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Marché : Le FMI risque lui aussi d'échapper à la France

Marché : Le FMI risque lui aussi d'échapper à la FranceMarché : Le FMI risque lui aussi d'échapper à la France

par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - La menace judiciaire qui plane sur Christine Lagarde risque de faire perdre à la France son dernier représentant à la tête d'une grande institution internationale, une situation qui contraste avec l'âge d'or qu'elle a connu dans le passé.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) est arrivée jeudi à la Cour de justice de la République (CJR), où elle doit s'expliquer sur son rôle dans l'arbitrage rendu en faveur de l'homme d'affaires Bernard Tapie en 2007.

Elle en ressortira soit mise en examen, soit avec le statut intermédiaire de témoin assisté.

Pour l'instant, le Conseil d'administration du FMI garde sa confiance en l'ancienne ministre française de l'Economie, soulignant qu'elle n'a pas tiré personnellement profit de l'arbitrage privé choisi pour régler le litige judiciaire opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais.

Le pouvoir socialiste continue pour l'instant à soutenir cette ancienne ministre de Nicolas Sarkozy.

"Mme Lagarde garde toute la confiance des autorités françaises dans ses fonctions à la tête du FMI", a ainsi déclaré dans Le Monde de mercredi le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici. "Je le redirai si nécessaire, par moi-même ou par l'intermédiaire du représentant de la France au board du Fonds."

Mais la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a émis des doutes jeudi sur la possibilité pour Christine Lagarde de se maintenir si elle était mise en examen.

"Objectivement, connaissant le FMI et le fonctionnement des instances de ce type, j'ai tendance à considérer que si elle était mise en examen, sans doute, on lui demanderait de quitter ses fonctions", a-t-elle déclaré sur BFM TV.

UN ÂGE D'OR RÉVOLU

Le conseil d'administration du Fonds a déjà averti qu'il devrait revoir sa position si la procédure judiciaire commençait à empêcher Christine Lagarde d'exercer son mandat et la pression risque d'augmenter en cas de mise en examen.

La France, qui avait gardé ce poste à la surprise générale après la démission en mai 2011 d'un autre de ses ressortissants, Dominique Strauss-Kahn, à la suite d'un scandale sexuel, risque donc d'être écartée du dernier poste d'importance qu'elle détient.

Une démission ne ferait de toute manière qu'illustrer la moindre présence de la France aux postes dirigeants des institutions internationales, même si elle doit être relativisée par une influence toujours importante dans les administrations.

Il est loin le temps où Jacques Delors faisait la pluie et le beau temps à la Commission européenne, qu'il a présidée pendant près de dix ans, de 1985 à 1994, avec l'appui de directeurs généraux français à la tête des principaux budgets de la Communauté européenne, en premier lieu l'agriculture.

L'euro a ensuite été piloté de 2003 à 2011 par Jean-Claude Trichet, président d'une Banque centrale européenne (BCE) indépendante. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) est quant à elle dirigée depuis 2005 par le Français Pascal Lamy.

Cette situation appartient désormais au passé et l'évolution est en grande partie due à la nouvelle réalité géopolitique.

Le second mandat de Pascal Lamy à l'OMC se termine fin août et c'est un Brésilien, Roberto Azevedo, qui le remplacera pour tenir compte de l'irruption des grands pays émergents.

A Bruxelles, les élargissements successifs de l'UE ont aussi multiplié les possibles prétendants aux postes européens.

ÉCHECS SUCCESSIFS

Mais la France arrive de plus en plus difficilement à imposer ses vues, même quand elle ne cherche pas à placer un de ses ressortissants à la tête des institutions internationales.

En 2004, Paris avait échoué à convaincre ses partenaires de nommer l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt à la tête de la Commission européenne, et c'est le Portugais José Manuel Barroso, jugé moins fédéraliste, qui fut choisi à la suite d'un veto britannique.

Dix ans plus tôt, en 1994, l'ex-Premier ministre belge Jean-Luc Dehaene, lui aussi soutenu par Paris, avait connu la même mésaventure et c'est le Luxembourgeois Jacques Santer, jugé plus consensuel, qui avait été nommé.

Plus récemment, Berlin et Paris ne sont même pas parvenus à un accord sur le nom de la personnalité qui devait succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de l'Eurogroupe, l'Allemagne et la France poussant leur ministre des Finances respectif.

Faute d'accord, ce sera finalement le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem qui remportera la mise.

Au Parlement européen, institution cruciale qui "co-décide" avec les gouvernements, les Français ont une influence limitée mais en grande partie de leur propre faute : leur absentéisme et, surtout, leur dispersion dans de nombreux groupes politiques permet aux Allemands, concentrés dans trois groupes, de dominer.

Les Français peuvent toutefois se consoler en faisant le compte de leurs ressortissants qui continuer à jouer un rôle important dans les administrations européennes à des postes légèrement en retrait mais souvent cruciaux.

Les énarques restent très appréciés dans les cabinets des 27 commissaires européens, où ils jouent un rôle souvent décisif dans la prise de décision, et les Français sont très présents aux postes d'encadrement, comme les directeurs généraux.

"L'examen de la présence politique et administrative des Français au sein des institutions communautaires montre que le discours sur le déclin de la présence des Français est largement excessif et partiellement infondé", soulignait récemment la Fondation Robert Schuman, un centre de recherches sur l'Europe.

Edité par Gilles Trequesser

Copyright © 2013 Thomson Reuters

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