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Europe : Les pressions sur le aaa français pèsent sur la zone euro

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par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - L'avertissement de Moody's sur la note Aaa de la France fait planer de nouvelles incertitudes sur la résolution de la crise de la dette dans la zone euro, à cinq jours d'un sommet crucial pour l'avenir de la monnaie unique, disent les analystes.

Mais si la décision de l'agence de notation d'évaluer la perspective stable de la note financière française risque de peser sur la confiance vis- à-vis de la zone monétaire au cours des prochaines semaines, il y a peu de chance que les risques qui y sont associés se matérialisent à court terme.

Quant au long terme, le mécanisme permanent de stabilité, qui pourrait entrer en vigueur en juillet 2012, viendra blinder la monnaie unique qui disposera d'une structure de capital solide et d'une personnalité juridique la rendant hermétique aux soubresauts sur les notes nationales des pays la constituant.

Moody's a justifié sa décision lundi soir en mettant l'accent sur les risques pesant sur la croissance française ainsi que les coûts possibles d'une recapitalisation des banques et du soutien aux pays en difficulté de la zone euro.

La nouvelle tombe au plus mauvais moment alors que les dirigeants de la zone euro, qui se réunissent dimanche à Bruxelles pour s'entendre sur une stratégie pour la Grèce et pour leurs banques, souffrent déjà d'un déficit de confiance de la part des investisseurs après presque deux ans d'atermoiements et 14 sommets qui n'ont pas permis d'endiguer la crise grecque.

La prime de risque associée aux obligations françaises a bondi à un record historique depuis la création de l'euro suite à cet avertissement, qui place désormais une épée de Damoclès au dessus du couple franco-allemand, colonne vertébrale de la zone monétaire et garant ultime de sa stabilité.

COUPLE FRANCO-ALLEMAND

Les conséquences pourraient se faire sentir dès cette semaine et affecter les contours du plan européen visant à réduire la dette grecque de manière conséquente, renforcer la solidité des banques de la zone euro en les recapitalisant et maximiser" la puissance de tir du fonds de soutien à la zone euro (FESF) en ayant recours à un effet de levier.

"Les Français sont clairement fragilisés. Ça devient difficile pour eux de discuter d'égal à égal avec Angela Merkel au regard des spreads (l'écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes-NDLR)", explique Ludovic Subran, chef économiste chez Euler Hermes.

Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset management, juge quant à lui que la nouvelle pourrait brider la capacité des Européens à recourir au FESF pour soulager la BCE dans la résolution de la crise.

"C'est vrai (que les annonces de Moody's) peuvent fragiliser le FESF, ses dettes étant garanties par la France à hauteur de 158 milliards d'euros, ce qui est significatif. Ça peut créer un doute", indique-t-il.

Quant à Alex Koagne, analyste banque chez Natixis, il estime que c'est le volet recapitalisation bancaire qui se trouvera affecté au premier plan.

"Le message de Moody's revient à dire que la France ne peut pas aider son secteur bancaire. C'est une manière de dire : 'Si vos banques doivent être recapitalisées, elles devront le faire sur les marchés'", dit-il.

CALENDRIER

Au delà de l'impact sur la confiance, les risques sont cependant limités à court terme.

La "démultiplication" du FESF, qui pourrait être décidée dès dimanche, n'aura aucun impact sur les notes souveraines des pays de la zone euro et pourrait porter la capacité d'intervention du fonds à quelques 2.000 milliards d'euros de garanties, qui ne pèsent pas non plus sur les comptes publics.

La recapitalisation des banques devrait quant à elle se faire en priorité via les réserves internes des établissements et par le biais du marché, avec un impact limité sur les finances.

Surtout, le mécanisme européen de stabilité (MES) pourrait commencer à opérer plus tôt que prévu

Sa personnalité juridique d'institution internationale et ses 500 milliards d'euros de capital, qui pourront être plus facilement "démultipliés", le rendront hermétique aux évolutions des dettes des notes souveraines nationales.

La date désormais envisagée est le 1er juillet 2012 mais certains plaident pour accélérer encore ce calendrier.

Moody's n'a de son côté pas prévu d'aller aussi vite et s'est donné trois mois pour placer ou non la note française sous perspective négative, avant éventuellement de lui retirer sa note maximale dans un délai de deux ans.

Edité par Yves Clarisse

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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