et peut-être bientôt du Venezuela de Nicolas Maduro.

Al-Bashir, destitué jeudi par les militaires saoudiens mettant ainsi un terme à trente ans de règne, faisait face depuis des mois à la colère de la rue qui reprochait au gouvernement sa mauvaise gestion économique, la répression et la corruption. Une des causes profondes de la chute du dirigeant de 75 ans demeure néanmoins son incapacité à gérer la pénurie de devises étrangères qui a propulsé l’inflation à un niveau vertigineux et largement dégradé le niveau de vie de sa population.

Les maux soudanais sont profonds et remontent à la sécession du sud-Soudan en 2011, qui a fait perdre au Soudan la quasi-totalité de ses puits de pétrole ainsi que 60% de ses revenus fiscaux, selon l’Institut de la finance internationale (IFI), une association mondiale de grandes banques. La décision du gouvernement saoudien d’augmenter les dépenses publiques tout en ancrant sa monnaie, la livre soudanaise, (avec un taux de change fixé quotidiennement) à partir de début octobre dernier après trois dévaluations en dix mois au cours de l’année 2018, n’a fait qu’exacerber la situation.

"La perte des revenus pétroliers a conduit le gouvernement à monétiser le déficit budgétaire, ce qui a causé une spirale inflationniste et l’épuisement des réserves de change, puisque la banque centrale maintenait un taux de change surévalué" notaient ainsi Jonah Rosenthal et Garbis Iradian, deux économistes de l’IFI, dans une note publiée jeudi.

La banque centrale a bien tenté de dévaluer la livre soudanaise de près de 40% en octobre, à 47,5 livres pour un dollar, mais c’était trop peu et déjà trop tard. Sur le marché noir, le taux de change de la devise s’est de nouveau effondrée et s’établit désormais à 75 livres contre un billet vert. L’inflation atteint en outre 120%, selon Steve H. Hanke, professeur d’économie appliquée à l’université de Baltimore.

Nombreux exemples

Al-Bashir est loin d’être le seul homme fort à avoir été destitué, ces dernières années, au terme d'une crise de la balance des paiements. Robert Mugabe, par exemple, a été poussé vers la sortie par l’armée zimbabwéenne en 2017, alors que l’appréciation du dollar causait des ravages dans ce pays du sud de l’Afrique. Même situation en Angola, où le parti au pouvoir a contraint le président Jose Eduardo dos Santos à démissionner plus tôt qu’il ne le souhaitait, également en 2017. Élément révélateur, l’une des premières initiatives de son successeur Joal Lourenco fut de dévaluer la monnaie locale, le "kwanza", pour tenter d’en finir avec la terrible pénurie de devises fortes à laquelle le pays était confronté.

Poussé à la démission par le peuple algérien au début du mois d’avril, Abdelaziz Bouteflika a également subi des désagréments monétaires, avec la chute drastique des cours du pétrole et du gaz en 2014 qui a comprimé les revenus en dollars du pays. Et si l’Algérie est parvenue à éviter le genre de difficultés économiques observées au Soudan, le pays a dépensé plus de 100 milliards de ses réserves en dollars pour soutenir le dinar et éviter d’avoir à prendre des mesures difficiles comme une dévaluation ou un renflouement du FMI.

Au Venezuela, où l’inflation dépasse 1.000.000%, privant du même coup le bolivar de toute valeur, Maduro a réussi à s’accrocher au pouvoir grâce au soutien indéfectible de l’armée et de pouvoirs étrangers comme la Russie. Mais si le Soudan et le Zimbabwe peuvent servir d'avertissement, le président vénézuélien va également devoir régler le chaos monétaire dans lequel son pays est plongé, s’il veut garder la main.

"Personne ne survit à l’hyperinflation" a conclu Daniel Osorio, président de la société d’investissement Andean Capital Advisors, qui conseille les gérants sur l’Amérique latine, lors d’une conférence sur la dette à Washington jeudi. "Tôt ou tard, elle vous pousse vers la sortie" a-t-il ajouté.

Quentin Soubranne - ©2019 BFM Bourse
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