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Marché : La Banque du Japon observe le statu quo et fait s'envoler le yen

Marché : La Banque du Japon maintient sa politique monétaireMarché : La Banque du Japon maintient sa politique monétaire

par Leika Kihara et Stanley White

TOKYO (Reuters) - La Banque du Japon (BoJ) s'est abstenue de prescrire jeudi tout nouveau stimulant monétaire malgré une conjoncture extérieure difficile et une inflation pour le moins discrète, provoquant une envolée du yen à un pic de deux ans qui ne présage rien de bon pour une économie qui reste très tournée vers l'exportation.

Même si le statu quo de la BoJ n'a surpris personne, il a encouragé à persévérer ceux qui avaient déjà commencé à vendre du dollar après que la Réserve fédérale eut décidé la veille de ne pas poursuivre pour l'instant son cycle de resserrement monétaire.

Le gouverneur de la BoJ Haruhiko Kuroda a été clair sur les dangers que la flambée du yen faisait peser sur l'économie nippone.

"Je ne peux rien dire sur le fait de savoir si la hausse du yen est découplée des fondamentaux car nous ne sommes pas chargés directement de la politique des changes", a-t-il déclaré en conférence de presse.

"Je dirai toutefois que la hausse du yen, telle que nous l'observons actuellement, risque d'avoir des effets indésirables sur l'économie du Japon et l'inflation à venir".

La Fed prévoit toujours deux nouvelles hausses des taux en 2016 mais elle estime qu'un ralentissement de la croissance économique risque de freiner le rythme du durcissement monétaire dans les années à venir.

Haruhiko Kuroda s'est voulu rassurant, affirmant que les effets bénéfiques de la politique ultra-accommodante de la banque centrale se manifestaient peu à peu dans l'économie.

"La demande intérieure doit se redresser de manière durable, tandis que les exportations augmenteront sans doute progressivement grâce à des économies émergents qui se remettent de leur période où elles tournaient au ralenti", a-t-il dit, lors d'une conférence de presse.

"La tendance de fond des prix s'améliore régulièrement c'est pourquoi nous voyons l'inflation s'accélérer vers les 2% et nous pensons que le Japon parviendra à 2% d'inflation durant l'exercice budgétaire 2017", lequel sera clos le 31 mars 2018.

La BoJ a maintenu en l'état son programme massif d'achats d'actifs au terme de sa réunion de deux jours achevée jeudi, s'engageant à accroître la masse monétaire à un rythme annuel de 80.000 milliards de yens (682 milliards d'euros). Elle a également laissé à -0,1% le taux de dépôt au jour le jour.

"Il n'y a rien dans les indicateurs économiques récents qui doive amener la BoJ à modifier ses perspectives économiques pour l'instant", observe Norio Miyagawa, économiste chez Mizuho Securities. "Toutefois, la hausse du yen c'est autant de pression baissière sur les prix de détail et c'est pourquoi je pense que la BoJ assouplira en juillet, mobilisant la totalité des trois dimensions de sa politique monétaire".

DOUTES INTERNES À LA BOJ

Le yen a progressé sur un large front après la décision de la BoJ, atteignant un pic de 22 mois de 104,06 par dollar et des sommets face à l'euro et au sterling. La Bourse de Tokyo a elle terminé en baisse d'un peu plus de 3%.

Le risque d'un Brexit, soit d'une sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne à l'issue du référendum du 23 juin prochain, est pour l'heure la préoccupation principale de la BoJ, ce qui explique aussi qu'elle n'ait rien fait ce jeudi.

"Nous travaillerons en étroite collaboration avec les autorités locales et étrangères, tout en surveillant de près l'impact du résultat sur le marché obligataire et les marchés financiers mondiaux, Japon inclus", a dit Kuroda.

"Je ne ferai aucun commentaire sur (la question de savoir si nous pourrions tenir) une réunion d'urgence" après le vote sur le Brexit, a-t-il ajouté.

"Si un événement comme le vote du Brexit venait à perturber l'accès au dollar des banques, japonaises ou autres, nous avons des outils en nombre pour y parer".

Une enquête Reuters montre que les économistes anticipaient une probabilité bien plus forte d'assouplissement monétaire à l'issue de la réunion des 28 et 29 juillet, lorsque la BoJ publiera ses nouvelles prévisions trimestrielles de croissance et d'inflation, pour autant que les marchés ne s'emballent pas.

Cela fait pratiquement trois ans que la BoJ fait tourner la planche à billets, sans résultat notable sur une inflation que n'alimentent pas une consommation et des exportations atones.

En outre, comme les marchés ne voient plus la Réserve fédérale américain relever ses taux directeurs sous peu, la BoJ ne peut pas compter sur l'aide de son homologue américaine pour refroidir les ardeurs du yen.

Même si le gouverneur de la BoJ insiste sur le fait qu'il ne manque pas de ressources pour assouplir encore la politique monétaire, d'autres responsables de la banque centrale sont sceptiques sur ce point et doutent que toute nouvelle initiative en ce sens soit plus fructueuse que les précédentes.

Le rendement de l'emprunt japonais à 10 ans est tombé à un plus bas record de -0,210% jeudi, attestant des doutes sur les possibilités qui restent à la BoJ de réduire encore des coûts d'emprunt devenus parfois négatifs.

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

Copyright © 2016 Thomson Reuters

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