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Marché : La pression sur les banques menace l'économie française

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par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - La chute des banques à la Bourse de Paris et les doutes sur leur solidité menacent l'économie en déprimant les ménages et en poussant les entreprises à différer leurs embauches et leurs investissements, estiment des analystes et des professionnels.

Le premier risque est celui d'une baisse de la consommation des ménages par réflexe de précaution, qui serait encore accentuée par un gel ou un ralentissement des embauches.

Le second risque est lié à un durcissement des conditions de crédit pour les ménages, et surtout pour les entreprises, voire un assèchement. Un phénomène souvent désigné par le terme anglais 'credit crunch', dont la simple crainte dans un contexte de ralentissement économique risque de paralyser les projets des entreprises,

"Il y a un risque évident pour la croissance", déclare Alexander Law, économiste au cabinet d'analyses Xerfi, à Reuters.

"Le moral des ménages est atteint depuis longtemps, et là, on entre dans une phase où les chefs d'entreprise commencent à se poser des questions. Est-ce que je recrute ? Est-ce que j'investis ? On est un peu tétanisé."

Les enquêtes d'opinion les plus récentes montrent que le mouvement de panique qui a réduit de moitié la valeur boursière de la Société générale en moins de deux mois inquiète les Français.

Deux sur trois estiment ainsi que la fragilisation du secteur bancaire pourrait menacer leurs économies, selon un sondage CSA-Les Echos publié jeudi. Et 44% n'ont pas confiance dans la solidité des banques, selon un sondage Ifop publié vendredi par le site internet Altantico.

Les entreprises confirment les craintes des analystes.

LE SPECTRE DU 'CREDIT CRUNCH'

"Très clairement : on est inquiet", déclare à Reuters Jean-Eudes du Mesnil du Buisson, secrétaire général de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME).

Lors d'une rencontre mercredi avec une centaine de chefs d'entreprise, "un grand nombre d'entre eux ont confirmé qu'ils s'interrogeaient sur l'opportunité de reporter certains investissements et, dans certains cas, certaines embauches", raconte-t-il.

Dans l'esprit de tous les patrons, le spectre du 'credit crunch' est un danger pour les entreprises et en particulier pour les PME qui n'ont pas accès aux marchés pour se financer.

"On risque d'avoir un 'credit crunch'. Tout au moins, les banques vont devenir encore plus sélectives", explique Nicolas Bouzou, économiste du cabinet d'analyses Asterès, à Reuters. "C'est un peu la même séquence qu'en 2008 avec, à la clé, un recul de l'investissement", un facteur clé de la relance de la croissance française.

"Les chefs d'entreprise commencent à se méfier", confirme Jean-Eudes du Mesnil du Buisson. "Ils se disent qu'il faut commencer à réduire la voilure maintenant, avant que ça leur tombe dessus", dit-il en rappelant l'effondrement du crédit aux entreprises après la crise financière de 2008.

Une menace dont les banquiers parlent sans détour.

"Tout est en place pour organiser massivement une contraction du crédit", a ainsi prévenu jeudi Pierre Mariani, l'administrateur délégué de Dexia SA, en soulignant que tous les acteurs économiques étaient en train de réduire leur endettement, ce qui limite les investissements.

Or, souligne Nicolas Bouzou, "si on a un 'credit crunch', on aura aussi à nouveau une récession, mais sans possibilité cette fois pour les Etats de mener des plans de relance. Le choc sera donc plus fort."

"COCKTAIL PARFAIT POUR UNE DÉPRIME DURABLE"

Les chiffres les plus récents de la Banque de France sur la distribution de crédit datent de juillet, mais ils signalaient déjà un net ralentissement par rapport à juillet 2010.

Considérée comme un indicateur avancé, l'enquête réalisée auprès des grandes entreprises par l'Association française des trésoriers d'entreprise (AFTE) et Coe-Rexecode publiée vendredi montre une détérioration de tous les indicateurs. Ces derniers reviennent à un niveau semblable à celui d'avril 2008, un mois avant le début de la récession en France.

"Les recherches de financements deviennent de plus en plus difficiles et les marges demandées par les banques augmentent", explique à Reuters Richard Cordero, délégué général de l'AFTE.

Or, ajoute-t-il, "les entreprises réagissent de plus en plus vite" et des signaux semblables au début de la crise financière s'étaient accompagnés d'un ralentissement de l'investissement et des projets de recherche et développement.

Pierre Gattaz, président du Groupe des fédérations industrielles (GFI), a dit mercredi "son énorme crainte" d'un assèchement du crédit. "L'énorme nervosité financière entraîne un manque de visibilité sur les mois à venir. Nous sommes dans une nappe de brouillard."

Alexander Law souligne que ces craintes sur la solidité des banques interviennent alors même que la croissance française a été nulle au deuxième trimestre.

"On était déjà sur un scénario d'une croissance d'une mollesse extrême en fin de l'année donc il suffit de peu de choses pour faire basculer dans le mauvais sens", dit-il.

"Vous avez le cocktail parfait pour une déprime durable."

Avec Marc Joanny et Matthieu Protard, édité par Yves Clarisse

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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