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Marché : La france rattrapée par son laxisme budgétaire

La france rattrapée par son laxisme budgétaireLa france rattrapée par son laxisme budgétaire

par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - La perte du triple A est un coup dur pour les autorités françaises qui avaient fait de la défense de la note souveraine du pays une priorité absolue avant de se résigner à une dégradation en grande partie intégrée par les investisseurs.

Elle sanctionne des décennies de laxisme budgétaire et une détérioration des fondamentaux de la France reflétée par la dérive des déficits du commerce extérieur et des comptes courants.

L'agence de notation Standard & Poor's a réduit vendredi d'un cran la note de la France à AA+ avec perspective négative mais cet abaissement moindre que redouté, tout comme la dégradation d'autres pays de la zone euro, n'est qu'une maigre consolation. D'autant que l'Allemagne, que S&P avait aussi menacé d'une dégradation a conservé son triple A avec perspective stable.

Les notes souveraines de 15 pays de la zone euro avaient été placées début décembre sous surveillance avec implication négative par S&P.

Parmi les pays concernés bénéficiant de la note AAA, la meilleure possible, seule la France était menacée d'être abaissée de deux crans.

L'agence Moody's a quant à elle annoncé le 12 décembre qu'elle réexaminerait les notes des pays de l'Union européenne au cours du premier trimestre.

Un responsable de Fitch Ratings, la troisième grande agence de notation mondiale, a dit mardi à Reuters que la note AAA de la France ne devrait pas être abaissée en 2012.

La dégradation d'un cran par S&P signe l'échec d'une gestion des finances publiques longtemps trop laxiste, critiquée depuis des années en France et à l'étranger, et dénoncée par le président français lui-même, à la toute fin de son mandat.

DEUX PLANS DE RIGUEUR

Les autorités ont dû annoncer en urgence deux plans d'augmentation des impôts et de baisse des dépenses depuis l'été sous le coup de la dégradation des perspectives économiques du fait de la crise des dettes souveraines au sein de la zone euro. Elles se sont toutefois refusées à annoncer un nouveau tour de vis budgétaire à l'approche de la présidentielle.

Elles ont en revanche mis en avant leurs efforts de réduction des déficits publics dont le ministre des Finances, François Baroin, a dit qu'il pourrait se rapprocher de 5,5% du PIB en 2011 contre un objectif de 5,7%.

Les coûts d'emprunt de la France sur les marchés financiers restent faibles et inférieurs aux prévisions, a aussi souligné le ministre, rappelant qu'une réserve de précaution budgétaire doit permettra de faire face si la croissance est inférieure à la prévision d'1% pour l'an prochain.

Le gouvernement prévoit de ramener le déficit public à 4,5% du PIB cette année et de renouer avec l'équilibre en 2016, en partie grâce à une prévision de croissance de 2% sur la période 2013-2016, jugée optimiste par de nombreux économistes comme par les agences de notation.

Le volontarisme des prévisions de croissance de la France, est une quasi constante. Les déficits, eux, sont systématiques, le dernier excédent public remontant à 1974.

Nicolas Sarkozy et le candidat socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande, se sont certes engagés à respecter scrupuleusement le retour à 3% de déficit fin 2013. François Hollande prévoit un retour à l'équilibre en 2017.

Mais plus de 35 ans de déséquilibres des comptes publics ont alimenté une dérive de la dette publique qui culmine à près de 1.690 milliards d'euros à fin septembre, soit environ 85,3% du produit intérieur brut, contre 64,2% du PIB à fin 2007.

DANS LE ROUGE DEPUIS 1975

Les échanges extérieurs sont eux aussi dans le rouge et le déficit commercial devrait établir un nouveau record à 75 milliards d'euros en 2011, selon les prévisions gouvernementales. Le solde des comptes courants, qui mesure l'évolution de l'endettement du pays vis-à-vis de l'extérieur, s'est creusé à près de 43 milliards sur les onze premiers mois de 2011 contre 33,7 milliards en 2010 et 28,4 milliards en 2009.

