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Marché : La zone euro veut progresser malgré les doutes de fitch

La zone euro veut progresser malgré les doutes de fitchLa zone euro veut progresser malgré les doutes de fitch

par Jan Strupczewski

BRUXELLES (Reuters) - Malgré le scepticisme de Fitch, la zone euro va tenter d'avancer cette semaine vers une résolution de la crise de la dette en augmentant les ressources du Fonds monétaire international (FMI) et la liquidité à long terme offerte aux banques.

L'agence de notation a jugé vendredi soir qu'une solution globale à la crise était "techniquement et politiquement hors d'atteinte", abaissant à négative la perspective sur le "triple A" de la France et plaçant sous surveillance les notes de six autres pays de la zone.

Elle estime que les engagements pris par le Conseil européen il y a 10 jours et par la Banque centrale européenne (BCE) ne sont "pas suffisants pour permettre la mise en place d'un pare-feu financier réellement crédible en vue d'éviter une crise autoréalisatrice de liquidité, voire de solvabilité chez certains Etats de la zone euro non notés 'AAA'".

A l'issue du sommet de Bruxelles les 9 et 10 décembre, les pays de la zone euro se sont mis d'accord lors pour inscrire une "règle d'or" sur les déficits dans leurs constitutions nationales, avec des sanctions automatiques pour les mauvais élèves en matière budgétaire.

Mais cet engagement pourrait prendre plus d'une année à entrer en vigueur, alors que les marchés demandent des assurances immédiates sur la solidité de la zone euro.

Le vice-ministre italien de l'Economie Vittorio Grilli a résumé dimanche la nécessité d'avancer pour convaincre enfin les investisseurs.

"Nous savons tous que l'Europe n'a pas été en mesure de convaincre les marchés que son système de gouvernance et ses mesures contre la crise étaient suffisantes", a-t-il déclaré dans une interview au quotidien Il Sole 24 Ore.

"Il faut plus d'intégration et des instruments plus efficaces. Nous n'en sommes pas encore là."

FMI ET MES AU MENU

Les ministres des Finances des Vingt-Sept aborderont lors d'une téléconférence lundi après-midi les modalités du "pacte" budgétaire, la gouvernance du Mécanisme européen de stabilité (MES), ainsi que le renforcement des ressources du FMI, ont rapporté dimanche des responsables européens.

A Bruxelles, la zone euro était tombée d'accord sur le principe de prêts bilatéraux de 150 milliards d'euros à l'intention du FMI, pour lui permettre d'intervenir face à la crise de la dette. Les Dix-sept escomptaient aussi 50 milliards d'euros de prêts de la part d'autres pays au sein de l'Union européenne, voire en dehors.

Selon le ministre slovaque des Finances, Ivan Miklos, les ministres devraient se mettre d'accord lundi sur ce sujet.

Toutefois, selon une lettre cosignée par le président de la Bundesbank Jens Weidmann et obtenue par Reuters, la banque centrale allemande n'est disposée à apporter des fonds au FMI que si d'autres pays de l'UE ou en dehors font de même.

La conférence téléphonique, attendue à 14h30 GMT, devrait également porter sur la prise de décision au sein du MES, fonds de soutien permanent de la zone euro doté de 500 milliards d'euros, qui doit être opérationnel en juillet 2012.

Les ministres évoqueront un nouveau système de majorité qualifiée qui doit remplacer la règle de l'unanimité. La Finlande s'est opposée à ce projet, car pour pouvoir le valider le gouvernement finlandais doit obtenir une majorité des deux tiers devant son parlement, un soutien dont il ne dispose pas.

La question de savoir si la puissance de feu du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et de son successeur permanent le MES devrait être limitée à 500 milliards d'euros ou augmentée du montant déjà dépensé par le FESF sera, elle, tranchée en mars.

"Il est clair qu'à court terme, pour lutter contre la crise de la monnaie unique, les fonds de sauvetage comme le FESF et le MES doivent être renforcés", a estimé Vittorio Grilli.

LA BCE VA PRÊTER AUX BANQUES À TROIS ANS

La réaction des marchés au sommet de Bruxelles a été mitigée, en grande partie du fait de la réticence de la BCE à accroître ses rachats d'obligations souveraines et à le faire savoir au marché.

"Même si (Fitch) prend acte des mesures extraordinaires que la BCE a adoptées pour fournir de la liquidité au secteur bancaire européen, sa réticence persistante à accepter un tel niveau de soutien pour ses actionnaires souverains sape les efforts de la zone euro pour mettre en place un pare-feu financier crédible", a déclaré Fitch Ratings vendredi.

Les traités européens interdisent à l'institution de Francfort de financer directement les déficits des Etats-membres, même si un engagement clair de la BCE à racheter des montants illimités de dette de pays de la zone euro apaiserait immédiatement les marchés.

"La BCE ne peut pas dire ça et ne le dira pas, et il est déraisonnable de tabler là-dessus", a dit un responsable de la zone euro.

Au lieu de cela, la BCE devrait se borner à des achats discrets et ponctuels de dette italienne et espagnole afin de maintenir leurs conditions de financement à des niveaux acceptables.

"C'est l'approche la plus coûteuse, ce n'est pas sûr qu'elle fonctionne à long terme mais c'est toujours la seule possible", a poursuivi le responsable.

Signe de sa volonté de soutenir les banques, la banque centrale va achever mercredi une opération de refinancement à trois ans, une première, alors que les précédentes opérations de ce type ne dépassaient pas une année.

La France espère que les banques européennes utiliseront les fonds ainsi obtenus pour racheter des obligations d'Etat et calmer la hausse des rendements, mais la banque italienne Unicredit a jugé la semaine dernière que ce ne serait "pas logique" pour des établissements qui tentent de réduire leur exposition au risque et de renforcer leurs fonds propres.

Jean Décotte pour le service français

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