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Marché : La crise ramène le secteur aéronautique sur terre

La crise ramène le secteur aéronautique sur terreLa crise ramène le secteur aéronautique sur terre

par Cyril Altmeyer

FARNBOROUGH, Grande-Bretagne (Reuters) - Le millésime 2012 du salon aéronautique de Farnborough aura été à l'image du ciel londonien cette semaine: globalement plombé, avec parfois quelques éclaircies.

Rattrapé par la crise, le secteur aéronautique a connu un salon nettement moins flamboyant que les précédentes éditions, en particulier l'exceptionnel salon du Bourget 2011. Ce ralentissement du rythme de commandes pourrait toutefois apporter une bouffée d'oxygène à une chaîne d'approvisionnement sous pression.

Boeing a engrangé 370 commandes et engagements - en intégrant celle de 150 B737 de la compagnie américaine United Airlines - contre "seulement" 115 pour Airbus, principale division du groupe EADS.

A titre de comparaison, l'européen avait terrassé Boeing au salon du Bourget l'an passé avec 910 commandes et engagements contre 141 pour son rival américain.

Dans un salon 2012 plutôt morose, le total de 485 commandes est même inférieur aux attentes qui étaient de 500 à 600 commandes, selon Barclays Capital.

"Dans une certaine mesure, ce salon est moins flamboyant que les autres années mais on ne peut pas continuer à vendre chaque année plus d'avions qu'on peut en produire, sinon cela ne marche tout simplement pas", souligne Damien Lasou, responsable de l'aéronautique et de la défense chez Accenture.

"Avec la crise et les restrictions pesant sur le secteur bancaire, il est plutôt acceptable et raisonnable qu'il y ait moins de commandes cette année que les milliers qu'on a vues par le passé".

Il se refuse toutefois à parler d'une fin d'un cycle, comme le secteur aéronautique en connaît régulièrement, soulignant que même avec la crise dans la zone euro et le ralentissement aux Etats-Unis, il reste des viviers de croissance en Asie.

"La mauvaise situation financière de nombreuses compagnies aériennes devrait avoir un impact sur le secteur, même si les avionneurs et leurs fournisseurs sont protégés pour un certain temps par la qualité de leur carnet de commandes", note de son côté Guillaume Rochard, associé chez PricewaterhouseCoopers.

Signe de cet essoufflement, le brésilien Embraer, premier fabricant mondial d'avions régionaux, a annoncé mardi que ses commandes fermes avaient touché leur plus bas niveau en six ans à la fin du deuxième trimestre.

BOUFFÉE D'OXYGÈNE

Ce creux dans le cycle des commandes pourrait permettre au secteur aéronautique de reprendre son souffle dans l'inexorable montée en puissance des cadences des rythmes de production qui met les fournisseurs sous pression.

"Quand un de vos clients augmente sa production et vous demande davantage, vous pouvez faire face. Mais si tous vos clients vous demandent d'augmenter votre production de 10 à 15% (...), c'est une autre histoire", observe Damien Lasou (Accenture), y voyant un facteur de risque pour les petits fournisseurs.

Jean-Paul Ebanga, le PDG de CFM International, coentreprise de moteurs entre Safran et General Electric, a déclaré que le niveau record de production d'avions, qui est encore appelé à augmenter, générait des tensions tout au long de la chaîne d'approvisionnement.

"Très bientôt le rythme de production que nous voyons aujourd'hui dépassera la capacité d'intégration des grands constructeurs", souligne Damien Lasou.

Les constructeurs vont être limités par la pénurie d'ingénieurs, nerf de la guerre, et l'insuffisance des financements nécessaires aux investissements dans des nouvelles lignes de fabrication et d'assemblage, prévient pour sa part Ali Rekik, associé au sein du cabinet Roland Berger.

"Il faut investir aujourd'hui pour que demain on puisse produire et que les commandes d'aujourd'hui se transforment en revenus et en profits", note-t-il.

Des craintes sur les financements des achats d'avions, apparues après le désengagement des banques européennes du secteur l'an passé à la suite de la crise financière, continuent à hanter le secteur aéronautique même si de nouveaux acteurs, à l'instar des banques asiatiques, ont pris le relais.

Le financement des achats d'avions reste fluide car il est facile pour un constructeur aéronautique de proposer un appareil qu'une compagnie aérienne en difficulté ne peut plus payer à un autre client, a toutefois déclaré à Reuters le PDG de l'équipementier Safran, Jean-Paul Herteman.

Edité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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