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Marché : Sombres perspectives pour la Bourse de Moscou

Marché : Sombres perspectives pour la Bourse de MoscouMarché : Sombres perspectives pour la Bourse de Moscou

par Sujata Rao

LONDRES (Reuters) - La capitalisation de la Bourse de Moscou a fondu d'environ 50 milliards d'euros depuis le début du mois en réponse à l'incursion militaire russe en Ukraine et à l'annexion de la Crimée, mais bien hardi serait l'investisseur qui s'y aventurerait en espérant réaliser une bonne affaire.

La Bourse russe était mal en point avant même les événements en Ukraine et sa situation devrait empirer avec d'un côté les sanctions occidentales visant des fortunes ou entreprises russes et de l'autre le président Vladimir Poutine qui place manifestement ses ambitions géopolitiques au-dessus des conséquences financières qu'elles entraînent.

L'indice Micex se paie environ 3,8 fois le bénéfice estimé des entreprises qui le composent, soit un tiers seulement du ratio équivalent pour l'indice MSCI des marchés émergents. Le cours de Bourse des valeurs russes ne représente que la moitié de la valeur comptable de leurs actifs, une baisse de 50% par rapport à leur moyenne de long terme.

"La raison tient à la prime de risque géopolitique très élevée attachée aux valeurs russes", explique Didier Duret, directeur des investissements chez ABN Amro qui n'a pas d'exposition à la Russie dans son portefeuille de 168 milliards d'euros.

Les sanctions occidentales ont particulièrement visé des entreprises des secteurs énergétique, minier et financier, qui risquent de se voir couper l'accès à des émissions obligataires ou des opérations de fusion, voire d'être bannies des fonds d'investissement.

Cette nouvelle donne vient augmenter le risque systémique d'une économie largement dépendante des fluctuations des cours du pétrole.

Au cours du mois écoulé, les analystes ont réduit de 8,5% les estimations de bénéfice par action (BPA) des firmes russes pour 2014, selon les relevés de Reuters Starmine.

Les sanctions et les tensions géopolitiques laissent les entreprises russes à la merci d'une forte baisse de leurs résultats, comme en 2008-2009 lorsque le BPA moyen avait chuté de 62%, estiment les analystes de Morgan Stanley dans une récente note.

MARCHÉ FRONTIÈRE ?

Les risques politiques sont présents dans nombre de pays émergents et à première vue on pourrait s'étonner que le marché russe se paie moins cher que ceux de pays comme le Pakistan ou l'Egypte. La Russie, après tout, se veut le premier producteur mondial de pétrole et son produit intérieur brut par habitant s'établit à près de 15.000 dollars, soit un peu plus de 10.800 euros.

Mais, explique John-Paul Smith, responsable de la stratégie pour les actions émergentes chez Deutsche Bank, le pays est trop dépendant des entreprises liées à l'Etat et elles-mêmes soumises aux ambitions du Kremlin qui ne coïncident pas toujours avec leurs propres intérêts.

Qu'il s'agisse des compagnies pétrolières, des opérateurs de gazoducs ou du secteur financier, "l'Etat se sert des entreprises cotées pour atteindre des objectifs politiques, sociaux ou géopolitiques", relève-t-il.

Il cite comme exemple la promesse faite l'an dernier de la fourniture de gaz à l'Ukraine à un prix avantageux. Ce faisant, le Kremlin espérait dissuader Kiev de signer un accord d'association avec l'Union européenne mais il forçait Gazprom - et ses actionnaires - à subir l'impact de la baisse de prix.

Pour John-Paul Smith, ce problème est tel que la Russie devrait être classée non comme un marché émergent mais comme un marché frontière, une catégorie réservée aux écosystèmes financiers insuffisants en termes de liquidité et de transparence - comme le Pakistan.

Selon les estimations de Morgan Stanley, les capitaux investis dans les actions russes ont atteint 20 milliards de dollars entre 2004 et 2010, même si environ six milliards sont repartis depuis.

Cela tient en partie à des dividendes attractifs, représentant en moyenne 4% de la valeur d'une action. Les firmes d'Etat redistribuent habituellement environ un quart de leurs bénéfices sous forme de dividendes, en grande partie pour répondre aux besoins de leur principal actionnaire - le Kremlin.

Beaucoup d'investisseurs ont aussi misé sur les réformes dans le pays, jugeant que les faibles valorisations boursières étaient une anomalie qui serait vite rectifiée. Mais ils ont déchanté à l'image de Maarten-Jan Bakkum, stratège des fonds d'ING dans les pays émergents, qui a réduit sa position alors qu'il détenait début 2014 plus d'actions russes que leur pondération de 5% dans l'indice MSCI.

"Il y a un mois, juste avant la Crimée, on m'a demandé comment je pouvais être négatif sur la Russie alors que les cours sont si bon marché", raconte-t-il. "Ma réponse a été de dire qu'en Russie le pire peut être toujours à venir."

(Véronique Tison pour le service français)

Copyright © 2014 Thomson Reuters

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