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Marché : Benoît Coeuré relance l'idée d'un ministre européen des Finances

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PARIS (Reuters) - Benoît Coeuré, membre français du directoire de la Banque centrale européenne, a relancé jeudi devant les ambassadeurs de France son idée d'un ministre des Finances de la zone euro chargé de prévenir et, le cas échéant, de gérer les crises.

Cette proposition ne figure pas dans le rapport des cinq présidents - Commission, Conseil, Eurogroupe, BCE et Parlement européen - présenté en juin dernier aux dirigeants européens pour parachever progressivement l'Union économique et monétaire afin d'éviter une nouvelle tragédie grecque.

Elle est en effet lourde d'implications en termes de transferts de souveraineté et impliquerait un changement des traités mais Benoît Coeuré juge qu'il est indispensable d'y réfléchir dès maintenant pour préparer l'avenir.

"Ce ministère pourrait avoir pour responsabilité la prévention des déséquilibres économiques et budgétaires, la gestion des crises dans la zone euro, mais aussi la gestion de la capacité budgétaire envisagée par le rapport des cinq présidents et la représentation des gouvernements de la zone euro dans les institutions économiques et financières internationales", a-t-il dit devant les ambassadeurs à Paris.

Le membre français du directoire de la BCE a longuement évoqué le "déficit exécutif" de la zone euro révélé à l'occasion de la crise grecque, qui n'a pas été prévenue alors qu'elle aurait pu l'être et dont la résolution - provisoire - en juillet dernier a démontré toute la lourdeur du processus.

"Peut-on imaginer un seul instant que le Conseil des gouverneurs de la BCE aurait pu faire face à la crise s’il n’était qu’un club de dix-neuf gouverneurs décidant par consensus ?", a demandé Benoît Coeuré.

RISQUE DE CRISES À RÉPÉTITION

Pour lui, faute d'interlocuteur politique fort pour la BCE, "notre union continuera d’être imparfaite, ne sera pas aussi prospère qu’elle pourrait l’être et fera face au risque de crises à répétition sans la capacité de gérer nos divergences économiques et politiques".

Le ministre européen des Finances pourrait être contrôlé par le Parlement européen - en formation zone euro - avec un rôle éventuel pour les parlements nationaux. Contrairement à l'actuel président de l'Eurogroupe, il occuperait cette fonction à temps plein, notamment pour surveiller les éventuels dérapages.

"La crise a montré que des fragilités et des déséquilibres excessifs avaient pu se développer sans garde-fou, dans plusieurs États membres : investissements dans le secteur immobilier plutôt que dans l’économie productive, prise de risque excessive dans le secteur bancaire et endettement extérieur massif", a dit Benoît Coeuré.

"Les pays participants ont tenu les bénéfices de l’euro pour acquis sans reconnaître leur responsabilité partagée."

Sa proposition, comme celle d'un budget de la zone censé absorber les chocs, qui figure dans le rapport des présidents, ne pourra voir le jour avant les échéances électorales française et allemande de 2017 et une amélioration de la conjoncture qui ferait renaître l'adhésion au projet européen.

Mais François Hollande semble prêt à approfondir réellement les mécanismes institutionnels de la zone euro, comme il l'a dit mardi devant les ambassadeurs français en appelant de ses voeux des propositions franco-allemandes.

Benoît Coeuré juge d'autant plus indispensable d'éviter la répétition des errements du passé que le "mauvais génie" du départ d'un pays de l'euro est "sorti de sa bouteille".

"Or, la sortie d’un État membre conduirait inévitablement les acteurs économiques à se demander quel serait le suivant, avec tout le potentiel déstabilisant de telles spéculations. Le génie ne sera définitivement rentré dans sa bouteille que lorsqu’il sera clair qu’un tel risque ne réapparaîtra pas."

(Yves Clarisse, édité par Marine Pennetier)

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