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Marché : Premier trimestre gagnant pour le marché du crédit

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par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - La dette souveraine des pays fragilisés de la zone euro et la dette privée, actifs risqués sur les marchés de taux, auront été les grands gagnants de ce premier trimestre 2012 grâce à une surabondance de liquidités telle qu'elle a permis aux actifs sans risque comme les emprunts d'Etat allemands de rester performants.

Le marché du crédit a enregistré un de ses meilleurs trimestres en volume d'émissions, en nombre d'émetteurs et en termes de réduction des primes de risque (spreads), rapportent des professionnels.

"Les émetteurs ont réussi sans difficulté à lever des fonds à des niveaux de taux historiquement bas et les desks de syndication (des banques) ont enregistré un trimestre stellaire", écrit dans une note Suki Mann, responsable de la stratégie crédit à la Société générale.

Gaëlle Malléjac, responsable de la gestion taux chez Groupama Asset Management, souligne que si l'on en juge par l'évolution de l'indice Barclays EuroAgregate corporate, au 26 mars le crédit corporate engrangeait une performance de 4,63% supérieure à celle de la dette allemande.

"Le spread moyen de l'univers crédit s'établit à 215 points de base (au-dessus de la dette allemande) au 26 mars, contre 322 pdb à fin décembre 2011", ajoute-t-elle.

"La résistance simultanée des Bunds allemands, actifs sans risque, est une grande énigme. Le taux allemand (1,8% pour le 10 ans) est déconnecté des fondamentaux compte tenu de l'amélioration de la situation économique du pays", note la gérante.

Elle explique qu'en fait "l'excès de liquidités a profité à toutes les classes d'actifs", même les plus chers comme les Bunds.

LES BANQUES ÉMETTENT DE NOUVEAU

Le marché primaire du crédit a retrouvé une santé insolente.

"Il y a eu ce trimestre un nombre d'émissions record. A chaque émission la demande a été forte et depuis le début de cette année, la prime d'émission a sensiblement, voire disparu", constate-t-elle.

Selon les données établies par l'équipe de Suki Mann, le trimestre écoulé se classe troisième parmi les plus actifs du marché primaire avec 53,3 milliards d'euros émis par des sociétés non financières classées dans la catégorie investissement (Investment Grade, IG) contre 27,6 milliards au premier trimestre 2011.

Dans la catégorie spéculative (High Yield, HY), le seuil des 10 milliards d'euros a été franchie, soit le tiers du montant total émis en 2011, et le trimestre se classe quatrième en termes de montant émis sur le marché en euros.

Brutalement fermé depuis l'été dernier avec l'aggravation de la crise de la dette en zone euro, le segment de la dette bancaire senior non sécurisée s'est réveillé en fanfare avec 55 milliards d'euros contre 12 milliards d'euros pour les six derniers mois de 2011.

Cette remontée est très largement mise au crédit des dernières actions non conventionnelles de la Banque centrale européenne, qui a réalisé en décembre et février deux opérations de refinancement à trois ans des banques de la zone euro.

Le montant cumulé prêté aux banques au taux de 1% a dépassé 1.000 milliards d'euros et a ainsi levé une des grandes craintes apparues en 2011 : l'impossibilité pour les banques de faire appel au marché.

LA BCE DÉTERMINÉE À SOUTENIR LES BANQUES

"La BCE a démontré qu'elle était déterminée à tout faire pour soutenir le système bancaire de la zone euro. Il n'y a plus de risque de refinancement des banques d'ici à 2014-2015", estime Gaëlle Malléjac.

"Les deux LTRO ont permis d'éviter un 'credit crunch' et aux banques d'acheter de la dette périphérique", dit Nicolas Forest, responsable de la stratégie taux chez Dexia Asset Management.

"Grâce au LTRO, les banques ont modifié leurs comportements dès janvier", explique Gaëlle Malléjac, précisant que de vendeuses de dette souveraine italienne ou espagnole, elles sont passées acheteuses.

Les taux à 10 ans espagnol et italien sont tombés respectivement à 4,86% et 4,81% en février, contre 6,73% et 7,3% en novembre au plus fort de la crise de la zone euro. Le taux espagnol est remonté à 5,43%, sanctionnant les difficultés du gouvernement de Madrid à tenir ses objectifs de réduction des déficits publics.

Les professionnels interrogés soulignent tous que si pour l'heure les LTRO ont écarté le risque d'un credit crunch et que les gouvernements ont réglé à court terme le problème de la Grèce et de ses créanciers privés, des problèmes de fond demeurent.

"Les problèmes de gouvernance et les déséquilibres structurels de la zone euro dont la solution prendra du temps incitent à la prudence pour la suite", relève Nicolas Forest. Il estime cependant que les gouvernements semblent avoir tiré les leçons de la chute des marchés en 2011.

Gaëlle Malléjac et Suki Mann se disent également prudents. Mais ils veulent croire que le nouveau pacte budgétaire en voie de ratification et l'accord attendu sur un accroissement suffisant des moyens du dispositif de solidarité financière lors des réunions des ministres des Finances de l'UE ce week-end à Copenhague devraient permettre une poursuite du rally -mais à un rythme plus modeste, notamment pour le resserrement des spreads.

Edité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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