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Marché : Un défaut de paiement pour ramener les investisseurs en grèce

Un défaut de paiement pour ramener les investisseurs en grèceUn défaut de paiement pour ramener les investisseurs en grèce

par Marius Zaharia

LONDRES (Reuters) - Plus on attendra pour déclarer la Grèce en situation de défaut de paiement, plus longtemps les investisseurs, pour la plupart, s'abstiendront d'envisager même de racheter des actifs grecs.

Le deuxième plan d'aide à la Grèce, dont la gestation est pour le moins difficile, n'est considéré que comme un moyen de gagner du temps pour que les banques de la zone euro puissent provisionner d'éventuelles pertes et épargner la contagion aux premières économies du bloc.

Quant aux réformes réclamées en échange de cette aide, elles auront du mal à passer auprès d'une population très remontée.

"Nous achèterons si l'économie parvient à se réformer et si le système bancaire s'autofinance mais il ne faut pas y compter, au moins dans les cinq ans qui viennent", dit Russell Silberston (Investec Asset Management). "A notre avis, il faut aussi qu'il y ait un défaut avant ça."

Le ministre grec des Finances Evangelos Venizelos a dit lundi à Reuters qu'il comptait faire revenir la Grèce sur le marché à la mi-2014.

La grande majorité des investisseurs ne croit pas cela possible sans une restructuration de grande ampleur qui rende la dette gérable et qui évite de multiplier les mesures d'austérité préjudiciables à la reprise économique.

"Pour la Grèce, la seule solution c'est de repartir de zéro", dit Kommer van Trigt (Robeco Group).

Pour Silberston, un "premier défaut" est en éclosion, alors même que la proposition française de rééchelonnement de la dette grecque semble rallier beaucoup de soutiens, sans qu'elle ne semble résoudre le problème de solvabilité de la Grèce.

"LE GROS PROBLÈME..."

Dans la mesure où la dette doit atteindre 1,6 fois le PIB cette année, il faudrait que la Grèce dégage un excédent budgétaire primaire de l'ordre de 5% du PIB, expliquent des économistes, alors qu'en 2010 elle a connu un déficit primaire du même ordre, simplement pour stabiliser la dette aux niveaux actuels.

En supposant que le rapport de la dette au PIB culmine à 166%, les calculs d'Evolution Securities montrent qu'il faudrait une décote de l'ordre de 64% pour ramener ce rapport aux 60% prévus par le Traité de Maastricht.

La courbe des taux des rendements de la dette grecque suppose une décote de 50% en moyenne, selon UniCredit. Mais imposer des pertes aux détenteurs d'obligations souveraines grecques avant de regagner de la crédibilité risque d'être un coup d'épée dans l'eau.

"Le gros problème d'une grosse décote... c'est qu'il faut encore donner une prime très élevée pour ceux qui achèteront de la dette grecque après ça parce qu'une décote n'arrive jamais seule, habituellement", dit Jack Kelly (Standard Life Investments).

Un défaut immédiat a été évité par un accord en vue de débloquer une nouvelle tranche d'aide internationale de 12 milliards d'euros, moyennant des mesures de rigueur budgétaire, ce qui a eu pour effet de faire dégringoler de plus de 200 points de base les rendements d'une partie des obligations grecques.

Pour autant, à 27% sur le deux ans et 16% sur le 10 ans, ils restent prohibitifs. Le rally des obligations grecques n'a été entretenu que par les investisseurs de court terme et son ampleur a été exagérée par la faiblesse des volumes.

Kelly signale par exemple que l'assureur Standard Life, qui a vendu ses derniers avoirs obligataires grecs en juin 2010, ne redeviendrait acheteur que si la dette grecque récupérait un statut d'investissement ou si elle était intégrée à un emprunt commun à l'Union européenne, une solution dont Berlin ne veut pas.

L'Irlande et le Portugal, les autres pays renfloués de la zone euro, sont également interdits de séjour dans les portefeuilles des investisseurs de long terme en raison du risque d'être entraînés dans le tourbillon de la crise grecque. Risque matérialisé mardi soir par le déclassement de la dette portugaise de quatre crans par Moody's.

Toutefois ces deux pays ont une chance d'arranger la situation plus vite que la Grèce, et surtout l'Irlande, plus compétitive à l'exportation et au marché de l'emploi plus souple.

"Pour l'instant, on ne fait pas vraiment de différence entre la Grèce, l'Irlande et le Portugal. Ultérieurement, un pays comme l'Irlande semble mieux parti", dit van Trigt.

"HOT MONEY"

Le calendrier et l'amplitude d'une décote de la dette grecque restant deux inconnues fondamentales, il est difficile d'évaluer à quel prix les investisseurs reviendraient sur la Grèce.

On a l'habitude de prendre pour comparaison la restructuration de la dette de l'Uruguay en 2003, qui avait vu le prix de son emprunt 2012 monter d'une quarantaine de cents à 60 cents par dollar juste après.

Actuellement, l'emprunt juin 2020 de la Grèce se négocie à 55 cent par euro.

"A un prix de moins de 50, on retrouvera à un moment ou à un autre de la valeur dans des obligations à huit ou neuf ans", note Ciaran O'Hagan (Société Générale). "Mais seulement quand on aura assaini les comptes, par une restructuration par exemple".

Tout cela ne marchera que si la Grèce évite un défaut unilatéral et désordonné comme l'Argentine en 2002. Elle avait organisé de grosses opérations d'échange de dette en 2005 et 2010 mais le marché lui reste fermé.

Le "pricing" du marché, avant toute décote, pourrait être une opportunité d'acheter se fondant sur l'hypothèse que les détenteurs de la dette grecque auraient été trop pessimistes sur l'ampleur de la dite décote. Cela n'aiderait pas du tout la Grèce car ceux qui achèteraient se dégageraient tout de suite après et les transactions concernées ne seraient pas très importantes.

"Ce serait du 'hot money' incroyable", commente Robert Talbut (Royal London Asset Management), ajoutant qu'il ne prendrait pas un tel risque.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Gregory Schwartz

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