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Marché : La BoJ maintient sa politique et défend son indépendance

Marché : La BoJ maintient sa politique et défend son indépendanceMarché : La BoJ maintient sa politique et défend son indépendance

par Leika Kihara et Stanley White

TOKYO (Reuters) - La Banque du Japon a laissé mardi sa politique monétaire inchangée, résistant du moins pour l'instant aux pressions du probable futur Premier ministre japonais qui a plaidé pour un assouplissement "illimité" afin de relancer une économie considérée en récession.

Après avoir assoupli sa politique monétaire aussi bien en septembre qu'en octobre - et à quatre reprises depuis le début de l'année - la BoJ a laissé son taux directeur inchangé entre zéro et 0,1% et n'a pas annoncé de nouvelles mesures d'assouplissement quantitatif.

La banque centrale, qui opte ainsi pour le statu quo avant les élections du 16 décembre, dit vouloir prendre le temps d'évaluer l'impact de ses décisions des deux mois précédents, qui ont porté la taille du programme d'achats d'actifs et d'obligations à 91.000 milliards de yens (875 milliards d'euros), somme équivalente aux dépenses annuelles de l'Etat.

Au total, la BoJ a fait quatre annonces d'assouplissement quantitatif cette année pour alléger les pressions sur le yen et combattre la déflation, fléau de l'économie nippone depuis deux décennies. Son objectif d'inflation, fixé en février, est de 1%.

Shinzo Abe, chef de file du Parti libéral-démocrate, a placé la BoJ au centre des enjeux économiques à l'occasion des élections législatives du 16 décembre - scrutin que le PLD devrait remporter, selon les sondages - en laissant entendre que son gouvernement se montrerait plus exigeant vis-à-vis de la banque centrale en matière de politique monétaire.

L'ancien et possible futur Premier ministre a même laissé entendre qu'il entendait réviser la loi régissant les statuts de la BoJ, une proposition que ses détracteurs dénoncent comme portant atteinte à l'indépendance de la Banque du Japon, forçant cette dernière à faire tourner la planche à billets pour financer une dette qui représente déjà deux fois le produit intérieur brut (PIB) du pays.

Dans sa forme actuelle, la loi laisse toute liberté à la Banque du Japon en matière de politique monétaire. Le gouvernement nomme toutefois le gouverneur de la BoJ et les autres membres du conseil, ce qui permet déjà à Tokyo d'avoir une certaine influence sur les décisions.

NOUVEL ASSOUPLISSEMENT EN VUE

S'exprimant après la décision monétaire, le gouverneur de la banque centrale, Masaaki Shirakawa, a critiqué en creux les projets de Shinzo Abe qui appelle de ses voeux un objectif d'inflation de 3%.

"Aspirer à une inflation à 3% serait irréaliste et, du reste, cela aurait un gros impact négatif sur l'économie", a déclaré Masaaki Shirakawa lors de sa conférence de presse.

Défendant l'indépendance de la BoJ, il a ajouté que faire tourner la planche à billets "causerait toutes sortes de problèmes pour les finances publiques".

"Les leçons de l'histoire économique montrent l'importance du concept d'indépendance des banques centrales, et je veux que les gens respectent l'indépendance de la BoJ", a-t-il dit, en soulignant que toute remise en cause des statuts de la banque centrale nécessiterait un débat "long et approfondi".

"Ce sont des déclarations prudentes, il n'a pas exclu de nouvelles mesures d'assouplissement mais semblait réticent à prendre des mesures extrêmes", remarque Koichi Haji, chef économiste à l'institut de recherche NLI à Tokyo.

"Dans le contexte actuel, il faudra voir comment la banque centrale peut garder une certaine distance vis-à-vis de la sphère politique (...) La BoJ ne doit pas se soumettre au pouvoir politique mais en même temps elle ne peut pas l'ignorer. Le prochain gouverneur devra avoir cette capacité à préserver l'indépendance de la BoJ tout en établissant une bonne communication avec le monde politique."

Après deux trimestres de croissance, l'économie du Japon s'est contractée de 0,9% au troisième trimestre, et la semaine dernière le gouvernement a pour le quatrième mois d'affilée revu à la baisse les perspectives économiques du pays, laissant craindre que la troisième économie mondiale ne retombe en récession.

La Banque du Japon s'est également montrée plus pessimiste, disant que l'économie "resterait faible pour l'instant" avant de renouer avec une reprise modérée. En octobre, la BoJ avait dit que l'activité économique n'évoluerait pas.

"La BoJ pourrait de nouveau assouplir sa politique monétaire en décembre ou en janvier, mais en fondant cette décision sur son constat de la détérioration de la situation économique et non en cédant à la pression politique", juge Yoshimasa Muruyama, de l'institut de recherche économique Itochu.

La prochaine réunion monétaire est programmée les 19 et 20 décembre, juste après les élections.

"La pression sur la BoJ est si forte que je pense qu'elle n'aura d'autre choix que de faire un geste dès décembre", dit Yasuo Yamamoto, économiste chez Mizuho. "Une hausse des rachats d'actifs semble l'option la plus évidente."

Benoit Van Overstraeten et Véronique Tison pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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