La France semble ne rétablir ses comptes que contrainte.

Quand Nicolas Sarkozy devient président de la République, le pays a déjà mauvaise réputation : depuis la création de l'euro, la France a systématiquement violé ses engagements de baisse du déficit et même, parfois, le Pacte de stabilité et de croissance et ses limites de déficit à 3% du PIB et de dette à 60%.

Loin d'inverser cette tendance, Nicolas Sarkozy, sitôt élu, se rend à Bruxelles pour informer ses partenaires européens qu'une fois de plus, la France repoussera ses engagements et mènera plutôt une politique "de croissance".

En France, les promesses électorales sont rapidement mises en oeuvre : le "paquet fiscal" de l'été 2007 baisse nombre d'impôts et crée de nouvelles exemptions. Le déficit public, qui baissait chaque année depuis 2003, repart à la hausse.

Gonflé par la crise qui s'intensifie, les nouvelles réductions d'impôts et les nouvelles dépenses, il culminera à 7,5% du PIB en 2009, un record d'au moins 50 ans et baissera à peine en 2010, à 7,1%.

Plus le déficit se creuse et plus la dette publique s'alourdit, plus les mises en garde se multiplient.

DES MISES EN GARDE BALAYÉES

La Cour des comptes, l'institution indépendante qui audite les comptes publics, les plus grandes institutions internationales et nombre d'économistes alertent les autorités sur la trajectoire dangereuse des comptes publics de la France.

Le premier président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, préviendra le gouvernement en termes clairs : si rien n'est fait, la France court à terme le risque d'un "emballement" de sa dette, un "effet boule de neige" par lequel la charge de la dette siphonne une part toujours plus importante des recettes, jusqu'à l'asphyxie financière.

Son successeur, Didier Migaud, dira que le triple A français peut être menacé.

Le Premier ministre François Fillon, qui était proche de Philippe Seguin, semble entendre son message, déclarant dès 2007 diriger un pays "en faillite".

Mais les mesures coûteuses se succèdent.

La publicité à la télévision publique est partiellement supprimée et, alors que l'alerte sur les finances publiques résonne déjà, le taux de TVA est baissé dans la restauration.

Critiquée même à droite, cette mesure éclipse à elle seule toutes les économies générées par la suppression de 150.000 postes de fonctionnaires en cinq ans, censée démontrer la détermination du gouvernement à redresser les comptes.

Quant aux suppressions de postes, les revalorisations salariales qui les accompagnent font fondre les économies espérées.

A ceux qui tirent le signal d'alarme mois après mois, les gouvernements qui se succèdent depuis 2007 répondent toujours sur le même ton : ces experts sont excessivement pessimistes et refusent d'apprécier les efforts "historiques" mis en oeuvre.

La dette publique bondissant, la stratégie de relance de l'après-présidentielle se révèle être à contretemps.

Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie, explique que le "paquet fiscal" permettra à la France de sortir plus vite et en meilleure position de la crise. Mais la logique budgétaire finit par l'emporter et le "paquet" est petit à petit déficelé.

Le gouvernement choisit pour redresser les comptes une méthode douce, refusant les coupes drastiques mises en ouvre en Grande-Bretagne ou dans les pays dits de la périphérie de la zone euro, contraints les uns après les autre à l'austérité.

L'objectif, explique-t-il, est de ménager les Français car la consommation est le ressort traditionnel de la croissance française.

Tant que la crise semble limitée aux petits pays de la périphérie de la zone euro, cette stratégie n'est pas violemment contestée par les économistes.

La réforme des retraites, menée à bien malgré une série de très fortes manifestations, démontre en même temps la capacité du pouvoir à imposer des décisions difficiles au pays. Mais même cette réforme devra être rapidement remise en chantier pour de nouveau rétablir les perspectives d'équilibre des comptes.

Et à mesure que la crise s'étend en Europe, le sentiment que la France ne contrôle plus tout à fait son destin s'accroît.

Avec Marc Joanny, édité par Yves Clarisse

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