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Marché : Le plus dur reste à faire sur le front budgétaire

Le plus dur reste à faire sur le front budgétaireLe plus dur reste à faire sur le front budgétaire

par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français a répondu en urgence mercredi au risque de dérive des comptes publics à court terme sans régler le problème de l'endettement du pays qui devra être résolu après la présidentielle de 2012.

Les 12 milliards d'euros d'économies et de recettes supplémentaires annoncés pour 2011 et 2012 ne permettront en effet que de tenir des objectifs connus depuis longtemps, que le ralentissement de la croissance avait mis hors de portée.

Il ne s'agit donc pas véritablement d'accentuer le rétablissement des finances publiques françaises, dont l'état est le plus mauvais des pays de la zone euro notés "triple A", même si l'objectif de déficit pour 2012 a été légèrement durci.

"Bien sûr, il y a beaucoup de mesures de modernisation de notre pays, de notre économie, qui doivent être poursuivies, mais ce sera le débat de la campagne présidentielle de 2012", a dit le Premier ministre François Fillon, en dévoilant ces nouvelles mesures lors d'une conférence de presse.

L'opposition socialiste, que les sondages placent en tête à huit mois de l'élection présidentielle, a attaqué sur ce thème.

"Bricolage", s'est insurgé François Hollande, un favori de la primaire qui désignera le candidat du PS à la présidentielle.

"Il n'y a pas de cap, pas de stratégie, il y a de l'improvisation parce que les circonstances l'exigent", a-t-il déclaré mercredi.

Prenant acte de ces "circonstances", le gouvernement a abaissé à 1,75% ses prévisions de croissance pour 2011 et 2012 contre 2% et 2,25% auparavant, les mesures annoncées devant compenser l'impact sur les comptes publics de ce ralentissement qui touche les plus grandes économies mondiales.

Avec ces 12 milliards d'euros de mesures nouvelles, la France pourra comme prévu réduire son déficit public à 5,7% du produit intérieur brut cette année, a dit François Fillon, et même atteindre 4,5% fin 2012 au lieu de 4,6% prévu jusqu'alors, ce qui confortera l'objectif de parvenir à 3% en 2013.

Si le déficit était effectivement réduit l'an prochain, ce serait une première pour une année d'élection présidentielle depuis que la France enchaîne chaque année les déficits (1975).

LE PLUS DUR PROBABLEMENT À VENIR

Mais, sauf accélération spectaculaire de la croissance après 2012, qu'aucun économiste n'envisage vraiment, ces mesures risquent de n'être qu'un prélude à des réformes potentiellement difficiles pour stabiliser, puis réduire, la dette publique, qui dépasse aujourd'hui 1.650 milliards d'euros.

Une tâche qui reviendra au président élu en 2012.

En ligne de mire, l'inversion de la croissance du ratio d'endettement public, que les autorités françaises promettent pour 2013. Paris prévoit pour l'instant que ce ratio dette/PIB augmentera à 85,4% fin 2011 et culminera à 86,9% fin 2012 pour retomber à 86,4% fin 2013 et 84,8% fin 2014.

"On commence aujourd'hui à s'attaquer vraiment sérieusement au déficit structurel", estime Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas. "Mais pour faire refluer le ratio d'endettement, il faut grosso modo ramener le budget à l'équilibre. Là, c'est les 3 ou 4 points de PIB qui seront les plus difficiles à faire."

"Ce sera douloureux, j'en suis sûr", ajoute-t-il.

La Cour des comptes, qui certifie les comptes de l'Etat, a souligné fin juin l'ampleur des défis pour y parvenir, en insistant sur l'importance - exceptionnelle parmi les "triple A" de la zone euro - du déficit structurel français, qui mesure le déséquilibre hors variation de la conjoncture.

"Si le déficit structurel primaire, c'est-à-dire hors intérêt (de la dette-NDLR), restait à son niveau de 2010 (soit 2,5% du PIB), la dette publique atteindrait 90% du PIB dès 2012, puis 100% en 2016 et 110% en 2020", estime-t-elle dans son dernier rapport sur la situation des finances publiques.

