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Marché : La france parie sur un sursaut collectif du g20

La france parie sur un sursaut collectif du g20La france parie sur un sursaut collectif du g20

par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La France parie sur un sursaut collectif du G20 face à la crise financière et économique internationale lors du sommet de jeudi et vendredi à Cannes, malgré les tourments de la zone euro qui ont affaibli considérablement la position des Européens.

Nicolas Sarkozy a besoin d'un succès de ce forum des dirigeants des principaux pays riches et émergents pour raviver une image dégradée dans l'opinion publique française, à six mois de l'élection présidentielle de 2012.

Des analystes comme l'économiste Christian Saint-Etienne doutent cependant des résultats de Cannes, notamment en matière de réduction des déséquilibres financiers et commerciaux qui empoisonnent les relations économiques internationales.

"Notre objectif est d'ouvrir des chantiers de fond et qui ne peuvent plus attendre", déclarait le chef de l'Etat le 24 janvier en présentant à la presse les objectifs de la présidence française du G20.

Ces chantiers demeurent : mise en oeuvre des décisions du G20 en matière de régulation financière, réforme du système monétaire international, lutte contre la volatilité des prix des matières premières, financement du développement, amélioration de la gouvernance économique mondiale et relance de la croissance (voir ).

Mais si des progrès ont été réalisés dans des domaines comme la transparence des marchés agricoles, l'actualité s'est ingéniée à éclipser une présidence du G20 dont Nicolas Sarkozy voulait faire le fil rouge de la dernière partie de son mandat.

UN CONTEXTE MONDIAL AGGRAVÉ

L'attention a vite été détournée par les révoltes arabes et la crise libyenne, dans le dénouement de laquelle Paris a joué un rôle décisif.

Au premier semestre, elle a également été en partie accaparée par les suites du tremblement de terre du 11 mars au Japon, dont l'accident nucléaire de Fukushima.

Surtout, la crise de la dette grecque et la contagion à d'autres pays de la zone euro ont mobilisé presque sans discontinuer les Européens, sommés de mettre de l'ordre dans leurs affaires par leurs partenaires du G20.

"Cela a empêché la présidence française du G20 de se déployer", souligne Christian Saint-Etienne, qui reconnaît pourtant "un vrai travail" des dirigeants français.

Le contexte mondial s'est aussi aggravé ailleurs.

Les Etats-Unis, qui ont vu Standard & Poor's abaisser pour la première fois leur note souveraine à AA+ en août, pourraient ainsi perdre leur "triple A" auprès d'une autre grande agence de notation d'ici la fin de l'année, estiment des analystes.

Un peu partout, y compris dans les pays émergents, les prévisions de croissance sont revues à la baisse, tandis que la Chine menace les Etats-Unis de guerre commerciale si le Congrès vote un texte visant à contrecarrer la sous-évaluation du yuan.

Les dirigeants français voient dans cette situation une justification supplémentaire de l'agenda de leur présidence du G20, à la préparation de laquelle ils ont pris soin d'associer leurs principaux partenaires.

Mais si l'accord du 26 octobre au sommet de Bruxelles a donné un répit aux Européens, ceux-ci sortent de la crise de la zone euro affaiblis et avec un pouvoir de conviction diminué.

L'EUROPE EN POSITION D'ACCUSÉE ?

Il leur sera ainsi difficile de convaincre Pékin d'accélérer l'intégration du yuan dans le système monétaire, comme l'a de nouveau souhaité jeudi Nicolas Sarkozy, au moment où ils sollicitent la Chine pour participer au financement de leur plan de stabilisation de la zone euro.

"La crise de l'euro n'est pas terminée", juge Christian Saint-Etienne, professeur au Conservatoire national des arts et métiers et membre du Conseil d'analyse économique du Premier ministre. "Maintenant, tout le monde regarde l'Italie. Et si l'Italie bascule, elle fait tout basculer."

Selon lui, Chinois et Américains prendront un malin plaisir à rejeter la responsabilité de la situation sur l'Europe. "Nous allons nous retrouver dans la position d'accusés", a-t-il dit à Reuters.

Et de prédire au sommet de Cannes le même sort que celui de Copenhague sur le changement climatique en décembre 2009, lors duquel les Européens n'ont pas réussi à faire entendre leur voix face aux Etats-Unis et aux grands pays émergents.

Une issue à laquelle ne veulent pas croire les dirigeants français, pour qui une telle attitude des Etats-Unis et de la Chine serait irresponsable, tout en admettant que la situation n'est pas favorable à une évolution de Pékin sur le yuan.

Si l'état d'esprit à Cannes est de ne rien faire sous prétexte des difficultés de l'Europe, ce ne sera pas seulement l'échec de la présidence française mais celui du G20 et de l'économie mondiale, avertit-on à Paris.

La France, ajoute-t-on, fait au contraire le pari que les protagonistes tiendront compte de leur interdépendance économique pour donner une réponse positive à la crise internationale.

Edité par Patrick Vignal

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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