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Marché : L'ex-pdg de la société générale nie tout complot contre kerviel

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par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - L'ancien patron de la Société générale Daniel Bouton a réfuté jeudi la théorie d'un complot avancée par l'ex-trader Jérôme Kerviel jugé en appel pour la perte record de 4,9 milliards d'euros en 2008.

Entendu presque en dernier à ce procès où Jérôme Kerviel, condamné en première instance à trois ans de prison ferme et la remboursement en totalité du préjudice, demande sa relaxe, Daniel Bouton s'est dit médusé d'avoir appris dans la presse ce scénario avancé par son ex-employé.

"Les bras m'en sont tombés", a dit à la barre l'ancien PDG devenu consultant, comparant la théorie aux thèses conspirationnistes sur les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Sous la pression des milieux politiques, notamment de Nicolas Sarkozy, il a dû quitter en 2009 la banque, dont il avait fait un établissement considéré comme un fleuron.

Jérôme Kerviel et sa défense soutiennent depuis l'ouverture du procès au début du mois que la banque a laissé faire son trader et qu'elle a ensuite utilisé ses pertes pour masquer celle provoquées par les "subprimes", les produits financiers liés aux crédits à risque américains, à l'origine de la crise.

Toujours selon cette thèse, la banque perdait moins de crédit à se dire victime d'un homme seul que de ses investissements risqués et limitait ainsi l'impact de ce problème sur tout le système bancaire.

Pour la défense, elle aurait pris des positions occultes symétriques à celle de Jérôme Kerviel et ensuite exagéré ses pertes. Aucune preuve n'a été présentée à l'appui de ses dires, seulement des témoins jugeant ce scénario plausible.

La Société générale, partie civile, parle de "délire" et Daniel Bouton a ironisé sur cette théorie. "Il faudrait que Jérôme Kerviel admette que je venais le voir la nuit dans un habit invisible".

Jérôme Kerviel admet avoir pris des positions de 30 milliards d'euros en 2007 puis 50 milliards d'euros en 2008 sur des contrats futures portant sur des indices boursiers européens. Il avoue aussi avoir pris des ordres fictifs censés couvrir le risque et avoir répondu aux interrogations par des faux.

DES VIES QUI "BASCULENT"

Il soutient depuis le premier procès que sa hiérarchie savait forcément ce qu'il faisait mais la théorie d'une machination n'est apparue qu'au second. La défense soutient que le prévenu vient juste de comprendre ce qui s'était passé.

Tout en retirant le terme de "terroriste" employé à propos de Jérôme Kerviel, Daniel Bouton a jugé qu'il avait agi tout simplement pour être à même de demander des "bonus", regrettant que le jeune homme soit incapable de l'avouer.

"Il ne veut pas s'avouer à lui-même qu'il a fait tout ça pour quelques millions", a-t-il dit.

La présidente de la cour Mireille Filippini lui a cependant fait remarquer que la banque, présentée en modèle, avait été très sévèrement critiquée pour ses défaillances dans cette affaire, puisque 74 alertes sur le comportement de Jérôme Kerviel n'avaient eu aucune suite.

La magistrate a lu les conclusions de la commission bancaire qui a infligé une amende de quatre millions d'euros à la SocGen en relevant les failles du contrôle. Les salles de marchés s'étaient développées de manière incontrôlée alors que les services administratifs étaient inadaptés, a dit la commission.

Daniel Bouton a cependant maintenu le scénario selon lequel la banque avait découvert durant un week-end de fin janvier 2008 les positions prises par Jérôme Kerviel et qu'elle n'avait eu d'autre choix que les déboucler en urgence, en pleine débâcle des marchés, ce qui a provoqué la perte finale.

"Le monde s'écroulait un peu. Le ciel nous est tombé sur la tête. La vie de milliers de personnes a basculé, à commencer par la mienne", a-t-il dit.

Le parquet général prononcera son réquisitoire la semaine prochaine contre Jérôme Kerviel. Au premier procès, l'accusation avait demandé quatre ans de prison ferme. L'arrêt devrait être mis en délibéré jusqu'à l'automne.

Thierry Lévêque, édité par Gérard Bon

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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