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Des placements financiers en partie liés à des activités mafieuses en Italie ?

samedi 11 juillet 2020 à 10h00
Des créances liées à la mafia calabraise fourguées à des investisseurs institutionnels

(BFM Bourse) - Selon une enquête du Financial Times, une banque privée italienne a placé auprès de différents investisseurs institutionnels des produits d'investissement à haut rendement, assis sur des créances envers certaines institutions publiques italiennes, donc théoriquement sécurisées. Mais dans le lot, certaines seraient liées à des sociétés servant de façade à la mafia calabraise.

Des investisseurs ont misé sur des produits en partie liés aux revenus des activités criminelles de la plus puissance des mafias italiennes, la 'Ndrangheta. Ainsi, Banca Generali, l'une des plus grandes banques privées d'Europe, a souscrit à des obligations en partie adossées à des entreprises servant de façade aux activités de la ’Ndrangheta, dans le cadre d'une transaction où est intervenu le groupe d'audit EY, selon le journal britannique Financial Times.

Le montant des obligations placées auprès d'investisseurs internationaux entre 2015 et 2019 est estimé à 1 milliard d'euros, selon des sources de marché. Des fonds de pension, des family offices et des hedge funds à la recherche de rendements attrayants face à la faiblesse des taux d'intérêt se sont en effet retrouvés exposés à ces instruments.

44 milliards de revenus par an

Moins connue que la mafia sicilienne, la 'Ndrangheta s'est hissée depuis vingt ans parmi les groupes criminels les plus redoutés -et les plus nantis- en occident, en pratiquant trafic de cocaïne, racket, trafic d'armes - et bien sûr le blanchiment d'argent.

L'agence européenne Europol estime que le total de ses revenus (générés en fait par une multitude de clans pas vraiment fédérés) atteint 44 milliards d'euros à l'année.

Les titres financiers liés à cette mafia reposaient sur des créances émises par des entreprises supposées fournir des services médicaux pour le compte d'agences sanitaires italiennes, en retard de paiement. Selon la loi européenne, les créances sur les institutions publiques qui tardent à les honorer donnent lieu à des pénalités selon un taux minimal réglementaire, ce qui en fait des instruments potentiellement attrayants. L'idée est qu'à terme ces créances finiront par être payées avec intérêts : elles sont ensuite repackagées, parmi d'autres créances, dans des produits d'investissements proposés à différents investisseurs.

Créances émises par un camp de réfugiés

Si la plupart des créances composant ces produits sont le résultat de transactions légitimes, certaines ont été émises par des entreprises liées à certains clans de la mafia calabraise ayant réussi à contourner les mesures de surveillance anti-blanchiment, rapporte le FT. Parmi celles-ci, des créances émises par un camp de réfugiés qui avait été repris en main par la 'Ndrangheta.

Pour l'essentiel, ces créances issues de transactions de gré-à-gré n'étaient pas notées par des agences ni cotées.

Interrogé par le journal britannique, Banca Generali a indiqué n'avoir aucun moyen à l'époque de détecter que les produits proposés à ses clients institutionnels avaient pu s'appuyer sur des créances liées au crime organisé, les créances en question ayant échappé à l'ensemble de la chaîne de surveillance. CFE, un établissement genevois spécialisé qui avait été chargé de structurer les véhicules d'investissement revendus à divers institutionnels par Banca Generali, a affirmé que seule une petite portion des créances composant ces produits apparaissaient suspicieux désormais. Tous deux assurant n'avoir jamais eu connaissance avant que les produits soit redistribués d'une possible origine criminelle.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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