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Marché : S&p déclasse l'espagne, évoque sa faible croissance

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MADRID (Reuters) - L'agence de notation Standard & Poor's a abaissé d'un cran jeudi soir la note souveraine de l'Espagne, accentuant la pression des marchés sur Madrid alors que les dirigeants européens et le G20 s'efforcent de trouver une issue à la crise de la dette.

La note de crédit espagnole à long terme passe de "AA" à "AA-" et S&P lui a assigné une perspective négative, mettant en avant la faiblesse de la croissance, le fort taux de chômage, l'endettement élevé du secteur privé et un resserrement des conditions de crédit.

En réaction, l'euro a touché un plus bas de séance à 1,3723 dollar avant de reprendre quelques couleurs en matinée en Europe. La monnaie unique reste toutefois en passe de réaliser sa meilleure performance hebdomadaire depuis le mois de janvier et évoluait autour de 1,38 dollar vers 10h20 GMT.

Sur le marché obligataire, le rendement des emprunts d'Etat espagnols à 10 ans a grimpé de 2,8 points de base à 5,24%, entraînant dans son sillage son homologue italien.

Selon des traders, la Banque centrale européenne (BCE) a acheté vendredi matin des titres de dette souveraine de ces deux pays, soucieuse de maintenir le coût de financement supporté par Madrid et Rome à un niveau acceptable.

Le déclassement de l'Espagne par S&P, qui fait suite à une décision similaire de Fitch la semaine dernière (voir ), intervient juste avant la réunion ce vendredi à Paris des ministres des Finances et des banquiers centraux du G20, où les discussions doivent beaucoup porter sur la crise européenne.

RECHUTE EN RÉCESSION EN 2012 ?

Dans son communiqué, S&P dépeint une situation morose pour l'économie espagnole et a abaissé sa prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) réel à environ 1% en 2012, contre une anticipation de 1,5% en février dernier. Pour 2011, l'agence table sur une croissance d'environ 0,8% en termes réels.

"Malgré des signes de résistance des performances économiques au cours de l'année 2011, nous observons un accroissement du risque pesant sur les perspectives de croissance de l'Espagne en raison du fort taux de chômage, de conditions financières plus difficiles, d'un niveau toujours élevé de l'endettement privé et du probable ralentissement économique des principaux partenaires commerciaux de l'Espagne", déclare S&P.

L'agence ajoute s'attendre à ce que la qualité des actifs du secteur financier continue de se déprécier. Standard & Poor's juge également que la réforme du marché du travail est "incomplète" et qu'elle constitue donc un frein à la reprise de l'activité économique.

Dans un communiqué aux investisseurs, le Trésor espagnol a critiqué cette évaluation."S&P sous-estime la portée des réformes structurelles sans précédent qui ont été entreprises, et qui, de toute évidence, prendront du temps avant de porter leurs fruits", écrit-il.

La ministre de l'Economie Elena Salgado a dit de son côté que l'Espagne atteindrait cette année son objectif d'un déficit public représentant 6% du PIB. En outre, a-t-elle ajouté, le gouvernement dévoilera bientôt un projet pour que les régions autonomes, lourdement endettées, atteignent elles aussi leurs objectifs de déficit en 2011.

De son côté, la Commission européenne a estimé que l'Espagne avait pris des mesures significatives pour ajuster ses finances publiques.

Le risque existe que la quatrième économie de la zone euro retombe en récession l'an prochain, poursuit S&P, avec une contraction possible de 0,5% du produit intérieur brut (PIB) réel en 2012 selon un scénario baissier envisagé par S&P.

"Nous pourrions de nouveau abaisser la note si, conformément à notre scénario baissier, l'économie se contracte en 2012, si la situation budgétaire de l'Espagne dévie de manière significative des objectifs que s'est fixés le gouvernement ou si des réformes supplémentaires sur le marché du travail et d'autres réformes soutenant la croissance sont différées", peut-on lire.

LE SPREAD BONO/BUND SE CREUSE

Pour Jürgen Michels, économiste chez Citi à Londres, le marché reste méfiant vis-à-vis de l'évolution des finances des régions espagnoles et estime que les difficultés budgétaires de Madrid ne vont pas disparaître dans un avenir proche.

"Le gouvernement central a fait des progrès mais nous attendons toujours une amélioration des finances régionales (... et) l'ajustement du marché immobilier n'est en aucun cas terminé", juge-t-il.

La décision de Madrid de reporter certaines privatisations en raison des mauvaises conditions de marché, comme pour la loterie nationale ou les aéroports, risque de grever un peu plus la capacité de l'Etat à redresser la barre.

Conséquence de la décision de S&P, l'écart de rendement entre les Bonos espagnols à dix ans et le Bund allemand de même échéance se creuse de 8 points de base (pdb), à 318 pdb.

De même, le coût de l'assurance contre un défaut (CDS) sur la dette espagnole à cinq ans a grimpé de 10 pdb, à 389 pdb, selon Markit.

L'Espagne possède le pire taux de chômage de l'Union européenne, à plus de 21%, reflétant la faible croissance de son économie, l'éclatement d'une bulle immobilière et la politique d'austérité menée par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero.

Le nouveau gouvernement issu des élections législatives du 20 novembre prochain aura la lourde tâche de tenter de remettre les finances de Madrid à flot.

On s'attend à ce que le Parti populaire (PP), favori du scrutin, accentue cette politique de rigueur en cas de victoire, mais la formation conservatrice n'a pas détaillé de plan en ce sens par peur d'effrayer les électeurs.

Balazs Koranyi; Gregory Schwartz, Henri-Pierre André, Jean Décotte et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Alexandre Boksenbaum-Granier

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