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Marché : Au Portugal, la coalition fragilisée fait douter les marchés

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par Andrei Khalip

LISBONNE (Reuters) - Le gouvernement portugais est menacé de perdre deux ministres supplémentaires selon la presse locale, une perspective qui fragilise un peu plus le Premier ministre Pedro Passos Coelho et menace la poursuite de l'ajustement budgétaire imposé par l'Union européenne et le FMI.

Plusieurs journaux, radios et chaînes de télévision ont rapporté que la ministre de l'Agriculture, Assunçao Cristas, et son collègue de la Sécurité sociale, Pedro Mota Soares, tous deux membres du Parti populaire (CDS-PP, droite), allaient remettre leur démission au chef du gouvernement, imitant ainsi le chef de file de leur mouvement, Paulo Portas, titulaire du portefeuille des Affaires étrangères.

Pedro Passos Coelho a annoncé mardi soir dans une allocution télévisée avoir refusé le départ de Paulo Portas et il a dit vouloir résoudre le blocage actuel pour assurer la stabilité politique.

Lundi, c'est le ministre des Finances, Vitor Gaspar, qui avait quitté le gouvernement.

La situation politique, jugée "absurde" par de nombreux commentateurs, préoccupe les marchés financiers. La Bourse de Lisbonne chutait de plus de 5% en fin de matinée, plombée par les valeurs bancaires.

Le rendement des obligations d'Etat portugaises à dix ans est brièvement repassé au-dessus de 8%, son plus haut niveau depuis novembre et les CDS (credit default swaps) à cinq ans, des instruments financiers utilisés comme garantie contre un risque de défaut, s'affichaient en forte hausse.

La décision de Pedro Passos Coelho de refuser le départ de son chef de la diplomatie revient à laisser à ce dernier la responsabilité de l'avenir du gouvernement: si Paulo Portas confirme sa démission, le CDS-PP devra quitter la coalition qu'il forme avec le PSD du Premier ministre, privant celui-ci de majorité au parlement.

Le CDS-PP dispose de 24 sièges au Parlement et le PSD 108 sur un total de 230, contre 74 pour le Parti socialiste, principale force d'opposition.

VERS DES ÉLECTIONS ANTICIPÉES ?

"Une chose est sûre: le Premier ministre fera tout ce qu'il pourra pour rester, en faisant toutes les concessions politiques à Portas", estime le politologue Antonio Costa Pinto. "S'il échoue malgré tout, on pourra difficilement éviter des élections anticipées."

Le président de la République, Anibal Cavaco Silva, a annoncé à la mi-journée qu'il rencontrerait dans les prochains jours le chef du gouvernement et les dirigeants des principaux partis.

"Nous considérons des élections anticipées comme l'issue la plus probable à ce stade, même si on ne peut pas exclure que le gouvernement continue avec le soutien de certains élus du CDS", explique Antonio Garcia Pascual, économiste de la banque Barclays, dans une note.

"Pour nous, la décision du dirigeant du CDS de quitter le gouvernement s'explique dans une large mesure par la chute du soutien de l'opinion publique à la coalition gouvernementale."

Lundi, Vitor Gaspar, considéré comme le chef d'orchestre du plan de réduction des dépenses publiques et de hausse de la fiscalité mis en oeuvre ces dernières années, avait justifié sa décision par l'érosion du soutien populaire au plan d'assainissement budgétaire.

Anibal Cavaco Silva pourrait plaider en faveur de la formation d'une coalition élargie mais les observateurs ne voient pas le Parti socialiste saisir la balle au bond.

Pourtant, même si les sondages le donnent en tête en cas d'élections anticipées, le PS ne peut pas espérer disposer d'une majorité sans le CDS-PP.

Les deux autres partis représentés au Parlement, le Parti communiste et le Bloc de gauche, n'ont jamais intégré aucune coalition et il est peu probable qu'ils le fassent dans la situation actuelle, expliquent des analystes.

"Ainsi, tout est entre les mains de Portas", résume Antonio Costa Pinto.

Pour Barclays, une victoire socialiste en cas d'élections anticipées ne remettrait pas en cause le plan d'aide de la "troïka" (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). La banque ajoute que Lisbonne dispose des financements nécessaires pour honorer ses échéances obligataires jusqu'à la fin de l'année au moins.

Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a néanmoins jugé "préoccupante" la situation portugaise.

Marc Angrand pour le service français, édité par Marc Joanny

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