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Marché : Les bric contestent prudemment la domination de la chine

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par Alan Wheatley,

PEKIN (Reuters) - La domination de la Chine dans les échanges entre nations émergentes exaspère de plus en plus les autres pays dits "BRIC", qui cherchent désormais prudemment à contrer ce leadership, à l'origine de fortes tensions.

Les exportations à bas coût en provenance de Chine ont décimé l'industrie de la chaussure au Brésil et celle du textile en Afrique du Sud, tandis que l'Inde applique des taxes anti-dumping sur une gamme de produits chinois et que la Russie engage un bras de fer avec Pékin sur le prix de son pétrole.

Si le commerce est le ciment des BRIC, acronyme rassemblant le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et désormais l'Afrique du Sud, les perspectives sont moroses pour le groupe, qui tient son sommet annuel jeudi dans l'île chinoise d'Hainan.

Pour ses détracteurs, le concept de BRIC lancé par Goldman Sachs en 2001 pour désigner quatre pays considérés comme moteur d'un nouvel équilibre de l'économie mondiale, est une construction artificielle.

Toutefois, l'explosion du commerce entre pays émergents, qui représentait 17% du commerce international en 2009 contre 7% en 1990, devrait perdurer.

En outre, certains experts estiment que les BRIC font déjà contrepoids à l'Occident dans les négociations mondiales sur le commerce et le changement climatique, ainsi qu'au sein du G20.

En dépit de leurs divergences, les cinq pays ont agi collectivement pour contrer toute tentative de division par les pays les plus avancés, explique Sourabh Gupta, analyste chez le cabinet spécialisé dans l'évaluation des risques politiques Samuels International Associates.

Il est cependant indéniable que les exportations chinoises créent des tensions, exacerbées par la détermination de Pékin à laisser le yuan s'apprécier que très progressivement.

Dans ce contexte, le Brésil, ou encore des pays comme Portugal, ont du mal à résister à la Chine dans des produits intermédiaires, gourmands en capitaux.

"Ils ont de réelles raisons d'être inquiets. La sous-évaluation du yuan, facteur d'inégalités, est une question qui doit être rapidement résolue", ajoute Sourabh Gupta.

La présidente brésilienne Dilma Rousseff devrait aborder cette question lors d'une visite de cinq jours en Chine, mais son entourage a toutefois laissé entendre qu'elle devrait éviter une confrontation directe avec Pékin.

"Nous voulons davantage de réciprocité", a déclaré Rodrigo Baena, porte-parole de la présidente.

CARENCES POLITIQUES

Les industriels indiens ont également exprimé leur mécontentement vis-à-vis du comportement de leur concurrent chinois, mais Sourabh Gupta n'y voit cependant pas les germes d'une poussée incontrôlable du protectionnisme.

"On observe un grand ressentiment vis-à-vis des produits chinois, mais l'Inde est également profondément consciente que cette situation est en partie conséquence des carences de ses propres politiques."

L'Inde aurait davantage de chances d'étendre la gamme des produits exportés en Chine, désormais principalement des matières premières, si elle assouplissait la législation du travail qui bride les industriels.

D'une façon générale, les économies du sud se tirent une balle dans le pied en prélevant des taxes bien plus élevées sur les importations de produits en provenance des autres pays du sud. En moyenne, celle-ci s'élève à 6,1%, contre 2,5% en Occident, selon la Banque asiatique de développement (BAD), qui prévoit malgré tout un doublement du commerce entre pays du sud dans les 20 prochaines années.

Alors que l'Asie représente environ 75% des échanges sud-sud, et que la Chine seule pèse à hauteur de 40% de ces échanges, l'enjeu pour les BRIC est de rechercher un meilleur partage du gâteau.

Certes, le poids commercial de l'Amérique Latine et de l'Afrique s'accroît, mais c'est en raison de l'appétit chinois pour le pétrole et les matières premières, échangés contre des biens de consommation à bas coûts.

Pour remédier à cela, la BAD préconise l'extension des réseaux de production de "l'atelier asiatique" à d'autres régions du sud pour produire en masse des biens pour les consommateurs locaux.

"Non seulement les investissements directs étrangers de l'Asie dans ces nouveaux réseaux encourageront l'emploi, relèveront les salaires, augmenteront la demande locale et soutiendront les perspectives de croissance, mais ils atténueront aussi les déséquilibres mondiaux en attribuant une épargne asiatique importante aux investissements dans les pays du sud", note la BAD dans un rapport publié la semaine dernière.

Simon Freemantle, spécialiste de la politique économique africaine à la Standard Bank de Johannesburg, estime que la Chine se repositionne déjà comme "partenaire de développement" avec l'Afrique.

Selon lui, les échanges sino-africains pourraient dépasser les 300 milliards de dollars d'ici 2015, contre 93 milliards de dollars en 2009 et environ 125 milliards de dollars en 2010.

Raymond Colitt à Brasilia, Catherine Monin pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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