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Europe : Les euro-obligations au coeur du conseil européen

Europe : les euro-obligations au coeur du conseil européenEurope : les euro-obligations au coeur du conseil européen

par Yves Clarisse et Elizabeth Pineau

PARIS/BRUXELLES (Reuters) - François Hollande tente ce mercredi de convaincre ses partenaires européens, Angela Merkel en tête, d'ouvrir la porte au lancement à terme d'euro-obligations pour mutualiser la dette et relancer la croissance dans l'Union européenne.

Le président français, dont c'est le premier Conseil européen, risque de se heurter à une forte opposition allemande, même si le débat porte plus sur le calendrier de mise en oeuvre de ces instruments que sur leur pertinence.

Les divergences franco-allemandes sont apparues dès l'arrivée des dirigeants à Bruxelles.

Les eurobonds "font partie de la discussion", a dit le président français, qui juge urgent de "relever très rapidement les taux de croissance".

"Chacun doit bien comprendre que les prévisions de croissance pour l'année 2012 sont extrêmement négatives puisqu'il y a même un risque de récession pour la zone euro et pour l'UE et que pour 2013, ce sont des prévisions de croissance pessimistes", a-t-il dit. "Il n'y a pas à perdre de temps".

Angela Merkel a pour sa part campé sur ses positions en affirmant : "Les euro-obligations ne contribuent pas à relancer la croissance".

L'élection de François Hollande le 6 mai et le retour des inquiétudes sur le front de la crise de la dette, notamment en Grèce, ont changé la donne en Europe, où l'accent est désormais mis sur la stimulation de la croissance.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, l'a reconnu dans la lettre qu'il a adressée aux dirigeants européens avant le sommet de mercredi, qui doit préparer les décisions attendues lors d'une autre réunion le 28 juin.

Si les Européens se sont concentrés jusqu'ici sur l'adoption d'un traité de discipline budgétaire sous la pression de Berlin, "le temps est venu de mettre plus l'accent sur les mesures plus directement liées à l'encouragement de la croissance et de l'emploi", a-t-il écrit.

François Hollande estime que les deux objectifs sont parfaitement complémentaires.

"Nous poursuivons chacun à notre niveau des politiques de consolidation budgétaire", a-t-il déclaré après rencontré à Paris le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, dont le pays peine à respecter les objectifs de consolidation.

"Mais nous avons aussi conscience que la croissance doit être également à notre agenda sinon comment sera-t-il possible d'atteindre des résultats en matière de réduction des déficits, de maîtrise de la dette s'il n'y a pas une activité supplémentaire ?" a-t-il demandé.

LA RENÉGOCIATION EN SOURDINE

Plusieurs initiatives susceptibles de relancer la croissance à moyen terme, qui font partie des revendications de François Hollande, font d'ores et déjà l'objet d'un consensus même si aucune décision n'est attendue ce mercredi.

Il y est question de mobilisation en faveur des PME des 80 milliards d'euros de fonds structurels européens non utilisés, de lancement d'euro-obligations pour financer des grands projets d'infrastructures et d'une augmentation des capacités de prêt de la Banque européenne d'investissement (BEI).

Un projet-pilote sur les "euro-projets" pourrait entraîner le déblocage de 4,6 milliards d'euros d'investissements et la recapitalisation de la BEI lui permettrait de financer des projets allant jusqu'à 180 milliards d'euros.

Pour permettre au débat d'avancer, François Hollande a mis une sourdine à son exigence d'une renégociation du traité de discipline budgétaire, qui suscitait l'opposition de Berlin.

Il a indiqué qu'il pourrait y renoncer s'il obtient satisfaction sur la croissance dans un texte séparé, tout en s'engageant à redresser les finances publiques françaises.

"Il n'était pas utile de continuer à s'invectiver sur la renégociation ou non du traité", souligne-t-on à l'Elysée. "On y reviendra plus tard."

Mais la volonté du nouveau président de mettre à l'agenda les euro-obligations pour mutualiser la dette a provoqué de nouvelles tensions entre Paris et Berlin.

CORDE SENSIBLE

"Parmi les propositions que je mettrai sur la table, il y aura aussi les euro-obligations, non pas pour être en conflit avec d'autres, chacun doit venir avec le meilleur des esprits, puisque ce sera à la fin du mois de juin que nous aurons à trouver les solutions", a-t-il expliqué.

Ce sujet touche une corde sensible en Allemagne, où l'on ne veut pas offrir une assurance tout risque à des pays comme la Grèce, qui pourraient alors emprunter à des taux très bas, ce qui allégerait la pression pour mener à biens les réformes.

"Celui qui souhaiterait relancer la croissance à court terme à l'aide de programmes de dépenses financés par des dettes n'a rien appris des expériences dramatiques de la crise", a écrit le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, dans Le Monde de mercredi.

D'autres pays, comme les Pays-Bas et la Finlande, sont du même avis mais François Hollande est soutenu par d'autres partenaires européens, comme l'Italie et la Commission.

Pour l'Allemagne, qui a déjà dû accepter des entorses au traité de Maastricht, qui interdit formellement le sauvetage de pays comme cela a été le cas avec le plan grec, et les actions de la Banque centrale européenne (BCE) en faveur des banques, accepter de tels mécanismes est politiquement impossible.

Il reste à savoir si la chancelière peut donner dès ce mercredi des signaux sur ce dossier qui risquent d'apparaître comme une défaite pour elle sur le plan national à 15 mois des élections législatives.

Edité par Patrick Vignal

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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