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Marché : La zone euro adresse un ultimatum à Chypre

Marché : La zone euro perd patience à propos de ChypreMarché : La zone euro perd patience à propos de Chypre

par Michele Kambas et Paul Carrel

NICOSIE/FRANCFORT (Reuters) - L'Union européenne donne à Chypre jusqu'à lundi pour trouver les quelque six milliards d'euros nécessaires pour compléter son plan de sauvetage, sous peine d'un effondrement de son système financier qui entraînerait sans doute son éviction de la zone euro.

La Banque centrale européenne a prévenu les dirigeants chypriotes que, faute de solution, elle cesserait dès le 25 mars de fournir des liquidités d'urgence.

Au même moment, un haut responsable de l'UE a déclaré à Reuters que, faute d'accord sur une taxation des dépôts, Chypre devrait fermer purement et simplement ses banques les plus importantes et alors quitter la zone euro.

Ce double coup de semonce intervient alors que la classe dirigeante chypriote tente d'élaborer un nouveau plan pour réunir des fonds après l'échec d'un premier projet rejeté à une immense majorité par les parlementaires de l'île.

Chypre, qui n'a plus accès aux marchés, a besoin d'une aide de 17 milliards d'euros, dont il était prévu que 5,8 milliards soient prélevés via une ponction exceptionnelle sur les dépôts bancaires, le reste des fonds étant apportés par l'UE et le FMI.

Selon le président de la Chambre des représentants, le parlement chypriote, la piste d'une modification de la taxe sur les dépôts bancaires n'a pas été évoquée jeudi.

Averof Neophytou, vice-président du Rassemblement démocratique, le parti du président Nicos Anastasiades, a dit de son côté que les chefs de file des différentes formations politiques s'étaient accordés sur le principe d'un "fonds de solidarité". Il a indiqué qu'il n'était pas certain que le Parlement se prononce dès ce jeudi.

BANK OF CYPRUS EN APPELLE À NICOSIE

Face à ce peu d'empressement, Bank of Cyprus, la principale banque de l'île, a lancé un appel au gouvernement pour qu'il s'entende au plus vite avec l'UE. "Il est impératif d'évoluer immédiatement vers un accord avec l'Eurogroupe qui assurerait l'octroi de liquidités aux banques chypriotes afin de sauver l'économie chypriote", a fait savoir l'établissement dans un communiqué.

La banque centrale chypriote, de son côté, a démenti des rumeurs de faillite de la deuxième banque de l'île, Cyprus Popular Bank puis annoncé peu après un "processus de résolution" pour consolider le secteur.

"En établissant ce cadre légal, des mesures de résolution seront imposées à Popular Bank de telle sorte qu'elle pourra continuer d'offrir des services bancaires à ses clients mardi prochain", a dit à la presse son gouverneur, reconnaissant ainsi la grave situation dans laquelle se trouve la banque.

Il n'a pas précisé la teneur de ces mesures mais a assuré que les dépôts bancaires jusqu'à 100.000 euros seraient protégés.

Déjà fermés lundi, mardi et mercredi, les établissements bancaires chypriotes garderont portes closes jusqu'à mardi, lundi étant férié à Chypre.

A Bruxelles, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a défendu le principe de la taxation des dépôts bancaires, jugeant qu'un nouveau prêt russe ne réglerait pas la question de la dette.

D'une téléconférence de représentants des ministères des Finances de la zone euro ont filtré des détails exposant la perplexité des partenaires de Chypre face au comportement de sa classe politique.

Selon des notes prises durant cette réunion et que Reuters a pu consulter, la question d'une sortie de Chypre a été ouvertement évoquée. L'absence de représentant chypriote a troublé plusieurs participants et reflété l'ampleur de la confusion régnant dans le dossier.

"Le Parlement (chypriote) a de toute évidence une réaction trop émotionnelle et ne décidera rien, si Chypre pense ne même pas pouvoir participer à la téléconférence c'est un gros problème pour nous", a déclaré le représentant français, selon le compte rendu consulté par Reuters. "On n'a jamais vu ça", a-t-il encore dit.

MOSCOU VEILLE AU GRAIN

Son homologue allemand a de son côté évoqué le besoin d'en savoir davantage sur les flux de capitaux entre Chypre, la Russie et le Royaume-Uni, où vit une importante diaspora chypriote.

A Moscou, le ministre des Finances chypriote, Michael Sarris, a dit négocier un éventuel accroissement des investissements russes dans les secteurs bancaire et énergétique du pays ainsi qu'une extension des maturités et une baisse des taux d'intérêt d'un prêt de 2,5 milliards d'euros consentis par la Russie.

L'implication du Kremlin, qui souhaite préserver l'intégrité des milliards d'euros d'avoirs russes à Chypre, complique encore le dossier.

La Russie, qui partage avec Chypre une forte culture orthodoxe, juge sévèrement le comportement de la zone euro. Son Premier ministre, Dmitri Medvedev, a comparé les propositions du bloc monétaire à des mesures confiscatoires dignes de l'époque soviétique.

Signe de la volonté de Moscou de mettre tout son poids dans la balance, Dmitri Medvedev a prévenu jeudi matin que la Russie pourrait réduire la part en euro de ses réserves de change, qui était de 42% au 1er janvier.

La deuxième banque russe, VTB, présente à Chypre via sa filiale Russian Commercial Bank, a démenti être intéressée par l'acquisition de banques chypriotes et a même menacé de se retirer de l'île si les dépôts venaient à être ponctionnés.

Avec Lidia Kelly à Moscou et Luke Baker à Bruxelles, Nicolas Delame et Véronique Tison pour le service français, édité par Dominique Rodriguez et Marc Angrand

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