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Faut-il parier sur un rebond en Bourse des valeurs bancaires françaises?

lundi 9 novembre 2020 à 10h41
Les réponses aux questions des auditeurs du 6 novembre

(BFM Bourse) - Les dernières publications des banques françaises ont été meilleures que prévu. Les bénéfices sont au rendez-vous et il n'y a pas d'explosion des défauts sur les crédits. Pour autant, la valorisation des valeurs bancaires baisse structurellement. Décryptage avec Guillaume Bayre, journaliste pour le site BFM Bourse, qui répondait aux questions des auditeurs sur BFM Business.

Guillaume Bayre, journaliste pour le site BFM Bourse, a répondu vendredi 6 novembre aux questions des auditeurs sur BFM Business.

Question de Fabien : Comment les résultats des élections US vont-ils influencer le prix du baril dans le monde à moyen terme ?

La position de Joe Biden est sans ambiguïté à l'égard des ressources fossiles. À rebours de Trump, la lutte contre le changement climatique figurait au sommet de ses priorités pendant sa campagne. Ce n'est pas une simple une posture électorale. Dès les années 1980 alors qu'il était sénateur, il a présenté l'une des toutes premières propositions de loi sur le sujet (il s'agissait de mettre la question du climat au premier plan des discussions qui s'ouvraient entre Reagan et Gorbatchov avec l’ouverture de l’URSS). Evidemment ça lui donne à peu de frais une image de pionnier mais ça dénote néanmoins une réelle sensibilité au sujet. Biden propose un "Green New Deal" pour faire des USA une superpuissance des énergies "vertes", évidemment à long terme pour protéger l'avenir de l'humanité, mais aussi à court terme pour créer des emplois qualifiés et développer des technologies à l’export. Inversement, il compte se "détourner progressivement de l'industrie pétrolière".

Concrètement on peut anticiper un durcissement de la règlementation sur l’extraction pétrolière en termes d'émissions de méthane (il s'agit de renforcer les normes environnementales que Donald Trump entendait détricoter) et de la fiscalité. À court terme ça va accroître les coûts de production de pétrole. Or si vous renchérissez les coûts, mécaniquement ça tend à augmenter les prix. Goldman Sachs estime que les coûts de production pourraient rapidement s'accroître de l'ordre de 5 dollars par baril. Fatalement ça va se rattraper quelque part.

Il y a aussi l’idée que les Démocrates mèneraient une politique budgétaire plus laxiste, cela pourrait peser sur le billet vert – donc le prix des matières premières libellés en dollar pourrait s'ajuster dans l'autre sens. En revanche, il faut surveiller la ligne qu'adopterait Biden vis-à-vis de l'Iran. En théorie si l’Iran revient officiellement sur le marché mondial du pétrole l’augmentation de l'offre ferait pression à la baisse sur les prix… Sauf qu'on sait très bien que le pétrole iranien est quand même déjà vendu quelque part à l’heure actuelle. Donc il est déjà dans l'équation offre/demande.



Question de Julie : Scor a publié ses résultats ce vendredi. Quelles sont les perspectives pour ce titre? Faut-il l’acheter?

Bien vu Julie, le marché a réagi très positivement aux comptes de Scor publiés vendredi matin. Quand on évoque les fleurons français, on pense souvent à des boîtes industrielles, on cite rarement Scor et c’est un tort puisqu’on a à nouveau ici une société française qui est vraiment dans les leaders mondiaux d’un métier qui nécessite des compétences de pointe. Il s’agit de la réassurance, autrement dit les assurances pour les assureurs. C’est la science des risques. En gros des armées de mathématiciens et de gens très intelligents qui travaillent à conceptualiser et modéliser des risques.

Par exemple la pandémie actuelle avec un virus très contagieux, dangereux mais pas trop, ce qui lui donne le temps de se diffuser dans un monde où les populations sont à la fois fortement concentrées et mobiles, c’est exactement le type de scénario qui a été envisagé sous toutes ses coutures. Et Scor c’est le numéro 4 mondial de cette spécialité sachant que le numéro 5 c’est tout simplement Berkshire Hathaway (il faut savoir que la réassurance est l’une des vaches à lait de la firme de Warren Buffett). Ce n'est pas très sexy mais Scor connaît un développement remarquable, très cadré, parce que l’entreprise se donne des objectifs précis dans le cadre de plans triennaux et en général elle les dépasse au bout de trois ans.

