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Europe : Le plan pour Chypre crée un nouveau modèle

Europe : Le plan pour Chypre crée un nouveau modèleEurope : Le plan pour Chypre crée un nouveau modèle

par Luke Baker

BRUXELLES (Reuters) - Le plan de sauvetage élaboré pour Chypre constitue un nouveau cadre de résolution des difficultés bancaires dans la zone euro et d'autres pays pourraient devoir restructurer leur secteur bancaire, a déclaré lundi le président de l'Eurogroupe dans une interview à Reuters et au Financial Times.

"Ce que nous avons fait la nuit dernière, c'est ce que j'appelle repousser les risques", a dit Jeroen Dijsselbloem.

"S'il y a un risque dans une banque, notre première question devrait être 'd'accord, qu'allez-vous faire, vous, dans la banque ? Que pouvez-vous faire pour vous recapitaliser vous-mêmes ?'", a-t-il ajouté.

"Si la banque ne peut pas le faire elle-même, alors nous discuterons avec les actionnaires et les créanciers obligataires, nous leur demanderons de contribuer en recapitalisant la banque et, si nécessaire, (nous le demanderons) aux détenteurs de dépôts non garantis."

Au terme de négociations longues et tendues, Chypre a accepté lundi de fermer la deuxième banque du pays. Les dépôts garantis (jusqu'à 100.000 euros, le seuil de garantie publique dans l'Union européenne) seront transférés à Bank of Cyprus, le numéro un local du secteur, mais les dépôts non garantis subiront des pertes dont le montant global pourrait atteindre 4,2 milliards d'euros.

Cet accord s'apparente donc à un "bail-in", c'est-à-dire un renflouement par les actionnaires et les créanciers, voire par les dépositaires non garantis, et non par une aide extérieure ("bail-out").

Cette approche traduit un changement de stratégie des autorités européennes après trois ans de crise qui les ont conduites à plusieurs reprises à renflouer des banques ou des Etats avec l'argent des contribuables.

Ce processus devait s'interrompre, a jugé Jeroen Dijsselbloem, expliquant que le retour récent du calme sur les marchés représentait une opportunité pour engager ce changement de modèle.

"Si nous voulons disposer d'un secteur financier sain, la seule solution consiste à dire : 'Ecoutez, quand vous prenez des risques, vous devez les gérer et si vous ne pouvez pas les gérer, c'est qu'il ne fallait pas les prendre", a-t-il dit.

ÉVITER D'UTILISER LE MES

Prié de dire si cette nouvelle approche valait pour d'autres pays de la zone euro où le secteur bancaire est très important, comme Luxembourg ou Malte, ou d'autres pays où les banques sont en difficulté comme la Slovénie, le président de l'Eurogroupe a estimé que ces pays devaient envisager une réduction du poids de leur secteur bancaire.

"Cela signifie : occupez-vous-en avant d'avoir des problèmes. Renforcez vos banques, consolidez vos bilans et prenez conscience du fait que si une banque est en difficulté, la réponse ne sera plus automatiquement que nous viendrons résoudre votre problème. Nous les repousserons. C'est la première réponse dont nous avons besoin : les repousser. C'est à vous de les résoudre."

Ce changement d'attitude, dont Jeroen Dijsselbloem convient qu'il constitue une nouvelle stratégie pour l'ensemble de l'Union européenne, a des conséquences pour la manière dont les banques seront recapitalisées en cas de besoin.

L'une des décisions les plus importantes prises depuis trois ans par la zone euro a en effet consisté à créer le Mécanisme européen de stabilité (MES), un fonds de secours censé disposer à terme de 700 milliards d'euros pour recapitaliser directement des banques en difficulté à partir de la mi-2014.

La création du MES visait à briser définitivement le cercle vicieux entre risque bancaire et risque souverain. Désormais, a dit Jeroen Dijsselbloem, l'objectif est que le MES n'ait jamais à être utilisé.

"Nous devons viser une situation dans laquelle nous n'aurons jamais besoin ne serait-ce que d'envisager une recapitalisation directe", a-t-il expliqué.

"Je crois que l'approche doit consister dans un premier temps à s'occuper des banques à l'intérieur des banques, avant de chercher de l'argent public ou tout autre instrument venant du public. Les banques devraient tout simplement être capables de se recapitaliser elles-mêmes ou, au moins, de se restructurer et de se recapitaliser autant que possible par elles-mêmes."

Il a dit avoir eu des discussions avec des acteurs des marchés financiers sur le sujet et s'est dit confiant dans la capacité des marchés à considérer cette nouvelle approche comme "sensée, très concentrée et directe, à la différence d'une approche plus générale".

"Cela va obliger toutes les institutions financières et les investisseurs à réfléchir aux risques qu'ils prennent parce qu'ils vont maintenant devoir prendre conscience du fait que cela peut aussi leur causer du tort", a-t-il poursuivi.

Les valeurs bancaires européennes ont chuté après ces propos du président de l'Eurogroupe, plombant les indices boursiers en fin d'après-midi.

Marc Angrand pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2013 Thomson Reuters

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