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Marché : L'Autriche risque l'isolement sur le secret bancaire

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par John O'Donnell

BRUXELLES (Reuters) - La Commission européenne a averti l'Autriche lundi que refuser de modifier ses règles en matière de secret bancaire risquait de la placer dans une position "isolée et intenable", en l'invitant à imiter la décision du Luxembourg d'accepter le partage d'informations fiscales.

Le chancelier autrichien Werner Faymann s'est dit ouvert à des discussions sur ce sujet mais la ministre des Finances Maria Fekter a promis de se battre "comme une lionne" pour sauvegarder le régime actuel du secret bancaire.

L'Autriche et le Luxembourg sont aujourd'hui les deux seuls pays de la zone euro à garantir aux titulaires de comptes bancaires la confidentialité de leur identité. Une double exception contre laquelle s'élèvent de plus en plus de voix, à commencer par celle de l'Allemagne, sur fond de crise de la dette, d'affaire Cahuzac en France et de révélations de presse sur les centres financiers "offshore".

Dimanche, le ministre luxembourgeois des Finances Luc Frieden a dit que son pays était prêt à modifier les règles régissant le secret bancaire.

"Le Luxembourg n'est pas un paradis fiscal", a-t-il dit à la presse allemande, évoquant la tendance générale au développement des échanges d'informations fiscales.

Même si Luc Frieden n'a précisé ni les modalités ni le calendrier d'une réforme du secret bancaire, ses propos ont été salués dès lundi par la Commission européenne.

"Je me félicite tout à fait de la nouvelle ouverture du Luxembourg s'agissant des échanges automatiques d'informations, même si cela aurait dû arriver depuis longtemps", a déclaré Algirdas Semeta, le commissaire chargé de la politique fiscale, dans un communiqué adressé à Reuters.

"Les projecteurs se tournent maintenant vers l'Autriche. Si ce pays continue de résister à ce mouvement inexorable vers une plus grande transparence, il se trouvera dans une position isolée et intenable."

LE SUJET ÉVOQUÉ À L'ECOFIN ?

Le chancelier Faymann, un social-démocrate, a déclaré au quotidien Kleine Zeitung qu'il était "prêt pour des négociations sur un échange plus nourri de données sur les investisseurs étrangers". Il n'a toutefois pas dit si une réforme pourrait aller jusqu'à l'échange automatique d'informations.

Il a en revanche estimé que l'Allemagne devait aussi faire pression sur la Grande-Bretagne en insistant sur le rôle des îles Anglo-Normandes, un autre important centre financier "offshore".

Maria Fekter, membre du parti conservateur ÖVP, a pour sa part rejeté l'idée d'une réforme.

"Je combats la fraude fiscale mais je suis aussi garante des dépôts d'honnêtes épargnants. Rien ne justifie de dévoiler les comptes de ceux qui n'ont rien fait de mal, c'est pourquoi je me bats comme une lionne pour maintenir le secret bancaire", a-t-elle au journal Österreich.

"Tant que je serai ministre, je n'approuverai aucun projet qui remettrait en cause le secret bancaire", a-t-elle ajouté.

Une telle modification de la loi autrichienne est de toute façon difficile à imaginer avant les élections prévues fin septembre.

L'Autriche taxe les revenus des intérêts à la source puis en envoie le produit aux pays d'origine des déposants sans révéler l'identité des titulaires des comptes. Vienne juge ce système plus efficace que l'échange d'informations nominatives.

Vienne a signé des accords fiscaux avec la Suisse et le Liechtenstein, deux autres pays adeptes du secret bancaire, et s'apprête à ouvrir des négociations avec les Etats-Unis, qui intensifient leurs efforts de lutte contre la fraude fiscale.

L'UE considère qu'un accord bilatéral qui obligerait les banques autrichiennes à dévoiler des informations sur leurs clients américains, alors qu'elles seraient tenues au secret pour leurs clients européens, constituerait une ligne rouge à ne pas franchir.

Le ministère allemand des Finances a estimé que la réunion des ministres des Finances de l'Union en fin de semaine à Dublin pourrait être l'occasion de débattre du sujet même si celui-ci n'est pas inscrit à l'ordre du jour officiel.

John O'Donnell et Michael Shields, Véronique Tison pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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