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Marché : Risque de vacances forcées à la rentrée dans le secteur des m&a

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par Julien Ponthus et Christian Plumb

PARIS (Reuters) - Malgré les piles de projets qui trônent toujours sur leur bureau, certains banquiers d'affaires parisiens craignent que les turbulences financières de cette rentrée 2011 n'aient raison de la reprise des opérations de fusions et d'acquisitions (M&A) entamée cette année.

Déjà, certains observateurs doutent que les enchères organisées pour les ventes de la division Enterprise d'Alcatel et de Redcats, la filiale de vente par correspondance du groupe PPR, puissent aboutir.

De même, des chefs d'entreprise comme Arnaud Lagardère ont admis que le climat ne se prêtait pas aux introductions en Bourse.

La majorité des spécialistes du M&A interrogés par Reuters observent des similitudes troublantes entre les turbulences financières de ces dernières semaines et les prémisses de la crise financière de 2008.

En France, l'activité du M&A vient tout juste de retrouver le niveau qui était le sien avant la faillite de Lehman Brothers, une convalescence désormais menacée par une rechute.

"C'est évident que l'incertitude économique va créer un impact négatif", note Alban de la Sablière, un responsable de l'activité M&A chez Morgan Stanley à Paris.

Pour ce dernier, le marché devrait néanmoins rester actif du fait des transactions déjà lancées durant la première moitié de l'année, et il faudra attendre 2012 pour voir si le ralentissement tant craint se matérialise.

Mais pour l'heure il semble inévitable que certaines transactions prévues soient repoussées dans l'attente de jours meilleurs.

"C'est vrai qu'il y a beaucoup d'inquiétude, certains acteurs se disent qu'il vaut mieux attendre de voir de quoi demain sera fait", note Emmanuel Hasbanian, responsable des fusions-acquisitions pour la France à Deutsche Bank.

Mais que la situation économique et financière se stabilise ou s'effondre, les banquiers interrogés par Reuters s'accordent sur plusieurs points.

LE CAPITAL INVESTISSEMENT VA SOUFFRIR

Principal moteur de la reprise du M&A en 2011, le capital investissement peut déjà dire adieux au dynamisme qui était le sien durant les six premiers mois de l'année.

Une myriade de transactions comme les ventes du groupe d'ingénierie électrique Spie, de l'administrateur de biens Foncia ou de l'équipementier ferroviaire Delachaux avait pourtant rempli d'optimisme nombre d'opérateurs.

Mais la fermeture du marché du "high yield", ces obligations à haut rendement qui permettent de financer les LBO (des montages financiers basés sur des leviers de dettes importants) a changé la donne.

L'extrême volatilité des marchés rend aussi la valorisation des entreprises très difficile. Alcatel et PPR pourraient faire les frais en premier de ce retournement de marché en abandonnant respectivement les enchères pour la division Enterprise d'Alcatel ou Redcats.

PAS DE REPRISE DES INTRODUCTIONS EN BOURSE

Si plusieurs tentatives d'introduction en Bourse ont déjà échoué en 2011, comme celle de Verallia, la filiale de conditionnement de verre de Saint-Gobain, l'état des marchés rend encore plus improbable un regain d'activité à court terme.

Ainsi la mise en Bourse de la participation de 20% que détient Lagardère dans Canal Plus est, de l'aveu même du conglomérat, hautement improbable à court terme.

"Pour les IPO (introductions en Bourse) ce sera probablement très compliqué entre septembre et mars sauf sur de très beaux dossiers", pronostique Virginie Lazes de la banque Bryan Garnier.

LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE DEVRAIT FREINER L'ACTIVITÉ

La campagne présidentielle devrait dissuader toute fusion ou acquisition susceptible de tourner à la controverse.

Ainsi, certains dossiers ont peu de chances d'aboutir dans les prochains mois, que ce soit l'ouverture du capital des aéroports régionaux, la création d'une grande "minière" française ou l'échange d'actifs entre Safran et Thales.

On n'imagine guère non plus le gouvernement prendre des initiatives pour remettre à plat l'alliance entre Renault et Nissan Motor ou encore décider un "big bang" actionnarial chez EADS.

MAIS DES OPERATIONS STRATÉGIQUES SE FERONT MALGRÉ TOUT

Même au pire de la crise financière de 2008, les plus grandes entreprises mondiales ont continué à lancer des opérations structurantes dès lors qu'elles en avaient les moyens et qu'elles les jugeaient cruciales pour leur stratégie.

Ainsi, à l'instar d'EDF qui en 2008 avait été au bout de son offensive sur l'opérateur nucléaire américain Constellation, Google a lancé son offre sur Motorola Mobility en plein chaos boursier cet été.

Des banquiers notent que des transactions stratégiques telles que celle scellée par GDF Suez avec le fonds souverain chinois CIC peuvent avoir lieu durant la crise et que les bilans de quelques grands groupes les autorisent à être audacieux.

"J'ai le sentiment que les grandes entreprises qui ont mis en oeuvre une stratégie, soit d'acquisition dans les émergents soit de consolidation sur les marchés matures vont poursuivre les opérations", note Jérôme Calvet, co-président de la banque Nomura en France.

Julien Ponthus, édité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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