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Marché : La bce prépare le terrain à une baisse des taux

La bce prépare le terrain à une baisse des tauxLa bce prépare le terrain à une baisse des taux

par Sarah Marsh et Sakari Suoninen

BERLIN/FRANCFORT (Reuters) - Rien n'empêche la Banque centrale européenne (BCE) d'abaisser les taux d'intérêt, a dit l'un de ses responsables mercredi, ajoutant ainsi aux anticipations d'une détente monétaire dès la semaine prochaine dans un contexte de crise de la dette en zone euro et de morosité économique générale dans le monde.

L'intervention de Peter Praet, membre du directoire de la BCE, mercredi a fait suite à celle de son collègue Benoit Coeuré, qui avait dit la semaine dernière que réduire les taux était une possibilité et que celle-ci serait examinée à l'occasion de la prochaine réunion de la banque centrale, le 5 juillet.

"Il n'existe aucune doctrine qui empêche les taux de baisser à moins de 1,0%", a dit Peter Praet au Financial Times Deutschland.

"Elles (les baisses de taux) se justifient si elles contribuent à garantir la stabilité des prix à moyen terme".

Selon une enquête Reuters publiée mercredi, la BCE ramènera son taux de refinancement à un plancher sans précédent de 0,75% la semaine prochaine et elle pourrait être amenée à prendre rapidement de nouvelles mesures d'urgence pour calmer les marchés.

Il y a trois semaines, le président de la BCE, Mario Draghi, estimait qu'une éventuelle baisse des taux n'aurait qu'un impact limité en raison du mauvais fonctionnement persistant des marchés dû à la crise. Jusqu'à récemment, les analystes doutaient que la BCE ramène son taux "refi" en deçà du seuil de 1% où il se trouve depuis décembre 2011 et qui constitue déjà un plus bas record.

Il est à présent de plus en plus évident que ces doutes ne constitueront pas une entrave pour la BCE. "Voilà encore un signal qui montre qu'elle s'accoutume à l'idée d'une baisse des taux", dit Anders Moller Lumhortz, économiste de Danske Bank. "C'est un signal qui montre que la BCE fera plus pour soutenir l'économie."

Il s'attend à une réduction d'un quart de point du "refi", à 0,75%, la semaine prochaine et pense que ce taux restera bas pendant un long moment.

Peter Praet lui-même a mis en garde contre toute attente immodérée vis-à-vis des répercussions d'une baisse des taux. "Les baisses de taux ont toujours un impact, même limité", a-t-il dit.

Un premier effet d'un assouplissement de la politique monétaire serait la réduction des intérêts que les banques versent à la BCE pour utiliser ses fonds, y compris les 1.020 milliards d'euros empruntés à trois ans à l'occasion de deux opérations de refinancement à long terme (LTRO) en décembre et en février.

Avec un taux refi ramené à 0,75%, les intérêts annuels à payer sur cet énorme montant seraient réduits de 2,5 milliards d'euros.

En revanche, rien ne montre que la BCE soit disposée à céder aux appels de l'Espagne et d'autres pays en relançant son programme de rachat d'obligations pour entraîner à la baisse les taux de marché.

L'HYPOTHÈSE DU TAUX DES DÉPÔTS

Des indicateurs économiques récents, comme l'inflation allemande, donnent elles aussi une marge de manoeuvre à la zone euro. L'inflation de la première économie de la zone euro a diminué plus que prévu en juin selon des chiffres provisoires, à 1,7% sur un an en juin contre 1,9% en mai, grâce au recul des prix pétroliers.

"Ces chiffres renforcent un scénario déjà nettement favorable à une action de la BCE lors de sa réunion de la semaine prochaine", estime l'économiste de Berenberg Christian Schulz.

Mais au sein de la BCE comme chez les investisseurs, personne ne pense qu'une baisse du taux de refinancement de la banque centrale suffirait à résoudre les problèmes de la zone euro.

Loin d'avoir un impact positif, une baisse des taux pourrait même produire l'effet inverse, estime James Nixon (Société Générale). "On peut craindre que cela mette en lumière le fait que la BCE a épuisé de fait toutes ses options en matière de politique monétaire", explique-t-il.

"Ma crainte, c'est que cela pourrait dans les faits saper la confiance plutôt qu'avoir un effet positif; en vérité, la BCE s'accroche à de faux espoirs".

Deux membres du Conseil des gouverneurs, l'Autrichien Ewald Nowotny et le Slovaque Jozef Makuch, ont évoqué la possibilité de ramener le taux des dépôts à zéro.

Il est actuellement de 0,25% et, de l'avis des analystes, le réduire serait au moins aussi important qu'abaisser le taux de refinancement.

A la suite du deuxième LTRO effectué le 28 février, les banques ont régulièrement déposé quelque 800 milliards d'euros sur leurs comptes à vue auprès de la BCE, des montants que la BCE préfèrerait voir circuler pour alimenter le crédit t l'activité économique.

"Tous les arguments qu'elle a utilisés par le passé sont aujourd'hui dépassés par la volonté de réduire les incitations à recourir à la facilité de dépôt", dit James Nixon, de Société générale. "Réduire uniquement le taux de refinancement n'a aucun sens; il faut réduire le taux des dépôts".

Il ajoute qu'une baisse des taux pourrait être dommageable pour un marché monétaire qui arrive à peine à fonctionner.

"On peut craindre qu'en allant trop bas, on arrive à des taux d'intérêt qui ne couvrent même pas les charges d'exploitation des fonds monétaires", explique-t-il, ajoutant que la BCE semble toutefois avoir jugé que les avantages d'une baisse de taux l'emportent sur ses inconvénients.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand

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