La réassurance c’est vraiment une discipline à part, très technique avec des chiffres dans tous les sens qu’il serait trop long de détailler. L’essence du réassureur ce n’est pas la recherche d’un profit maximal ou d’un taux de croissance élevé c’est vraiment l’adéquation rendement / risque encouru. Grosso modo, l’objectif de Scor, c’est qu’aucun scénario extrême (catastrophes, attentats, etc.) ne puisse écorner ses réserves de capitaux de plus de 15%. Et en l’occurrence, le groupe subit certes la pandémie mais à un niveau qui est nettement moindre que prévu. Sur les neuf premiers mois de 2020 les demandes d’indemnisations que Scor a reçu liées au Covid sont à 67% de ce qu’il avait prévu. Donc au bout du compte, on a eu un bénéfice presque trois fois supérieur aux prévisions des analystes. Et surtout le cash-flow opérationnel reste élevé à 661 millions et des capitaux propres de 6,25 milliards d’euros. Ce qui veut dire que les capitaux couvrent plus de deux fois le maximum des sinistres indemnisables.

On peut clairement acheter. C’est une exposition à des risques qui ne sont pas de nature économique en contrepartie d’un rendement habituellement significatif (cette année le groupe n’a pas versé de dividendes pour se conformer aux demandes des autorités prudentielles). En termes d’objectif de cours, comme toujours, c’est difficile d’être précis. Mais on peut donner deux repères: actif net comptable par action de 33,51 euros à fin septembre et une offre de rachat par Covea à 43 euros qui avait été repoussée assez sèchement en 2018.  

Question d'Ingrid : quel bilan tirez-vous des publications bancaires? Dans l’univers des valeurs bon marché, sont-elles à privilégier?

C’est relativement simple de résumer les publications qui se sont succédé du côté des banques françaises. On va écarter Natixis pour qui ça s'est mal passé vendredi en Bourse. Mais il y a un accident industriel propre au groupe, avec les difficultés de sa filiale de gestion d’actifs H2O dont elle souhaite maintenant se débarrasser. Sinon on a eu dans l’ordre BNP Paribas mardi, Crédit Agricole mercredi et Société Générale jeudi avec à chaque fois des réactions positives en Bourse et un scénario similaire. Toutes ont surpris en bien à la fois dans la division banque d’investissement grâce au dynamisme des activités de marché et à la fois grâce à un coût du risque moins élevé qu’attendu. Autrement dit pas de flambée des créances douteuses et des défauts sur les prêts accordés.

Une fois qu’on a dit ça, est-ce qu’il faut se précipiter pour ramasser des titres qui sont peu valorisés par rapport à leur actif comptable? J’ai envie de dire attention au "value trap". Parfois une valorisation en apparence modique peut constituer un piège.

Que dire d'un investisseur qui aurait acheté Société Générale à 50 euros en 2017 parce que c'était bon marché en regard des fondamentaux? De celui qui a acheté à 20 euros en 2019 parce qu’à ce prix, c’était une affaire? Ou encore fin septembre quand le titre valait quasiment 10 euros avec un nouveau plus bas historique? Alors je ne dis pas qu’il n’y a pas de rebonds à jouer, mais pour en déterminer le timing, bon courage.

On est quand même dans un phénomène de baisse de la valorisation qui est installé depuis des années. La réglementation contraint les banques à réduire le poids des activités qui étaient potentiellement les plus rentables. Et les fintechs voire les techs tout court leur grignotent de plus en plus de business. On dirait que les banques sont réduites au rôle de courroie de transmission de la politique monétaire. Franchement, c’est quand même difficile d’être enthousiaste encore une fois même si à l’instant t on peut se dire que ce n'est pas cher.  

Question de Mikaël : pouvez-vous me recommander une valeur selon vous prometteuse dans l’univers de la santé?

Bonjour Mikaël, compte tenu de ses caractéristiques, le secteur regorge clairement de pistes d'investissement intéressantes. Parmi elles, nos analystes ont notamment mis en avant Novacyt en tant qu'idée d'investissement ce vendredi. Retrouvez ce conseil ici et pensez à vous enregistrer en tant que membre pour ne manquer aucun conseil du jour en temps réel.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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