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Marché : Sans le pétrole et l'euro bas, la croissance française serait quasi nulle

(Tradingsat.com) - Dans une note publiée le 16 février, la banque Natixis estime que le PIB français n'a évité la récession en 2015 que grâce à la baisse du pétrole et la faiblesse de la monnaie unique. L'Insee est moins pessimiste mais indique que la croissance se serait limitée à 0,3%.

Les esprits chagrins se plaisent à le souligner: en 2015 le PIB de la France a bénéficié d'un alignement des planètes optimal avec un pétrole bas et un euro faible. Mais si on enlève ces éléments exceptionnels, à combien s'élève réellement la croissance, que l'Insee a chiffrée à 1,1% dans une première estimation le 29 janvier dernier?

La réponse des économistes de Natixis est sans appel. Dans une note publiée le 16 février dernier, Patrick Artus, son chef économiste estime que la France n'aurait tout simplement pas évité la récession.

0,9 point de PIB grâce à l'euro faible?

Sa mesure de "la performance intrinsèque" de l'économie tricolore repose sur l'analyse suivante. D'abord la chute des cours du du pétrole a généré selon Natixis explique que le recul des importations de pétrole (en valeur) a permis de générer à lui seul l'équivalent de 1,7 point de PIB. Mais ce gain, brut, n'a pas été totalement réinjecté dans l'économie. Les entreprises en ont consacré une partie à l'amélioration de leur capacité d'autofinancement. Même phénomène du coté des ménages. Une partie du gain de pouvoir d'achat a été épargnée l'autre consommée.

Au total, Natixis estime que les entreprises n'ont que marginalement utilisé ces gains pour financer des investissements alors que les ménages ont eux pu consommer davantage, ce qui a joué sur le PIB à hauteur de 0,6 point. Voilà pour le pétrole.

Pour l'euro, l'étude considère que l'essentiel de la hausse des parts de marchés de la France à l'export peut être attribuée à la dépréciation de l'euro. Ce qui représenterait 0,9% de PIB en plus. Ce chiffre peut paraît impressionnant quand on sait que la France réalise la plus grande partie de son commerce en zone euro. Mais "il ne faut pas oublier que la dépréciation de l’euro favorise aussi les exportations de la France dans la zone euro par rapport aux produits non européens", explique Patrick Artus à BFMbusiness.com dans un courriel.

Une récession de 0,4%

L'économiste indique au passage avoir calculé l'effet de change "en prenant le gain de part de marché à l’exportation de la France en 2015 (les exportations de la France ont augmenté de 3 points de plus que le commerce mondial) et en le multipliant par le poids des exportations".

Au final, le pétrole et l'euro faible ont donc tiré le PIB tricolore à hauteur de 1,5 point de PIB. Étant donné que la croissance annoncée par l'Insee pour 2015 s'st limitée à 1,1%, l'économie tricolore aurait donc accusé l'an passé une récession de -0,4%, si elle n'avait pas profité de ce double effet "pétrole" et "euro".

"Ceci montre l’ampleur des problèmes (règles du marché du travail, coût du travail peu qualifié, concurrence, formation…) qui bloquent la croissance en France", conclut la note de Natixis.

D'autres éléments à considérer

Il n'en reste pas moins que ces estimations paraissent "élevées", selon Mathieu Plane, économiste à l'OFCE. Ses collègues et lui-même avaient aussi tenté de chiffrer l'impact des éléments extérieurs à la croissance tricolore, il y a quelques mois. Comme l'Insee, ils ont estimé la progression du PIB 2015 à 1,1%. Ils considéraient que l'impact de la chute des cours du pétrole s'élevait à 0,5 point du PIB. Une estimation assez proche de celle de Natixis.

En revanche, ils estimaient que l'euro faible n'avait joué que pour 0,2 point de PIB. Soit bien moins que leurs collègues de Natixis. "À court terme, l'économie doit d'abord encaisser l'effet de la hausse des prix sur les importations. Après il faut attendre environ neuf mois pour que la baisse durable de l'euro amènent les clients et les fournisseurs à modifier leur comportement", fait valoir Mathieu Plane.

On arrive donc a un impact total sur le PIB de 0,7% et une croissance qui sans effet "pétrole" et "euro faible" serait de 0,4%. Sauf que ce raisonnement reste en fait très artificiel. "On ne peut pas uniquement enlever les chocs positifs, il faut également prendre en compte les chocs négatifs", insiste Mathieu Plane. "La chute des prix du pétrole s''explique au moins en partie par la faiblesse de la croissance chinoise. L'effet bénéfique est donc partiellement compensé par l'effet du ralentissement chinois sur la croissance mondiale", ajoute-t-il.

Des "chocs" en pagaille

Mathieu Plane liste ainsi d'autres "chocs". Comme évoqué précédemment, le coup de mou de la Chine a pesé négativement sur la croissance: l'équivalent de 0,3 point du PIB et les politiques budgétaires peu expansives sont à l'origine d'une baisse équivalent à 0,6 point (-0,5 point pour la seule France et 0,1 point pour ses partenaires commerciaux).

Interrogé par BFMbusiness.com, l'Insee nous a livré les estimations de ses équipes. À savoir 0,4 point pour le pétrole, et 0,4 point pour l'ensemble de "la politique monétaire" de la Banque centrale européenne c'est-à-dire à la fois l'effet sur le taux de change, mais aussi la faiblesse des taux permis par le "QE" (quantitative easing, son programme de rachats massives de titres sur le marché).

"Sans ces 'impulsions' extérieures, la croissance de 1,1% en 2015 aurait été plus faible, de l'ordre de grandeur de la croissance des 3 années précédentes", nous indique l'Insee. On arrive en effet à un chiffre de 0,3%, soit à peine plus que la croissance observée en 2014 (+0,2%) quand l'euro était encore fort et le pétrole relativement cher.

Mais, comme Mathieu Plane, l'Insee nous indique "à titre indicatif" que "d'autres effets, probablement moins importants ont joué à la baisse sur la croissance française, notamment le ralentissement plus fort que prévu des émergents et notamment de la Chine".

Julien Marion

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