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Marché : L'Italie n'est pas un argument pour la BCE

Marché : La BCE ne modifie pas ses taux directeursMarché : La BCE ne modifie pas ses taux directeurs

par Eva Kuehnen et Sakari Suoninen

FRANCFORT (Reuters) - Les marchés se sont rapidement apaisés après les élections législatives italiennes et les risques de contagion ont été étouffés, a dit jeudi Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), laissant entendre que cette dernière n'était pas pressée de prendre la moindre initiative.

Le scrutin italien, caractérisé par un rejet massif des mesures d'austérité de la part de l'électorat, n'a pas produit de majorité suffisante pour former un gouvernement stable, avec tous les risques que cela peut comporter pour les réformes économiques et les mesures de réduction de la dette.

"Les marchés, passée une première excitation immédiatement après les élections, sont revenus plus ou moins à ce qu'ils étaient auparavant... Les marchés comprennent qu'on vit en démocratie", a déclaré le président Mario Draghi, lors de la traditionnelle conférence de presse suivant la décision de l'institut d'émission de ne pas modifier ses taux directeurs.

En cela, la BCE a imité la Banque d'Angleterre et la Banque du Japon qui, toutes deux, n'ont également pas touché à leurs taux déjà très bas.

"(...) La contagion à d'autres pays a été étouffée cette fois, contrairement à ce qui aurait pu se produire il y a un an et demi environ; voici là encore un signe positif", a ajouté Mario Draghi.

La BCE a largement apaisé la situation en zone euro en s'engageant à l'automne dernier à racheter des obligations souveraines en quantité illimitée, à la condition toutefois que le pays concerné ait au préalable sollicité l'aide du Mécanisme européen de stabilité (MES) et ait accepté une cure d'austérité.

Ce programme, dit d'Opérations monétaires sur titres (OMT), n'a pas encore été sollicité et l'Italie risque de se retrouver en marge de celui-ci si elle ne dispose pas d'un gouvernement prêt à accepter les conditions de la BCE.

"Les OMT restent, sont en place. C'est un appui très efficace et il est bien là; mais vous connaissez les règles", a encore dit Mario Draghi.

L'incertitude politique italienne risque d'amener la BCE à activer son programme d'OMT, de l'avis d'économistes interrogés par Reuters, mais plutôt pour l'Espagne que pour l'Italie.

LE PROBLÈME NE VIENT PAS DES TAUX

Si la décision de laisser le taux de refinancement à 0,75% était prévisible, il n'en demeure pas moins que les analystes sont à présent plus nombreux à prévoir qu'il sera finalement ramené à 0,5%, ce qui serait un nouveau plus bas record.

Mais dans la mesure où Mario Draghi n'a rien laissé entendre à ce sujet, durant la conférence de presse, l'euro a monté contre le dollar.

Il se peut par ailleurs que le statu quo n'ait pas fait l'unanimité. Sans quoi, le président de la BCE l'aurait dit, comme il le fait habituellement.

En dehors de cela, la BCE a réduit ses prévisions de croissance de la zone euro pour cette année et la suivante, mais ses estimations d'inflation varient peu.

Les prévisions livrées par Mario Draghi montrent que la BCE voit le PIB de la zone euro varier de -0,9% à -0,1% cette année au lieu de -0,9% à +0,3% en décembre dernier. Pour 2014, la nouvelle fourchette pour le PIB varie de 0,0% à 2,0% contre 0,2% à 2,2% en décembre.

La BCE voit par ailleurs l'inflation fluctuer de 1,2% à 2,0% cette année et de 0,6% à 2,0% en 2014 contre, respectivement 1,1%-2,1% et 0,6%-2,2% en décembre.

"Dans le courant de 2013, l'activité économique devrait se redresser progressivement, soutenue par un renforcement de la demande mondiale et par notre politique monétaire accommodante", a observé le président de la BCE durant la conférence de presse.

L'une des préoccupations majeures de la BCE est que sa politique monétaire ultra-accommodante ne produit pas d'effets bénéfiques uniformes dans l'ensemble de la zone euro, ce qui soulève des doutes sur l'efficacité intrinsèque d'une baisse des taux.

"Le problème ne vient pas des taux d'intérêt mais l'écart entre les taux d'intérêt du coeur de la zone euro et ceux de la périphérie. Une réduction n'aboutira pas à grand chose et il semble que la BCE en soit consciente", commente Michael Schubert, économiste de Commerzbank.

Pour les analystes, réorienter les flux monétaires vers les PME et les ménages semble plus probable que réduire les taux, ce qui n'aiderait pas outre mesure la périphérie de la zone euro.

Une autre possibilité est d'aménager les règles gouvernant les titres que la BCE prend en garantie lorsqu'elle prête aux banques mais certains responsables monétaires, dont le président de la Bundesbank Jens Weidmann, ne sont pas disposés à ce que la banque centrale assume plus de risques.

Avec Noah Barkin, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Benoit Van Overstraeten

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