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Marché : Une zone euro concentrée, y penser sans en parler

Une zone euro concentrée, y penser sans en parlerUne zone euro concentrée, y penser sans en parler

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Paris et Berlin ont formellement démenti jeudi des informations selon lesquelles la France et l'Allemagne seraient en train de réfléchir à une zone euro fédérale, potentiellement élaguée de ses éléments les moins disciplinés.

Selon une source allemande de haut rang, il s'agirait de construire une zone euro plus homogène, constituée de pays prêts à harmoniser leurs politiques économiques et fiscales et mieux à même de parler d'une seule voix (voir .

Le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a cependant catégoriquement nié que le gouvernement allemand poursuive un tel projet. Berlin veut au contraire "stabiliser la zone euro dans son ensemble", a-t-il assuré.

"Nous n'avons pas de discussions de cette nature et nous ne poussons pas de tels projets", renchérit-on à Paris de source française. "Nous sommes même surpris de telles rumeurs."

Et le ministère français des affaires étrangères d'assurer : "Notre détermination à préserver la monnaie unique, avec tous nos partenaires de la zone euro, est totale."

Ces démentis n'étonnent pas Christian Saint-Etienne, professeur au Conservatoire national des arts et métiers et membre du Conseil d'analyse économique du Premier ministre.

"Le jour où ils l'annonceront, ce sera hors marché et on fera un communiqué à 23h59 pour dire : 'A partir de minuit on crée un euro fédéral", explique-t-il à Reuters. "Chaque fois qu'on fait une opération monétaire, on nie jusqu'à la minute qui précède. C'est comme un type qui va faire un casse : il ne fait pas une conférence de presse avant."

"C'est vraiment jouer avec une bombe atomique, donc on ne peut même pas dire qu'on y réfléchit", ajoute cet économiste, lui-même favorable à une zone euro fédérale à neuf au lieu de 17, fondée sur des critères d'homogénéité économique et politique.

ÉVITER DES EFFETS DÉVASTATEURS

Evoquer publiquement la perspective d'une scission de la zone serait dévastateur pour ses membres les plus fragiles.

"La question devient 'qui en est et qui n'en est pas'. Vous foutez en l'air le système bancaire des pays qui n'en sont pas, parce que les gens vont en retirer leur argent. Vous provoquez une crise d'une violence extrême", dit Christian Saint-Etienne.

La question ne manquerait pas de se poser pour l'Italie, au risque de remettre en question les efforts qu'elle a entrepris pour répondre à la pression des marchés financiers.

Ce qui est jugé injuste pour la troisième économie de l'Union européenne et un de ses membres fondateurs, dont les fondamentaux sont jugés plutôt bons malgré une dette de 1.900 milliards d'euros (120% du PIB).

"L'Italie souffre d'une mauvaise gouvernance mais elle est en train de régler cette question et son socle industriel est plus puissant que celui de la France", souligne Hans Stark, de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Contrairement à Christian Saint-Etienne, Hans Stark, spécialiste des relations franco-allemandes, est de ceux qui jugent "plus qu'irréaliste" l'idée d'une zone euro réduite.

"Avec la volatilité actuelle des marchés, si on disait que deux trois pays des 17 de la zone euro s'en vont, les marchés financiers ne le supporteraient pas", estime-t-il.

L'idée même d'une scission de la zone euro a aussi fait se dresser les cheveux des présidents de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.

"Une union avec un noyau intégré et une périphérie désengagée" ne marchera pas, a ainsi déclaré le premier, dès mercredi soir, à Berlin. "En fait, l'ensemble de l'Union européenne devrait avoir l'euro pour monnaie."

"Ce n'est pas le moment de nous subdiviser", a dit le second à la presse à Lisbonne. "Nous devons avancer ensemble."

UN TABOU EST TOMBÉ

Pourtant, la crise de la dette grecque a indéniablement fait ressurgir avec force la vieille idée des coopérations renforcées, des cercles concentriques ou autres Europe à deux vitesses et fait tomber un tabou.

En imposant au Premier ministre grec George Papandréou, s'il maintenait son référendum sur le sauvetage financier de la Grèce, de poser la question du maintien d'Athènes dans l'euro, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont esquissé ce qui pourrait être un mode opératoire de sélection des membres du noyau dur.

Pas question de mettre dehors la Grèce ou tout autre pays, car cela créerait trop de problèmes financiers et politiques, expliquait en substance la semaine passée à Cannes le président français en marge du sommet du G20. Mais à eux de choisir s'ils veulent rester dans la zone euro et en respecter les règles.

Pour Christian Saint-Etienne, faire en sorte que les pays qui ne supportent plus les règles de la zone euro en sortent volontairement serait en effet la meilleure façon de procéder.

Or les règles de la zone euro ont vocation à se durcir pour tirer les leçons de la crise : le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, proposera en décembre des mesures de convergence économique et d'amélioration de la discipline budgétaire.

La chancelière allemande s'est ralliée à l'idée d'une gouvernance accrue défendue par Nicolas Sarkozy, qui n'hésite plus à prôner un véritable fédéralisme au sein de la zone euro, à côté d'une Union européenne à 27 confédérale.

"Clairement, il y aura deux vitesses européennes : une vitesse vers davantage d'intégration dans la zone euro et une vitesse plus confédérale dans l'Union européenne", a ainsi déclaré mardi à Strasbourg le président français.

S'il n'a en rien évoqué alors une zone euro plus réduite, il n'en a pas moins réaffirmé que l'admission de la Grèce avait été une erreur et estimé que l'Italie ne pourrait pas non plus "s'exonérer des efforts" imposé au pays de la monnaie unique.

Avec Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse

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