Bourse > Actualités > Points de marché > Marché : Les banques à la manoeuvre contre les projets présidentiels

Marché : Les banques à la manoeuvre contre les projets présidentiels

Les banques à la manoeuvre contre les projets présidentielsLes banques à la manoeuvre contre les projets présidentiels

par Lionel Laurent et Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Les grandes banques françaises s'activent en coulisse pour limiter l'impact des réformes financières promises par François Hollande, qui souhaite lancer le chantier dès cet été.

Le chef de l'Etat veut dans le même temps séparer les activités de dépôts des activités de marché les plus spéculatives pour rendre le système bancaire plus sûr, augmenter de 15% la taxation des banques, lutter contre les produits "toxiques" et interdire aux établissements financiers d'exercer dans les paradis fiscaux.

Selon des banquiers et des sources au fait des réflexions en cours, des banques comme BNP Paribas et Société générale envisagent tous les scénarios et en évaluent les conséquences prévisibles sur leurs activités. A première vue, elles devraient éviter le pire.

"Les banques bataillent ferme pour limiter les répercussions", confie une des sources. "Au bout du compte, tout le débat tourne autour de questions de terminologie, pour savoir ce qui est 'risqué' et ce qui ne l'est pas."

"Et on en arrive à la conclusion que les choses ne changeront pas beaucoup", ajoute-t-elle.

Un haut responsable d'une banque française renchérit : "Quand on discute avec les proches de François Hollande et qu'on essaie de déterminer ce que sont les activités spéculatives, on constate vite que cela ne concerne que quelques activités."

VOLCKER TIENT LA CORDE

Pour l'heure, les contours de la réforme restent flous. Mais celles engagées dans les pays anglo-saxons permettent d'esquisser des pistes de réflexion.

Aux Etats-Unis, la règle Volcker prévoit par exemple d'interdire aux banques les activités de trading pour compte propre. Au Royaume-Uni, la norme Vickers vise à cantonner banque de détail et banque commerciale et à filialiser les activités de marché.

Selon les estimations des analystes de Citi, le coût pour les banques françaises d'une norme de type Volcker est estimé à environ 6% de leur bénéfice annuel, tandis qu'une règle de type Vickers leur coûterait le double, soit entre 11% et 13%.

D'abord farouchement opposées à toute séparation de leurs activités, les banques françaises se sont peu à peu résolues ces dernières semaines à l'idée de devoir sécuriser les dépôts de leurs clients. Elles se disent ainsi ouvertes à une réglementation inspirée de la règle américaine Volcker, mais prônent un débat au niveau européen.

C'est également, dit-on, la piste privilégiée à l'Elysée. "François Hollande préfère plutôt une réforme s'inspirant de ce qu'on appelle la règle de M. Volcker plutôt que celle imaginée par M. Vickers. Je pense qu'il a raison", explique une source dans l'entourage du chef de l'Etat.

DÉFENDRE LA BANQUE UNIVERSELLE

La Commission européenne a de son côté constitué en début d'année un groupe d'experts pour étudier l'organisation des banques, et un rapport est attendu dans les prochaines semaines.

Il est peu probable que le groupe de travail préconise une scission ou une séparation complète des activités de banque de détail et de banque d'investissement. L'Allemagne et la France restent profondément attachées au modèle de banque universelle qui les héberge toutes les deux sous un même toit.

"C'est un argument complètement fallacieux de dire que la banque universelle est plus solide", commente Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue. "La banque à tout faire (...) c'est un échec."

L'analyste, qui s'est exprimé lors d'une conférence de presse, estime qu'une scission juridique entre banque de détail et banque de financement d'un côté, banque d'investissement de l'autre - à l'image du Glass-Steagall Act de 1933 aux Etats-Unis - serait plus efficace.

Appuyées par la Banque de France, les banques françaises s'accrochent à leur modèle et se réfèrent aux faillites en 2007 et 2008 de la britannique Northern Rock et de l'américaine Lehman Brothers, deux établissements spécialisés sur un secteur d'activité, pour étayer leur argumentation.

Elles assurent aussi que le trading pour compte propre ne représente qu'une part marginale de leurs revenus.

Sollicitée par Reuters, la SocGen s'est refusée à tout commentaire, tandis que des messages laissés chez BNP Paribas sont restés sans réponse.

"Il est clair que les banques se préparent", résume Benoît Sommier, associé au sein de la société de conseil Altiad. "Mais avec l'éventail des scénarios possibles, il y a aussi beaucoup d'incertitudes."

Edité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI