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Marché : Le réveil de la bce fait trembler les pays périphériques

Le réveil de la bce fait trembler les pays périphériquesLe réveil de la bce fait trembler les pays périphériques

par Noah Barkin, Carmel Crimmins et Nigel Davies

BERLIN/DUBLIN/MADRID (Reuters) - Les pays dits "périphériques" de la zone euro devraient pouvoir supporter une série de petites hausses des taux d'intérêt de la Banque centrale européenne, mais toute décision plus radicale de la BCE serait dangereuse pour leurs consommateurs et leurs banques.

Jeudi, le président de la BCE Jean-Claude Trichet, a surpris les marchés en faisant miroiter un tour de vis monétaire imminent, alors que le taux directeur de la BCE est à un plus bas niveau historique de 1,0% depuis mai 2009.

L'objectif pour la BCE est de juguler l'inflation dans la zone euro. Selon une enquête menée par Reuters auprès d'économistes, une majorité d'entre eux s'attendent à trois relèvements de petite ampleur cette année, ce qui porterait le taux à 1,75% fin 2011.

Les pays qui souffriraient le plus d'une telle mesure sont l'Irlande, l'Espagne et la Grèce. Tous trois sont marqués par un pourcentage élevé de crédits hypothécaires à taux variable, un secteur bancaire fragile et le fait d'avoir un programme de consolidation budgétaire en cours.

Un taux d'intérêt bas représente un "coussin" pour plusieurs milliers de propriétaires irlandais ayant souscrit à un crédit hypothécaire.

En le supprimant, nombre d'entre eux pourraient subitement ne plus pouvoir honorer leurs remboursements, ce qui créerait un nouveau "trou noir" pour les banques du pays, déjà confrontées à des pertes massives liées à la crise de l'immobilier commercial.

"L'Irlande ne peut tout simplement pas supporter le fardeau d'un relèvement des taux d'intérêt. Cela aurait pour effet d'ouvrir un deuxième front dans la crise bancaire irlandaise", a commenté Ray Kinsella, spécialiste des services bancaires et financiers à l'université de Dublin.

Selon des données publiées la semaine dernière par la banque centrale d'Irlande, le nombre de crédits hypothécaires immobiliers en situation d'arriérés a bondi de plus de 50% en 2010. Un sur dix est soit dans cette situation, soit a été restructuré.

De plus, 80% environ des crédits dans l'immobilier résidentiel irlandais sont à taux variable et 50% sont indexés sur les taux de la BCE.

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En Espagne, près de 90% des crédits hypothécaires sont liés au taux Euribor à douze mois, qui a augmenté de 25 points de base depuis le début de l'année. Le service d'un prêt de 100.000 euros coûte en conséquence 250 euros de plus.

L'impact d'une hausse des taux à Francfort ne devrait cependant pas avoir sur l'Espagne un effet aussi marqué que sur l'Irlande, estime Holger Schmieding, économiste chez Berenberg Bank.

Ce dernier évalue qu'un relèvement des taux de 50 points de base sur l'année enlèverait entre 0,1 et 0,2 point de pourcentage au produit intérieur brut espagnol, ce que la reprise de la croissance mondiale permettrait de compenser.

"Nous n'envisageons rien de dramatique. Toutefois, si la BCE devait réagir de façon excessive, en allant, mettons, jusqu'à 2,5%, l'Espagne en ressentirait l'impact et sa croissance pourrait reculer d'un demi-point de pourcentage."

En Grèce, le relèvement des taux de la BCE aurait pour principal effet d'accroître les coûts de financement des banques.

Ces dernières dépendent en effet de la BCE pour se procurer des liquidités depuis que les portes du marché interbancaire leur ont été fermées par la crise de la dette souveraine du pays.

Le financement apporté par l'institution aux banques grecques a atteint 95 milliards d'euros, soit 19% environ du montant total des actifs du système bancaire national.

Une hausse d'un quart de point de pourcentage du taux directeur ferait monter de 237 millions d'euros les intérêts versés par les banques grecques.

Le Portugal, généralement présenté comme le prochain pays contraint de solliciter un programme d'aide financière internationale, verrait ses exportations souffrir d'une série de petites hausses des taux.

Le pouvoir d'achat des consommateurs fortement endettés en pâtirait également, mais la mesure n'aurait a priori pas d'effet intolérable sur l'économie nationale.

L'impact sur l'Italie serait quant à lui atténué par les niveau d'endettement peu élevé du secteur privé.

"Je pense que personne n'est prêt à abaisser sa prévision sur la croissance italienne de cette année ou de la suivante, sur la seule base d'un relèvement des taux plus agressif que prévu", a estimé Marco Valli, économiste chez Unicredit.

"La possibilité d'un choc pétrolier est une menace bien plus sérieuse pour l'économie."

Avec Gavin Jones en Italie, George Georgiopoulos à Athènes et Andrei Khalip à Lisbonne, Gregory Schwartz pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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