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Marché : Mf global poussé au dépôt de bilan par la crise de la dette

Mf global poussé au dépôt de bilan par la crise de la detteMf global poussé au dépôt de bilan par la crise de la dette

NEW YORK (Reuters) - En déposant le bilan lundi faute d'avoir pu conclure à temps des cessions d'actifs, le courtier américain MF Global Holdings est devenu la principale victime américaine de la crise de la dette dans la zone euro.

Son placement sous la protection du Chapitre 11 de la loi sur les faillites signe la chute, entamée il y moins d'une semaine, d'une entreprise créée il y a plus de 200 ans.

Il marque à la fois l'échec d'une stratégie d'investissement qui l'avait conduit à prendre des paris à haut risque sur le marché de la dette de la zone euro et celui de Jon Corzine, son PDG, qui s'était donné pour objectif de transformer MF Global en un "mini-Goldman Sachs".

Lui-même ancien de Goldman Sachs, Jon Corzine, 64 ans, avait pris la tête de MF Global en mars 2010 après avoir perdu son siège de gouverneur de l'Etat du New Jersey, un poste qu'il a occupé de 2006 à 2010 après un mandat de sénateur démocrate de l'Etat.

Toutes proportions gardées, la chute de MF Global (qui emploie un peu moins de 2.900 personnes dans le monde) rappelle à certains observateurs la faillite de Lehman Brothers à l'automne 2008.

"Il a fini par perdre toute confiance auprès de sa base d'investisseurs", a expliqué Michael Epstein, spécialiste des restructurations chez CRG Partners, avant d'ajouter: "Sous certains aspects, c'est effectivement un mini-Lehman".

Lundi, la nouvelle ne semblait pas perturber sensiblement les marchés de matières premières, même si les volumes y étaient réduits, des investisseurs expliquant qu'ils préféraient attendre d'y voir plus clair avant de prendre de nouvelles positions.

UN "MINI-LEHMAN"

Pour Jeff Carter, trader indépendant sur le marché des "futures" de Chicago, l'impact de la faillite de MF Global ne devrait avoir aucune commune mesure avec celui provoqué il y a trois ans par la chute de Lehman.

Le recours au Chapitre 11 est intervenu après l'échec, en début de journée lundi, des discussions entamées en vue de céder des actifs à Interactive Brokers Group, a expliqué une source proche du dossier.

Quelques heures auparavant, plusieurs banques centrales et Bourses du monde avaient suspendu les transactions réalisées par le courtier.

Trois courtiers portant un gilet au nom de MF Global ont ainsi dû quitter le parquet du Chicago Board of Trade, l'un des principaux marchés à terme du monde, avant le début des transactions. Des sources sur le parquet ont précisé à Reuters que leurs badges de sécurité avaient immédiatement été désactivés.

Durant tout le week-end, MF Global s'était efforcé de trouver des repreneurs pour tout ou partie de ses actifs, tout en mandatant des spécialistes des restructurations d'entreprises.

Sous la direction de Jon Corzine, MF Global avait fortement développé ses activités en compte propre, plus risquées que celles de simple intermédiaire plaçant des ordres pour le compte de ses clients, dans le but de devenir une véritable banque d'investissement.

Une stratégie qui s'est révélée très coûteuse en raison de la faiblesse des taux d'intérêt et des positions prises sur le marché de la dette souveraine européenne.

PLOMBÉ PAR LA DETTE DE LA ZONE EURO

Son exposition à ce marché s'élevait fin septembre à 6,3 milliards de dollars (4,5 milliards d'euros), soit près de 10% de ses actifs.

La cotation de l'action MF Global a été suspendue à la Bourse de New York. Le cours du titre avait été divisé par trois la semaine dernière, et ceux de ses obligations avaient chuté tandis que ses notes de crédit avaient été rétrogradées en catégorie spéculative.

La Réserve fédérale de New York a interdit à MF Global toute nouvelle transaction avec la banque centrale. Les opérateurs privés CME Group, ICE Futures US et Singapore Exchange ont eux aussi interrompu partiellement ou totalement les activités du groupe.

A Londres en revanche, la chambre de compensation LCH.Clearnet a déclaré que la société restait l'un de ses membres actifs.

Pour Bill Brandt, directeur général du cabinet de conseil en restructuration Development Specialists, des cessions partielles d'actifs pourraient être facilitées par la procédure de sauvegarde ouverte lundi.

Le dépôt de bilan aura en effet pour conséquence de geler la valeur des obligations émises par le groupe, ce qui permettra aux repreneurs potentiels d'estimer plus facilement les pertes qu'ils auraient à assumer, explique-t-il.

Le portefeuille du groupe pourrait intéresser une banque européenne ou un Etat souverain, poursuit Bill Brandt.

Pour Niamh Alexander, analyste de Keefe, Bruyette & Woods, "la vraie question, c'est de savoir combien il restera d'actifs à reprendre".

"Les clients pourraient partir très vite et chaque heure qui passe pourrait réduire le portefeuille d'actifs susceptible d'être transféré" à un repreneur, explique-t-il.

Les obligations 2016 de MF Global, émises à 6,25%, ne valaient plus lundi que 39,5% de leur valeur nominale.

Jonathan Spicer et Nick Brown, Marc Angrand pour le service français, édité par Catherine Monin

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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