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Marché : La flexibilité a limité l'impact de la crise sur l'emploi

La flexibilité a limité l'impact de la crise sur l'emploiLa flexibilité a limité l'impact de la crise sur l'emploi

PARIS (Reuters) - Le marché du travail en France a subi en 2008 et 2009 son choc le plus marqué depuis près de 70 ans mais celui-ci aurait pu être plus violent si les entreprises n'avaient pas privilégié l'ajustement de leurs effectifs intérimaires et la flexibilité, montre une étude de l'Insee.

La crise s'est traduite par 151.000 destructions d'emplois salariés en 2008 et 248.000 autres en 2009 (dont l'essentiel au premier semestre), soit 399.000 emplois perdus, du jamais vu depuis le début des années 1950, explique l'Institut national de la statistique dans son rapport annuel "Emploi et salaires" publié mercredi.

La situation s'est inversée en 2010 avec 161.000 créations de postes mais ce chiffre ne représente qu'un tiers des pertes des deux années précédentes.

Au final, la baisse de l'emploi marchand sur 2008-2009 aura été limitée à 2,5% alors que la valeur ajoutée, elle, a chuté de 5,3% sur la même période.

L'impact de la crise sur l'emploi a donc été plus limité que lors des précédentes récessions: en 1992-1993, l'emploi salarié avait même davantage diminué que la valeur ajoutée (-2,1% contre -1,9% respectivement).

Ainsi, l'économie française aurait choisi, consciemment ou pas, de sauvegarder au moins en partie les effectifs. Avec pour corollaire une chute plus prolongée et plus marquée de la productivité par tête qu'au cours des crises de 1993 et 2001.

La chronologie des destructions d'emplois explique en partie cette inversion de tendance.

Dès 2008, c'est l'intérim qui a encaissé la majeure partie du choc de la chute d'activité des entreprises, concentrant à lui seul 90% des pertes d'emploi de l'année.

Le mouvement a ensuite gagné les effectifs hors intérim, dans l'industrie en premier lieu mais aussi dans les services.

MODÉRATION SALARIALE

Le secteur industriel illustre nettement ce rôle d'amortisseur de l'intérim: il a détruit pratiquement autant de postes en 2009 qu'en 2008, environ 180.000 par an, mais les postes intérimaires supprimés ont représenté plus de la moitié de ce chiffre la première année de la crise et moins de 5% la deuxième.

Au-delà de l'intérim, explique l'Insee, "les entreprises ont de plus eu recours à des instruments de 'rétention de main-d'oeuvre', permettant de faire varier les heures travaillées plutôt que de se séparer des salariés".

En la matière, la boîte à outils des employeurs s'était opportunément enrichie au cours des années précédentes, à l'occasion de la réforme du temps de travail notamment.

Les employeurs ont ainsi pu profiter de la souplesse créée par l'annualisation du temps de travail, venue s'ajouter au recours accru au temps partiel et au chômage partiel, qui a pratiquement quadruplé entre la mi-2008 et la mi-2009.

Ces évolutions ont eu des implications sur l'évolution des salaires. Bien sûr, la crise a ralenti la progression du salaire mensuel de base, passée de 3,2% en rythme annuel au quatrième trimestre 2008 à 2,2% fin 2009 et 1,7% seulement fin 2010.

Dans l'intervalle, l'envolée du taux de chômage a érodé le pouvoir de négociation des salariés, un phénomène amplifié par la désinflation.

Mais la trajectoire n'a pas été la même pour le salaire moyen par tête (SMPT), qui prend en compte la durée du travail et les primes: il a fortement reculé fin 2008 et début 2009 mais il est remonté par la suite et sa progression en rythme annuel dépassait fin 2010 celle du salaire de base.

Cette déconnexion entre salaire de base et salaire moyen par tête s'explique entre autres par la baisse du nombre d'heures travaillées par individu (-0,5% environ entre fin 2008 et fin 2010) et par la diminution des primes, qui représentent 13% de la rémunération dans les entreprises de plus de 10 salariés, explique l'Insee.

Autre élément mis en avant par le rapport: la France a été ces dernières années la championne de la modération salariale parmi les grands pays européens. La progression du salaire horaire n'y a par exemple été que de 0,4% en 2009, contre +2% en Allemagne, +4% en Espagne et +5% en Italie.

Marc Angrand, édité par Yves Clarisse

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