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Marché : L'europe a besoin d'un "plan b" pour soutenir le crédit

L'europe a besoin d'un L'europe a besoin d'un

par John O'Donnell et Marc Jones

BRUXELLES/FRANCFORT (Reuters) - La BCE a beau s'être donné les moyens de fournir des liquidités quasi-illimitées aux banques, ces dernières renâclent toujours à se prêter les unes aux autres, forçant l'Europe à rechercher d'autres solutions pour éviter un assèchement du crédit.

La Banque centrale européenne a pour l'instant prêté près de 500 milliards d'euros aux établissement bancaires de la zone euro et elle a les moyens de faire beaucoup plus mais cela n'a pas suffi à briser le cercle vicieux du crédit interbancaire. Au point que désormais, banquiers et économistes jugent que seule une injection de capitaux frais dans les bilans des banques pourra débloquer la situation.

"Les liquidités sont là: on peut se les procurer auprès de la BCE", explique Bernd Knobloch, banquier et ancien membre du directoire du groupe allemand Commerzbank.

"Le problème, ce sont les capitaux. Avec plus de capitaux, on peut supporter des pertes et on devient une banque plus solide (...), le problème est résolu."

Pourtant, la promesse de l'Union européenne d'obliger les banques à porter d'ici la mi-2012 leur principal ratio de solvabilité à 9% n'a pas suffi à convaincre.

L'Autorité bancaire européenne (ABE) estime à plus de 100 milliards d'euros les besoins de capitaux des banques mais le Fonds monétaire international (FMI) avait averti en septembre que les banques de l'Union pourraient avoir à supporter des pertes allant jusqu'à 300 milliards.

"En fait, on ne connaît pas précisément la situation des banques de la zone euro", résume Zvolt Darvas, analyste du cercle de réflexion bruxellois Bruegel. "La première chose à faire serait de procéder à des tests de résistance en bonne et due forme, avant de recapitaliser les banques."

En attendant, la BCE continue de prêter massivement des liquidités. Et en la matière, elle peut aller très loin: l'assouplissement progressif de ses règles en matière de garanties acceptées de la part des banques lui permet théoriquement de prêter jusqu'à 14.000 milliards d'euros, soit plus que le PIB total de l'Union.

LA CONFIANCE A DISPARU

Problème: si cette politique a permis jusqu'à présent d'éviter un certain nombre de faillites bancaires en Irlande, en Grèce ou au Portugal, elle a rendu de nombreuses banques totalement dépendantes des liquidités de la BCE. Et le nombre d'établissements venant à ses guichets pour se refinancer n'a cessé d'augmenter.

Aujourd'hui, les emprunts à la BCE atteignent près de 500 milliards d'euros. C'est certes bien moins que les 910 milliards empruntés après le lancement des refinancements à un an mi-2010, mais les dépôts à la BCE, qui augmentent généralement avec la nervosité des marchés, sont eux bien supérieurs.

Selon les statistiques publiées la semaine dernière, près des deux tiers des fonds empruntés à la BCE sont redéposés auprès de la banque centrale, une proportion deux fois supérieure à celle observée après la faillite de Lehman Brothers en 2008.

"La confiance dans la système financier lui-même a totalement disparu", conclut John Fitzgerald, de l'Economic and Social Research Institute à Dublin.

"On s'oriente vers une situation dans laquelle la BCE va encore augmenter ses prêts au système bancaire. Cela va augmenter les coûts de financement pour tout le monde et ralentir l'économie."

AIDER LES ÉTATS, C'EST AIDER LES BANQUES

Parmi les alternatives envisagées figure la possibilité que les Etats octroient leur garantie aux banques à la recherche de liquidités. Mais c'est loin d'être une solution miracle: l'Irlande l'a testée et s'est retrouvée contrainte d'appeler à l'aide le FMI et l'Union européenne.

Certains aimeraient voir le Fonds européen de stabilité financière (FESF) soutenir les banques en utilisant les 250 milliards d'euros dont il dispose encore ou ceux que pourraient débloquer son hypothétique "démultiplication". Mais cela risquerait de détourner les investisseurs de la dette de la zone euro et de faire monter les coûts de financement.

"La BCE ne peut pas résoudre le problème", a estimé un banquier qui a requis l'anonymat. "Il faut remettre du capital dans les banques, ce qui suppose d'élargir le FESF."

Pour d'autres observateurs, c'est au problème de la dette lui-même qu'il faut s'attaquer avant de tenter de résoudre la crise bancaire, un point de vue partagé par certains responsables de la banque centrale.

"Si vous persuadez les marchés que les émetteurs souverains sont solvables, alors il n'y aura plus de problème pour les banques", résume John Fitzgerald.

Reste que ce processus simple exige du temps, un temps qu'il faudra gagner. Ou plutôt acheter.

"Donner de l'argent aux banques, c'est la bonne solution dans l'immédiat", dit un banquier. "Pour résoudre les problèmes des Etats, avec tous les enjeux politiques, il faudra des années."

Marc Angrand pour le service français, édité par Catherine Monin

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