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Marché : La grèce face à des choix douloureux pour privatiser

La grèce face à des choix douloureux pour privatiserLa grèce face à des choix douloureux pour privatiser

par Harry Papachristou

ATHENES (Reuters) - La Grèce va devoir réformer en profondeur son droit du travail et ses systèmes de régulation afin de mettre en place l'ambitieux programme de privatisation exigé par les investisseurs et espérer ainsi lever les fonds dont elle a besoin.

Depuis le lancement du plan d'aide de 110 milliards de dollars l'an dernier, la Grèce n'est pas parvenue à vendre le moindre actif. Athènes s'est depuis engagée à accélérer le processus de privatisation afin d'apaiser ses créanciers.

Mais pour convaincre des investisseurs d'apporter 50 milliards d'euros supplémentaires, le gouvernement n'aura guère d'autre choix que d'imposer des mesures drastiques, comme un relèvement des tarifs de l'électricité ou une autorisation de procéder à des licenciements dans les entreprises publiques qui auront été privatisées.

"Si rien ne change, les entreprises publiques resteront invendables, ou alors à seulement 10% de leur valeur", estime l'ancien ministre des Finances Stefanos Manos, à l'origine du succès de la privatisation de la téléphonie mobile dans les années 1990.

L'Union européenne et le Fonds monétaire international pressent la Grèce de ne pas ménager ses efforts et l'encouragent à faire des choix douloureux.

Les employés de plusieurs groupes publics sont ainsi complètement protégés d'un licenciement, grâce aux lois très protectrices régissant leur secteur.

Cette législation décourage les investisseurs, qui seraient tentés de réduire fortement les effectifs afin de maximiser la rentabilité de ces entreprises.

NOMBREUX OBSTACLES

L'Allemand Deutsche Telekom, qui détient déjà environ 30% d'OTE, l'ancien monopole public grec des télécoms, a fait savoir mercredi qu'il était prêt à acheter à l'Etat grec 10% supplémentaires du groupe si Athènes exerçait son option de vente, et qu'il pourrait même aller au-delà sous certaines conditions.

La Grèce détient encore 16% d'OTE. Deutsche Telekom a déjà déprécié 900 millions d'euros sur son investissement initial de 3,8 milliards dans l'opérateur télécoms grec.

Selon certains analystes, il est illusoire de penser que la Grèce pourra vendre en l'état ses parts des banques Postal Savings Bank et ATEbank, alourdies par une forte quantité de titres souverains grecs "toxiques".

"Aucun investisseur étranger ne viendra y toucher à moins que les portefeuilles d'actifs ne soient réduits d'au moins 50%", estime Tania Gold, analyste bancaire chez UniCredit. "Je ne vois pas comment une banque pourrait défendre un tel choix devant ses actionnaires."

En ce qui concerne le principal producteur grec d'électricité, PPC, dont la Grèce veut vendre 17%, il sera difficile de trouver un acheteur sans dérégulation préalable du secteur de l'énergie.

Les tarifs de l'électricité pour les particuliers sont en Grèce parmi les plus bas d'Europe.

Des questions de régulation se dressent également sur la voie d'une privatisation d'un des joyaux de l'Etat grec, le groupe de paris sportifs OPAP, valorisé à quatre milliards d'euros.

Le gouvernement envisage de prolonger la licence d'OPAP avant de vendre les 34% encore détenus par l'Etat, ce qui hérisse les investisseurs potentiels et pourrait mener à des recours devant la justice.

LES POLITIQUES RENÂCLENT

Même si les problèmes de régulation sont résolus, rien ne garantit que les privatisations se dérouleront sans anicroche. Le processus peut encore échouer en raison de cours en Bourse jugés trop bas et par manque de soutien politique.

En effet, la perspective de vendre les parts de l'Etat alors que les cours sont particulièrement bas n'a rien d'enthousiasmant pour les dirigeants politiques.

Il faudra également compter sur l'opposition des syndicats, qui pourraient saisir les tribunaux en cas de litige. C'est pourquoi les négociations entre la Grèce et le FMI, l'UE et la BCE portent entre autres sur l'immunité judiciaire qui serait accordée à la future agence de privatisation.

"Sans immunité, personne ne voudra signer un accord de vente", assure l'ancien ministre Stefanos Manos.

L'ensemble des actifs détenus par l'Etat et cotés en Bourse est estimé à 7,6 milliards d'euros, soit moins de la moitié de sa valeur d'octobre 2009, lorsque le gouvernement est entré en fonctions.

L'action PPC est ainsi environ 40% inférieure à la valeur comptable de l'entreprise. "Une vente à un tel prix pourrait soulever des questions légales", prévient une source au sein du groupe.

Le député de la majorité socialiste Alexandros Athanasiadis a prévenu qu'il s'opposerait à la cession des parts de PPC et estimé que plusieurs de ses collègues pourraient en faire autant.

"Je n'ai pas le sentiment d'être seul sur ce point", a dit cet élu de la région de Kozani, où PPC est le principal employeur.

Ce climat très incertain pousse les analystes à douter qu'Athènes soit en mesure de lever les 50 milliards d'euros visés.

"L'ampleur de la tâche qui attend les autorités grecques, avec entre autres cet engagement à privatiser 50 milliards d'euros d'ici à 2015, ainsi que leur capacité à affronter un risque politique croissant, suscitent des doutes de plus en plus grands", assène ainsi Paul Rawkins, l'un des responsables de l'agence de notation Fitch.

Avec Ingrid Melander, Gregory Schwartz pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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