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Marché : Une semaine décisive s'annonce pour la zone euro

Une semaine décisive s'annonce pour la zone euroUne semaine décisive s'annonce pour la zone euro

par Paul Taylor

PARIS (Reuters) - La zone euro joue son avenir au cours de la semaine à venir qui pourrait, si tout va bien, se solder par un accord sur une solution définitive pour une crise de la dette qui fait rage depuis bientôt deux ans.

A quelques jours d'un sommet européen jeudi et vendredi à Bruxelles présenté comme celui "de la dernière chance", et malgré l'optimisme affiché par les marchés financiers, un tel résultat est toutefois loin d'être acquis.

"Cette semaine, l'avenir stable de l'euro et, de ce fait, la reprise économique en Europe ainsi que l'emploi sont en jeu. Cela suppose que le Conseil européen adopte un ensemble de mesures convaincant", a dit à Reuters Olli Rehn, commissaire aux Affaires économiques et monétaires.

Le Premier ministre portugais Pedro Passos Coelho est allé encore plus loin dans la dramatisation des enjeux.

"Nous devons trouver une réponse à la crise. Si nous échouons, cela pourrait être la fin de l'Union européenne", dit-il dans un entretien publié dimanche par le journal Publico.

Si tout se passe selon les plans concoctés par Paris et Berlin, l'Union européenne aura fait un grand pas vers une union budgétaire vendredi soir, avec un accord sur un changement des traités européens intégrant une plus grande discipline budgétaire des 17 pays de la zone euro.

Auparavant, toujours selon ce scénario idéal, la Banque centrale européenne (BCE) aura, jeudi, une nouvelle fois baissé ses taux d'intérêt pour éviter une retombée en récession et donner un peu d'air à des banques qui éprouvent des difficultés à se refinancer.

Enfin, lundi et mardi, les gouvernements italien, irlandais et grec auront fait la preuve qu'ils étaient prêts à aller encore plus loin dans l'austérité pour retrouver une crédibilité auprès de leurs pairs européens et la confiance des marchés.

Les Bourses européennes ont enregistré la semaine dernière leurs plus importants gains hebdomadaires à la faveur des espoirs de voir la crise de la dette être enfin résolue.

RÔLE DE LA BCE

Les investisseurs ont ainsi bien réagi aux propos tenus jeudi par le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, disant qu'il était prêt à prendre des mesures supplémentaires pour soutenir l'économie de la zone euro, ajoutant que les risques baissiers avaient augmenté et que la BCE était consciente des difficultés croissantes des banques.

"Tout revient à ce que fera la BCE et si les dirigeants européens définissent un plan (...) donnant à la BCE les moyens d'intervenir", a dit à une source gouvernementale européenne.

Des sources proches d'Angela Merkel ont déclaré que la chancelière allemande était prête, en dépit de l'hostilité de la Bundesbank, à laisser, de manière temporaire, la BCE racheter plus massivement des obligations de pays en difficulté, jusqu'à ce que des mesures de contrôle plus strictes des budgets de la zone euro entrent en vigueur.

Lors de son plaidoyer vendredi devant le Bundestag pour de profondes réformes institutionnelles et l'inscription dans les traités européens de règles budgétaires plus strictes, Angela Merkel a de nouveau rejeté l'idée de mutualiser la dette en créant des "euro-obligations" et elle a mis en garde contre des décisions qui pourraient nuire à la crédibilité de la Banque centrale européenne.

Tout en défendant l'union franco-allemande à l'occasion d'un discours prononcé à Toulon jeudi, Nicolas Sarkozy a quant à lui à nouveau plaidé pour "un rôle déterminant" de l'institut de Francfort, soulignant que les désaccords entre Paris et Berlin sur ce point n'avaient pas disparu.

DIVERGENCES FRANCO-ALLEMANDES

La France et l'Allemagne divergent également sur la manière de mieux contrôler les budgets nationaux.

Angela Merkel, qui rend visite au président français lundi, veut donner à la Commission européenne le pouvoir d'opposer son veto à un budget contraire aux limites européennes avant qu'il ne soit soumis au Parlement, avec à la clef des sanctions automatiques pour les récidivistes.

Nicolas Sarkozy veut au contraire que ce soient les dirigeants de la zone euro qui aient le dernier mot, refusant de donner de nouveaux pouvoirs supranationaux aux institutions européennes et préférant un contrôle politique des Etats.

Par ailleurs, certains pays comme la Grande-Bretagne, l'Irlande et les Pays-Bas ne veulent pas d'une réforme des traités, réclamée par Berlin et à laquelle s'est ralliée Paris, en raison des risques politiques que cela comporte.

Si jamais les 27 membres de l'Union européenne ne parviennent pas à se mettre d'accord ou si le sommet accouche de demi-mesures alors que la crise de la dette s'est intensifiée au cours des derniers mois, les turbulences sur le marché obligataire pourraient repartir de plus belle.

L'Italie, dont le rendement est repassé sous la barre jugée fatidique des 7% avec les espoirs d'une résolution de la crise, se retrouverait à nouveau en pleine tempête, Rome ayant d'importantes échéances de refinancement dès janvier 2012.

Signe que les Etats-Unis redoutent les conséquences d'une aggravation de la crise de la dette sur l'économie mondiale, le secrétaire d'Etat au Trésor Timothy Geithner se rendra à Francfort, Berlin, Paris, Marseille et Milan à partir de mardi pour exhorter ses interlocuteurs à agir.

Benoit Van Overstraeten pour le service français, édité par Julien Toyer

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