La Cour des comptes souligne d'autre part que les prévisions du gouvernement pour 2013 et 2014 - une croissance de 2,5% et une vigoureuse hausse des prélèvements obligatoires - dont aucune modification n'a été annoncée mercredi - sont optimistes.

Une prévision "plus prudente" pour les prélèvements obligatoires se traduirait par un déficit de 3,5% en 2013 et non de 3%, estime-t-elle.

Le gouvernement issu des élections de 2012 risque donc fort d'être obligé de rectifier rapidement le tir pour ne pas perdre la confiance des prêteurs qui permettent à la France de financer son déficit et de refinancer sa dette.

Le Fonds monétaire international estimait ainsi fin juillet que "la France ne peut prendre le risque de rater ses objectifs budgétaires à moyen terme, étant donné le besoin de renforcer la mise en oeuvre du Pacte de stabilité et de conserver les coûts d'emprunts à un niveau peu élevé en confortant sa note AAA".

La France affiche en effet les plus mauvais ratios parmi les pays de la zone euro bénéficiant comme elle de la note "triple A" (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande et Luxembourg), qui permet d'emprunter à des coûts avantageux.

Dernière pour le déficit, la France est aussi le seul de ces pays à afficher un déficit primaire (hors intérêt de la dette) important. Selon la Commission européenne, ce déficit devrait représenter 3,1% du PIB fin 2011 contre 1,6% aux Pays-Bas, 0,9% en Autriche et 0,5% au Luxembourg. L'Allemagne et la Finlande devraient finir l'année avec un excédent primaire de 0,4% et 0,2% respectivement.

RETRAITES ET SANTÉ DE NOUVEAU À L'ORDRE DU JOUR

Même si le déficit structurel est surtout concentré sur l'Etat, le déséquilibre structurel des comptes sociaux inquiète les observateurs qui le jugent injustifié car les recettes devraient dans ce domaine compenser exactement les dépenses.

Premiers postes des comptes sociaux par l'ampleur des déficits, les comptes de retraite et d'assurance maladie tendent soit à s'aggraver soit peinent à retrouver l'équilibre.

"Malgré la réforme de 2010, l'équilibre financier des régimes de retraite n'est pas assuré en 2020", estime la Cour des comptes, confirmant la probabilité d'une nouvelle réforme après les élections présidentielle et législatives de 2012.

Quant à l'assurance maladie, elle pourrait ne retrouver l'équilibre financier qu'en 2027.

"Une croissance de la masse salariale de 3,5% par an, conforme à sa tendance des 12 dernières années, et une progression de l'objectif annuel de dépenses d'assurance maladie de 2,8% par an, conforme au programme de stabilité sur 2012-2014, se traduiraient encore en 2020 par un déficit de la branche maladie de 5 milliards d'euros et un déficit cumulé depuis 2012 de 60 milliards d'euros", estime la Cour.

Le FMI, dont l'appréciation ne diffère guère, prône pour la France une nouvelle réforme des retraites et d'autres mesures pour contrôler les dépenses de santé, pour garantir la "soutenabilité" des finances publiques à long terme.

"Une nouvelle hausse future de l'âge légal de la retraite liée à l'accroissement de l'espérance de vie éviterait la poursuite de la pression budgétaire", écrit-il dans son rapport. Quant aux dépenses de santé, "des gains de productivité continus sont nécessaires pour éviter une hausse non-soutenable des dépenses de santé et de soins de longue durée".

Les retraites, "c'est un chantier permanent", estime Dominique Barbet. "Particulièrement en France, parce que si l'on veut y aller trop brutalement, avec une réforme trop radicale, on se heurte à un niveau de protestation qui rend l'exercice impossible."

Une gageure pour les principaux candidats à la présidentielle, dont un sondage Ifop publié mardi montre qu'ils ne bénéficient pas de la confiance des Français sur la question de la réduction des déficits et de la dette, pourtant considérée par 54% des sondés comme "un problème très grave qu'il faut traiter sans attendre quitte à prendre des mesures douloureuses".

Edité par Yves Clarisse

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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