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Marché : Les banques européennes résisteraient au défaut grec, estime s&p

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par Matthieu Protard et Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Les banques européennes peuvent supporter un éventuel défaut de la Grèce, a estimé mercredi Bernard de Longevialle, responsable de la notation des banques européennes de Standard & Poor's à Paris lors d'un entretien à Reuters.

Il a aussi souligné que dans la plupart des pays européens, les banques se portaient globalement bien mais que leurs ratios de fonds propres restaient encore insuffisants au regard des nouvelles exigences des régulateurs même si les banques se sont recapitalisées depuis la crise financière de 2008.

Evoquée depuis plusieurs semaines, la participation volontaire des investisseurs privés à un nouveau plan d'aide à la Grèce, est entrée dans une phase active mercredi avec l'ouverture de discussions entre des dirigeants de la zone euro et les établissements financiers.

"En dehors des banques grecques, ce sont les banques françaises qui ont les expositions les plus importantes", souligne Bernard de Longevialle.

"Ce n'est pas de nature à remettre en question leur solvabilité, poursuit-il. L'impact direct est gérable et absorbable par leurs profits sans impact sur leurs fonds propres."

D'après la Banque des règlements internationaux (BRI), les banques françaises sont les banques étrangères les plus exposées à la Grèce avec environ 57 milliards d'euros de dette publique et privée du pays, devant les banques allemandes dont l'exposition atteint 34 milliards d'euros.

Les banques allemandes sont toutefois les plus exposées à la dette souveraine grecque, à hauteur de 23 milliards d'euros contre 15 milliards pour les établissements français.

"La plupart des encours des banques allemandes sont dans des institutions publiques garanties par l'Etat ou dans des véhicules de défaisance", a fait toutefois remarquer le responsable de S&P. "Donc, en fait c'est l'Etat allemand qui est directement exposé à la Grèce, plus que les banques."

Interrogé sur les risques que présenterait la Grèce pour les banques européennes, il a répondu : "S'il y a un défaut de la Grèce ou s'il y a un 'haircut' (décote) de 60% sur la dette grecque, vous ne mettez pas le système bancaire européen par terre."

CONTRADICTION D'OBJECTIFS

Il a rappelé que S&P avait abaissé les notes de Crédit agricole de "AA-/A-1+" à "A+/A-1" en mai dernier, en les assortissant toutefois d'une perspective stable.

Crédit agricole est de loin le groupe européen le plus exposé en raison de sa filiale grecque Emporiki mais S&P estime que la banque française peut y faire face.

"Le groupe a les moyens de faire face sans impacter ses ratios de fonds propres (...) même si la Grèce va continuer à lui coûter cher", a-t-il expliqué en soulignant que la notation de la banque verte reste élevée alors que celle de la Grèce a été abaissée la semaine dernière, à "CCC", soit un classement proche du défaut.

Plus globalement, Bernard de Longevialle estime que trois ans après la crise financière, qui avait terrassé les marchés de capitaux, la situation des banques s'est améliorée mais que leur financement à long terme reste problématique.

"Dans la plupart des pays d'Europe, le système bancaire se porte plutôt bien, a-t-il dit. Depuis la crise financière de 2008, les banques ont engagé des politiques de recapitalisation et ont mis en place des réserves de liquidité pour faire face à des crises imprévues."

"En dépit de cette amélioration, les niveaux de fonds propres restent plutôt un facteur de faiblesse dans les notes des banques européennes", a-t-il toutefois souligné.

Selon lui, "Bâle III va permettre à nos yeux de réduire beaucoup ce manque de fonds propres".

Les nouvelles règles prudentielles de Bâle III, qui doivent entrer en vigueur d'ici à 2018, sont plus exigeantes en matière de mobilisation de fonds propres pour couvrir les risques liés aux activités bancaires.

"Il y a un énorme besoin de refinancement long terme", a souligné Bernard de Longevialle.

"Quand on prend la structure de refinancement des grandes banques européennes, elles ont encore dans leur bilan de la dette garantie par les Etats qu'il va falloir refinancer. Et compte tenu de la fermeture des marchés qui a été assez longue, la duration de leurs refinancements est plus courte que ce qu'elle devrait être."

Depuis la crise, les régulateurs et pouvoirs publics cherchent à renforcer la solidité du système bancaire et d'éviter un sauvetage des banques en sollicitant une fois encore l'argent public.

"Le tableau idéal dont rêve le G20 c'est un système qui permette de liquider une banque internationale de façon organisée", dit le responsable de S&P. "C'est un objectif d'une complexité effroyable. J'appelle cela une utopie mobilisatrice".

"Il y a une contradiction d'objectifs de la part des régulateurs entre pousser les banques à se refinancer à long terme et de l'autre côté dire qu'à la prochaine crise les créanciers seniors seront mis à contribution".

Édité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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