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Marché : Répit de courte durée sur le front budgétaire

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par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Le déficit public plus faible que prévu l'an dernier offre au gouvernement français un relatif répit sur le front budgétaire jusqu'à l'élection présidentielle de 2012 mais le rétablissement des comptes publics à moyen terme supposera des efforts considérables.

Avec un déficit à 7,0% du produit intérieur brut fin 2010 au lieu de 7,7% prévu jusqu'alors, le ministre du Budget, François Baroin, a annoncé jeudi que l'objectif d'une réduction à 6,0% fin 2011 serait dépassé dans le bon sens.

Au passage, il a averti qu'il ne fallait pas compter sur une "cagnotte", un excédent imprévu de recettes qui serait utilisé pour adoucir les mesures d'économies ou consentir quelques gestes à l'aube des élections.

Un message cohérent avec toutes ses récentes déclarations et celles de son homologue des Finances, Christine Lagarde, qui assure depuis des mois que la France tiendra coûte que coûte ses engagements de réduction du déficit.

L'obsession de Bercy est de conserver la précieuse note souveraine "triple A" dont bénéficie la France avec quelques autres Etats développés, comme l'Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, et qui lui permet d'emprunter à des taux avantageux sur les marchés financiers.

Mais plus que sur la capacité d'atteindre 6,0% de déficit à la fin de l'année, les interrogations portent sur la suite des événements, la France s'étant engagée à parvenir à 4,6% fin 2012 et 3,0% fin 2013, retrouvant pour la première fois depuis 2007 la limite fixée par le Pacte de stabilité et de croissance européen.

"L'objectif d'un retour du déficit public sous les 3% du PIB dès 2013 nous semble toujours très optimiste", estime ainsi Jean-Christophe Caffet, économiste de Natixis, qui table sur un déficit à 5,3% du PIB en 2012.

"ON AURA DES HYPOTHÈSES TRÈS CRÉDIBLES"

Chargée de contrôler l'exécution des lois de Finances, la Cour des comptes a prévenu le mois dernier que "cet objectif ne peut pas être atteint sans nouvelles mesures de redressement".

Après 2011, expliquait-elle, "le déficit et l'endettement publics risquent de s'écarter nettement de la trajectoire prévue par la loi de programmation si de nouvelles mesures de redressement ne sont pas rapidement prises".

Christine Lagarde et François Baroin se sont montrés jeudi bien plus optimistes, expliquant que les chiffres 2010 meilleurs que prévu permettront de passer sous les 3% encore plus vite.

"Le gouvernement est résolument déterminé à être au rendez-vous de la trajectoire de déficit public (...) et à ramener le déficit public en-deçà de 3% en 2013", ont-ils expliqué dans un communiqué commun.

Des objectifs actualisés seront présentés au Parlement mi-avril avant d'être transmis à la Commission européenne.

Les prévisions de croissance pour 2011 et les années suivantes seront particulièrement observées car, à 2,0% pour 2011 et 2,5% ensuite, elles sont pour l'instant supérieures à celles de nombreux économistes et institutions internationales.

"On aura des hypothèses macroéconomiques crédibles, très crédibles" qui conforteront les observateurs et les partenaires de la France, déclare-t-on à Bercy, sans plus de précision.

Comme la Cour des comptes, selon qui "le redressement des comptes publics viendra seulement de réformes de grande ampleur", nombre de spécialistes pensent que la France doit mieux préciser comment elle réduira son déficit structurel, c'est-à-dire hors impact de la conjoncture économique.

Pour la Cour des comptes, l'effort devrait être de 20 milliards d'euros par an dès à présent pour atteindre les objectifs de réduction du déficit, contre 7,5 milliards prévu cette année dans les textes budgétaires selon son estimation.

L'INCONNUE DE 2012

En difficulté dans les sondages, dont certains le donnent éliminé dès le premier tour de l'élection présidentielle, le président Nicolas Sarkozy ne devrait pas engager de programme de réduction drastique des dépenses en 2012.

Au contraire, l'approche des scrutins présidentiel et législatifs risque de rendre plus pressante la tentation de desserrer la contrainte sur les dépenses publiques.

D'ici là, le gouvernement reste lié à sa promesse de ne pas augmenter la pression fiscale et devra compter avec la difficulté de réduire les dépenses dans un contexte de chômage élevé et d'accélération de l'inflation.

Quant aux socialistes, qui ont de bonnes chances de revenir au pouvoir en 2012 si l'on croit les sondages, ils présenteront le 5 avril leur projet présidentiel.

Les dirigeants du PS ont dit avoir placé leurs travaux sous le signe de la "crédibilité budgétaire", reconnaissant que les marges de manoeuvre étaient très étroites et que le redressement des comptes était une exigence, même si quelques voix s'élèvent pour différer d'un an le retour à 3% de déficit.

Edité par Patrick Vignal

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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