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Europe : Le projet d'obligations européennes doit être relancé

Europe : le projet d'obligations européennes doit être relancéEurope : le projet d'obligations européennes doit être relancé

par Mike Dolan

LONDRES (Reuters) - Ignoré depuis plus de six mois en raison de l'incapacité des dirigeants européens à apporter une réponse coordonnée à la crise de la dette souveraine de la zone euro, le projet d'un marché d'obligations européennes apparait comme l'une des rares solutions logiques permettant d'éviter une aggravation de la situation.

Avec la contagion à l'Espagne et surtout à l'Italie, la crise change de dimension en raison du poids de ces deux économies au sein de la zone euro et de l'encours de la dette italienne, la plus élevée en termes absolus au sein de la zone.

"Ni la zone euro, ni sans doute le reste du monde ne peuvent supporter une crise ouverte de la dette italienne", prévient Jim O'Neill, président de Goldman Sachs Asset Management, et partisan d'obligations européennes.

Cette proposition, soutenue par le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker et initialement par les autorités françaises et italiennes, a été formulée en mai 2010 par deux économistes, le Français Jacques Delpla et l'Allemand Jakob Von Weizsacker dans le cadre de l'institut Breugel, un think-tank bruxellois.

Elle a été actualisée en mars à la demande du Parlement européen et prévoit de séparer les dettes souveraines de la zone euro en deux catégories : la "dette bleue" et la "dette rouge".

La "dette bleue" senior, dont la qualité serait identique au Bund allemand irait au maximum jusqu'à 60% du PIB et serait toujours remboursée avant les autres dettes publiques.

La "dette rouge" au-delà des 60% du PIB, junior, serait susceptible de défaut et relèverait de la responsabilité du seul pays émetteur.

Les Etats, qui s'engageraient à respecter l'orthodoxie budgétaire, mettraient en commun l'ensemble de leurs "dettes bleues", chaque pays étant responsable de l'ensemble des "dettes bleues" des autres pays, lui garantissant ainsi un note AAA, et même AAAA pour reprendre l'expression des deux auteurs du projet.

UN RÉSERVOIR DE E6.000 MDS DE DETTE AAA

L'encours de la "dette bleue" unique pourrait atteindre jusqu'à 6.000 milliards d'euros selon les estimations de l'institut Breugel, à peine moins que les 7.250 milliards d'euros de dettes négociables américaines, et constituerait un nouveau réservoir d'obligations AAA dans un monde qui en manque cruellement.

Des investisseurs institutionnels comme les fonds de pension ou les gestionnaires des réserves de changes des banques centrales seraient des acheteurs naturels de ces titres, ce qui pourrait contribuer à en faire baisser le rendement, en dessous même de celui des Bunds allemands, désamorçant ainsi les critiques de Berlin sur le surcoût que l'Allemagne aurait à supporter en garantissant des partenaires plus dépensiers.

Pour l'institut Breugel, le projet pourrait permettre d'économiser jusqu'à 10% des coûts de service de la dette pour les pays de la zone euro.

"Si les obligations européennes n'avaient pas été rejetées, elles auraient non seulement permis d'éviter les attaques des marchés et la contagion à d'autres pays membres, mais elles auraient aussi attiré des grands investisseurs internationaux à la recherche de papier AAA fortement exposé sur les obligations du Trésor américain, assurant une couverture parfaite", estime Guillermo de la Dehesa, qui dirige le Centre for Economic Policy Research, dans une publication récente.

Une autre objection au projet, écarté catégoriquement par Berlin au nom de principe de non renflouement d'un Etat membre par les autres, ne semble plus guère tenir après les trois plans de sauvetage de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal et la garantie implicite attachée aux émissions du FESF et du MSE qui en prendra la suite, souligne Guillermo de la Dehesa.

L'idée d'un marché d'obligations européennes ou d'une agence européenne de la dette a toutefois fait son chemin en dépit de l'opposition allemande.

Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a déclaré la semaine dernière que les pays membres de la zone euro devraient laisser le soin à une instance supranationale d'émettre leur dette dans certaines limites.

Plus radical encore, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a évoqué le mois dernier la possibilité de créer un poste de ministre des finances de l'Union européenne.

"Dans cette Union de l'avenir (...) serait-il trop audacieux, dans le domaine économique, avec un marché unique et une monnaie unique, d'envisager un ministère des Finances de l'Union ?", s'est-il interrogé.

Marc Joanny pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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