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Marché : L'abaissement du portugal remet en question la stratégie de l'ue

L'abaissement du portugal remet en question la stratégie de l'ueL'abaissement du portugal remet en question la stratégie de l'ue

par Kirsten Donovan et Paul Taylor

LONDRES/PARIS (Reuters) - La décision de l'agence de notation Moody's de déclasser mardi le Portugal en catégorie "junk" a choqué les marchés financiers mercredi et jette une ombre sur les efforts européens en vue de renflouer les pays en difficulté de la zone euro sans restructurer leur dette.

Le coût d'assurance contre un défaut pour l'ensemble des pays les plus faibles de la zone euro a augmenté. L'écart de rendement entre l'emprunt à 10 ans portugais et son équivalent allemand a atteint un record post-euro. Lisbonne a dû payer plus cher pour adjuger des bons à trois mois.

L'euro et les Bourses européennes, qui avaient aligné sept séances de hausse d'affilée, ont également mal accueilli la nouvelle.

Ce déclassement, intervenu alors même que Lisbonne avait annoncé peu auparavant un programme d'austérité allant au-delà des exigences de bailleurs de fonds internationaux, remet en cause la stratégie de l'Union européenne face à la crise de la dette souveraine.

Moody's estime que le Portugal aura peut-être besoin d'un second plan de renflouement, alors que les gouvernements et les banques négocient un tel plan pour la Grèce, laquelle a un ratio d'endettement bien plus élevé.

L'ÉCHANGE DE DETTE REVIENT

L'Irlande, qui a également bénéficié de la manne européenne, a dit mardi qu'elle devrait peut-être réduire davantage des dépenses pour pouvoir atteindre les objectifs de réduction du déficit imposés par une aide internationale de 85 milliards d'euros.

Une analyse de Reuters publiée la semaine passée estimait qu'il faudrait également à Dublin un deuxième plan de renflouement car la croissance ne serait sans doute pas suffisante pour revenir sur le marché en 2013 comme projeté.

Moody's évoque la gestion de la crise par l'Union européenne, et plus particulièrement le projet de faire partager au privé la charge financière de tout futur renflouement, pour justifier son déclassement abrupt de quatre crans.

Pour l'agence, un tel choix risque de décourager toute implication du privé dans des financements futurs de la dette publique et accroît le risque économique des investisseurs, empêchant ainsi le Portugal de revenir rapidement sur le marché dans des conditions acceptables.

Une proposition française de reconduction de la dette grecque est actuellement à l'étude et fait en particulier l'objet d'une réunion bancaire ce mercredi à Paris sous l'égide de l'Institut de la finance internationale.

Elle constitue une bonne base de discussion, a dit le secrétaire d'Etat allemand aux Finances Jörg Asmussen mercredi à Reuters Insider TV.

LES AGENCES MISES AU PILORI

Le torchon brûle plus que jamais entre l'Europe, qui veut à tout prix éviter toute restructuration de dette, et les agences de notation.

La Commission européenne (CE) n'a pas apprécié du tout l'initiative de Moody's, que son président Jose Manuel Barroso a jugé nuire à la clarté et à la transparence, et il entend aller de l'avant dans leur régulation.

La veille, la chancelière allemande Angela Merkel balayait d'un revers de la main l'avertissement de Standard & Poor's, qui verrait l'équivalent d'un défaut dans la proposition française de "rollover" volontaire de la dette grecque par les banques.

"Il est important que la troïka (UE, FMI et Banque centrale européenne) ne permette pas que sa capacité de jugement soit ignorée", a-t-elle dit. "Je crois par dessus tout au jugement de ces trois institutions".

Le nouveau ministre de l'Economie et des Finances François Baroin a exprimé une même défiance vis-à-vis des agences de notation. "Ce n'est pas le regard d'une agence de notation qui va régler l'affaire de la tension des dettes souveraines et de la crise budgétaire", a-t-il dit, ajoutant qu'il faisait confiance au Portugal.

Certains responsables européens jugent que les déclassements en chaîne des agences de notations reviennent à des prophéties qui s'auto-accomplissent et rendent encore plus difficile, pour les pays concernés, leur retour sur le marché.

Néanmoins, les marchés ont de plus en plus le sentiment, combattu publiquement par les pays de l'UE, que la Grèce, et peut-être aussi le Portugal et l'Irlande, devront tôt ou tard restructurer leur dette et obliger les souscripteurs obligataires à passer d'importantes pertes.

On s'attend à ce que le Fonds monétaire international autorise mercredi le déblocage d'une tranche d'aide de 12 milliards d'euros pour la Grèce, après l'aval donné samedi par les ministres des Finances de la zone euro.

Mais selon des sources du FMI, les pays membres non européens du Fonds sont de plus en plus fébriles à l'idée de financer une crise dont le dénouement paraît lointain.

"Je pense que c'est une mauvaise nouvelle, pour l'Italie et l'Espagne également", en conclut Jay Bryson (Wells Fargo Securities).

Avec Ana Nicolai da Costa, Naomi Tajitsu et Alex Chambres à Londres, Walter Brandimarte à New York, Eva Kühnen, Annika Braidthardt et Gernot Heller à Berlin, Leigh Thomas à Paris, Wilfrid Exbrayat pour le service français

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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