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Marché : Pour les marchés, la france a déjà perdu son triple a

Pour les marchés, la france a déjà perdu son triple aPour les marchés, la france a déjà perdu son triple a

par Matthias Blamont

PARIS (Reuters) - Les investisseurs estiment que la France a déjà perdu sa précieuse note AAA et le gouvernement formé au lendemain de l'élection présidentielle de mai prochain devra, quelle que soit sa couleur politique, bâtir un budget 2013 d'une extrême rigueur.

A moins que les marchés, d'ici là, n'imposent leur tempo.

La crise des dettes souveraines a en effet mis en relief les fragilités structurelles de certains Etats et la France apparaît désormais comme le maillon faible des pays de la zone euro qui bénéficient de la meilleure note possible auprès des agences de notation. Un club qui comprend aussi l'Allemagne, dont la situation est jugée la plus solide, les Pays-Bas, l'Autriche, le Luxembourg et la Finlande.

Moody's a tiré l'alarme la première en annonçant le 18 octobre qu'elle se donnait trois mois pour évaluer la perspective stable associée à la note française.

Standard & Poor's a de son côté diffusé le 10 novembre une note à certains clients donnant à penser qu'elle abaissait cette note. Une erreur qui s'apparente à un quasi lapsus tant certains économistes et opérateurs de marché jugent sévèrement la situation du pays, dont ils estiment les fondamentaux budgétaires plus fragiles que ceux de l'Italie.

"Ne nous faisons pas d'illusions : sur les marchés, la dette française n'est déjà plus AAA. Quand on regarde l'évolution du spread France-Allemagne, la dette française correspond à une note BBB+", a déclaré l'économiste Jacques Attali dans un entretien à la Tribune publié le 9 novembre.

L'écart de rendement entre les taux à 10 ans de la France et de l'Allemagne (le "spread") a dépassé les 195 points de base mercredi, un niveau record depuis la création de l'euro. Il s'établissait autour des 40 points de base début juillet.

"On constate un mouvement global d'écartement de tous les spreads, y compris de ceux des pays les plus proches de l'Allemagne car il y a une recherche de sécurité absolue sur les Bunds", tempère Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

"(Mais) les marchés jouent en partie le fait que le AAA de la France va disparaître, cela nécessite donc une prime plus importante."

Le gouvernement, de son côté, assure vouloir tout mettre en oeuvre pour conserver le fameux "triple A".

"Nous avons ce AAA (...) Nous faisons tout pour conserver cette notation", a ainsi affirmé mercredi le ministre de l'Economie François Baroin sur LCI.

Une dégradation de la note française aurait pour conséquence immédiate de renchérir le coût de la dette dans un pays en déficit depuis 1974 et dont la dette approche les 1.700 milliards d'euros.

A environ 3,7%, le rendement des emprunts français à 10 ans reste inférieur à son niveau d'avril mais il a bondi de près de 50% depuis son plus bas de l'année en septembre.

Seul élément rassurant, le refinancement de la dette française en 2012 ne devrait pas alourdir sa charge, les titres arrivant à échéance ayant des coupons plus élevés que ceux qui se pratiquent actuellement.

SERRER LA CEINTURE

Pour tenir ses objectifs de réduction des déficits et protéger le AAA, le Premier ministre François Fillon a dévoilé le 7 novembre un nouveau plan qui vise à économiser 65 milliards d'euros d'ici à 2016, dont 18,6 milliards pour la période 2012-2013.

En ligne de mire, l'objectif d'un déficit public ramené à 3% du PIB en 2013 contre 5,7% fin 2011.

Ce train de mesures est néanmoins calé sur la base d'une croissance estimée à 1% pour 2012 contre 1,75% précédemment, une prévision jugée toujours trop ambitieuse par les économistes.

Le gouvernement pourrait donc être contraint de serrer davantage la ceinture des finances publiques.

Des marges de manoeuvre ont été identifiées, telles la suppression des désormais célèbres niches fiscales décriées par la gauche, qui pourrait regarnir les caisses de l'Etat de plusieurs dizaines de milliards d'euros. Mais l'approche de l'élection présidentielle risque de paralyser ces initiatives, peu populaires aux yeux des populations qui bénéficient de ces niches.

Certains professionnels redoutent en outre que l'exigence de nouvelles mesures d'austérité ne bride la croissance, ce qui imposerait encore d'autres économies, une nouvelle fois au détriment de l'activité, un cercle vicieux aux conséquences potentiellement catastrophiques.

"Le dilemme classique entre préserver la croissance et consolider le budget a disparu. Les effets de défiance associés à l'absence de réformes budgétaires l'emportent sur la fausse réponse du soutien à l'activité", a néanmoins fait valoir mercredi Jean-Philippe Cotis, directeur général de l'Insee, au cours d'un petit-déjeuner organisé par l'Ajef.

"Le seuil d'insoutenabilité de la dette publique a été fixé de manière empirique aux alentours de 90% du produit intérieur brut. Les pays qui viennent toucher ce seuil critique doivent donner rapidement des signes de rigueur", a-t-il ajouté.

Fin juin, le ratio dette sur PIB en France atteignait quelque 86,2% du PIB. Le gouvernement espère le faire baisser à partir de 2013.

En l'absence d'amélioration significative de la conjoncture -les derniers indicateurs pointent tous vers une nette décélération- et dans le cas où la campagne électorale ferait naître des doutes sur la capacité de Paris à tenir ses engagements, les agences de notation pourraient sanctionner la France juste après le 6 mai, date du second tour de la présidentielle.

Le gouvernement formé sous l'autorité du prochain président de la République se retrouverait donc face à l'exigence de bâtir un budget d'une rigueur sans précédent, à l'image de celui présenté au Royaume-Uni au lendemain des dernières élections législatives, au risque d'annihiler durablement la croissance.

La remise en cause d'acquis comme les 35 heures ou de pans de l'Etat-providence pour renforcer une compétitivité perdue pourrait bloquer le pays et faire redescendre les Français dans la rue, comme en 1995.

Avec Nicholas Vinocur et Jean-Baptiste Vey, édité par Patrick Vignal

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