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Marché : Les sous-traitants de l'aéronautique prêts à suivre la cadence

Les sous-traitants de l'aéronautique prêts à suivre la cadenceLes sous-traitants de l'aéronautique prêts à suivre la cadence

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Trente-six, 38, 42 et peut-être demain jusqu'à 50 par mois : quand Airbus augmente les cadences de production de ses avions monocouloirs, c'est la fête pour les sous-traitants de l'aéronautique. À moins que les fonds pour financer les investissements nécessaires ne viennent à manquer.

Ces équipementiers, dont certains travaillent également pour Boeing dans un souci de diversification, sont prêts techniquement pour suivre les montées de cadence, mais ont parfois du mal à obtenir un financement auprès de leurs banquiers, estiment acteurs et observateurs du secteur.

Poussés par le boom de la demande asiatique qui gonfle leurs carnets de commandes, les avionneurs accélèrent la cadence, en particulier dans les monocouloirs, - le segment des moyen-courriers de 150 places - le plus lucratif et le plus prometteur de l'aéronautique civil, avec une valeur estimée à quelque 2.000 milliards de dollars sur les 20 ans à venir.

Airbus, passé en août de 36 à 38 A320 produits par mois, compte atteindre progressivement les 42 unités en octobre 2012. L'avionneur, qui teste la capacité des sous-traitants à monter à 44 courant 2013, caresse l'idée de produire à terme 50 monocouloirs par mois, tout en s'interrogeant sur la capacité de

la chaîne de production à suivre le rythme.

"On atteindra la cadence de 44 sans problème et même au-delà. La 'supply chain' s'adaptera, peut-être qu'elle va grincer un petit peu dans la montée en cadence, mais on s'adaptera", a déclaré à Reuters Jean-Claude Maillard, PDG et fondateur de Figeac Aero, sous-traitant d'Airbus, qui juge que monter à 48 ou 50 unités par mois est "tout à fait possible".

Il fait écho aux déclarations du président du Groupe des équipements de l'aéronautique et de défense (GEAD), Olivier Zarrouati - également président du directoire de Zodiac Aerospace - qui a récemment déclaré à Reuters qu'une multiplication des usines de production des équipementiers pour tenir les hausse de cadences des avionneurs n'était pas nécessaire.

"On peut monter jusqu'au ciel, il n'y a pas de limite !", résume David Bonnus, spécialiste de l'aéronautique au sein du cabinet Step Consulting.

Les constructeurs eux-mêmes pourraient aider leurs sous-traitants confrontés à la menace d'un assèchement du crédit, en raison de la crise bancaire, en raccourcissant leurs délais de paiement et en sécurisant leurs carnets de commandes, a récemment dit à Reuters le directeur général de Daher, l'un des grands fournisseurs d'Airbus.

"Il y a quelque chose à trouver si on veut sécuriser l'ensemble de la chaîne et ne pas 'planter' in fine les belles perspectives de l'aéronautique", a souligné Didier Kayat.

L'aéronautique affiche des taux moyens de croissance de 6-7% depuis 30 ans, mais avec des crises très fortes et des montées en cadence elles aussi très violentes, a-t-il observé.

Pour Guillaume Rochard, associé spécialiste de l'aéronautique et la défense chez PriceWaterhouseCoopers, le péril ne se situe pas forcément en période de crise, lorsque les entreprises surveillent de très près leurs dépenses et que le ralentissement de l'activité réduit leur besoin en fonds de roulement.

"C'est souvent lors de la phase de reprise que les faillites surviennent. En effet, si elle est brutale, le besoin en fonds de roulement explose sans arriver nécessairement à le financer, ce qui peut mettre la trésorerie des entreprises dans une position délicate", souligne-t-il.

"Une montée en cadence significative de la production des avionneurs pourrait impliquer des investissements importants pour les sous-traitants, et aussi potentiellement une augmentation du besoin en fonds de roulement, ce qui aurait une incidence forte sur la trésorerie des entreprises", ajoute-t-il. "Si au même moment, vous avez du mal à trouver du financement, cela peut vite devenir problématique".

TAILLE CRITIQUE

Figeac Aero, qui a amélioré son chiffre d'affaires de 27% à 61 millions d'euros sur son exercice clos en mars 2011 et compte le doubler d'ici mars 2013, est présent sur les principaux programmes des grands avionneurs.

"Il ne faut pas croire qu'être diversifié permet de lisser le travail pendant les crises, c'est faux", souligne son PDG, Jean-Claude Maillard expliquant que cela permet seulement de mieux gérer les montées en cadence et les phases de baisse d'activité.

EADS a annoncé fin septembre qu'Airbus discutait d'une prise de participation majoritaire dans l'un des fournisseurs allemands, PFW, confronté à une crise de liquidités.

Figeac Aéro, lui, a bénéficié en juin d'un prêt à taux zéro de dix millions d'euros pour l'aider à financer un plan d'investissement de 35,5 millions d'euros à Figeac (Lot) d'ici 2011-2014, avec 250 emplois à la clé.

Pour Jean-Claude Maillard, les donneurs d'ordre vont continuer à diminuer le nombre de sous-traitants, dont certains vont se regrouper soit par fusions-acquisitions, soit par partenariats.

"Moi, je n'ai envie de racheter personne et je n'ai pas envie qu'on me rachète", tranche-t-il. "On a la taille critique pour faire face seuls aux exigences du marché".

David Bonnus, de Step Consulting, estime que le consolidation entre sous-traitants se fera pour des raisons opportunistes, mais seulement s'il y a synergies industrielles et technologiques et des complémentarités commerciales.

"Il y aura peut-être des coups. Mais cela voudrait dire que le financement à deux est plus facile à trouver et alors que les deux entreprises sont potentiellement exposées au même risque et au phénomène de montée de cadence. Je ne vois rien d'évident dans ce sens", explique-t-il.

"Le véritable souci, ce serait s'il y avait une baisse du trafic mondial, avec une avalanche d'annulations, de reports et qu'on ne parle plus de montées en cadence", ajoute-t-il. "Les montées en cadence, ce ne sont que des bonnes nouvelles".

édité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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